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Chapter 14 - Le dossier de ma fille

Alma est allée à l'école le lendemain avec Inès et sa pièce d'identité. Elle a demandé à connaître la procédure suivie lors de la tentative d'accès à son dossier, à faire noter qu'aucune personne ne pouvait agir en son nom sans autorisation valable, et à vérifier quelles coordonnées figuraient dans ses informations administratives. Elle avait passé l'âge où son père pouvait téléphoner pour régler un problème de cantine. Pourtant, Marc continuait à présenter son intervention comme un service. « Il a dit que je traversais une période de vulnérabilité familiale », m'a-t-elle expliqué. « C'est fou comme ce mot peut servir à tout. » Elle avait obtenu qu'on lui transmette un compte rendu de l'incident, sans promettre que tout serait réglé en un jour. Puis elle était retournée en cours, refusant que Marc lui vole encore une matinée.

De mon côté, je devais prendre une décision économique. L'atelier possédait une grande table chauffante que j'avais achetée grâce à la ligne de crédit de 2019. Si je la vendais, je pouvais payer plusieurs échéances et garder le local quelques mois. Mais je perdrais la capacité de restaurer les affiches de grand format qui représentaient la moitié de mes revenus. Léa, mon apprentie, m'a regardée longuement quand je lui ai montré le devis de revente. « On peut louer la machine à d'autres ateliers le week-end », a-t-elle proposé. L'idée n'était pas assez simple pour figurer dans un conte de fées; elle impliquait des assurances, un calendrier, des consignes et des réparations. Nous avons pris rendez-vous avec deux collègues pour en discuter. Sauver un métier exige parfois des tableaux Excel bien moins photogéniques qu'une scène de gala.

Gabriel a aidé à inspecter les installations, mais j'ai refusé qu'il paie les échéances à ma place. Il aurait pu avancer une somme modeste, pas absorber toute la dette. Surtout, nous venions de découvrir combien l'argent circulant sans parole pouvait empoisonner les relations. « Tu n'as pas besoin de devenir Marc en voulant me protéger », lui ai-je dit. Il s'est vexé, puis a reconnu le sens de ma phrase. Nous avons convenu qu'il pouvait m'aider à établir un devis pour les travaux de sécurité de l'atelier, service précis et facturé normalement. Il a souri: « Donc tu me paies pour être ton frère ? » « Je te paie pour ton expertise. Tu es mon frère gratuitement, malheureusement. » Il a éclaté de rire. La plaisanterie a fait tomber une fatigue qui pesait sur nous depuis des semaines.

Une ancienne associée de Marc, Béatrice, m'a demandé un rendez-vous. Nous nous connaissions peu; je l'avais vue à des inaugurations où elle parlait davantage aux ouvriers qu'aux photographes. Elle m'a expliqué avoir quitté le consortium après une modification de sa stratégie financière. « Je ne suis pas venue vous dire que votre mari est un monstre », a-t-elle précisé. « Je suis venue parce qu'on utilise mon nom sur une présentation qui date d'après mon départ. » Elle avait conservé des courriels où elle mettait en garde contre l'évaluation du terrain de l'Aurore et demandait une expertise indépendante. Marc lui avait répondu qu'il fallait présenter une opération « suffisamment séduisante pour déclencher les signatures ». Béatrice ne pouvait pas prouver que l'évaluation avait été falsifiée, mais elle pouvait montrer qu'un désaccord existait avant le gala.

Elle a aussi évoqué un investisseur qui avait conditionné sa participation à l'obtention rapide de la majorité des parts. « Marc ne voulait pas seulement gagner de l'argent », a-t-elle dit. « Il était au bord de perdre le contrôle de son groupe. » Ce renseignement ne le disculpait pas; il donnait un sens à son empressement. Pour sauver sa position, il avait utilisé la confiance familiale comme levier. J'ai demandé à Béatrice pourquoi elle parlait maintenant. « Parce que j'ai trouvé mon nom dans une brochure que je n'ai pas validée. Quand les gens se servent de votre signature, vous découvrez vite ce que ressentent les autres. » Elle avait sa propre raison d'agir. Je la trouvais plus crédible qu'une bienfaitrice surgie au bon moment pour résoudre notre problème.

Avec l'accord de l'avocate, Béatrice a présenté ses documents aux personnes chargées de l'examen des opérations. Alma a voulu la rencontrer pour comprendre les hypothèses de financement d'une alternative au projet commercial. Béatrice lui a parlé franchement: aucun investisseur ne financerait un cinéma par romantisme pur, sauf à accepter une perte assumée. Il fallait montrer des recettes, une gouvernance et des risques. Alma a sorti ses plans; Béatrice a rempli trois pages de questions. « Je ne vous demande pas de nous choisir », a dit ma fille. « Je veux savoir si notre projet mérite d'être présenté. » Béatrice a répondu: « Pour l'instant, il mérite d'être travaillé. C'est déjà rare. » J'ai observé Alma ranger soigneusement les remarques les plus sévères dans une pochette intitulée À RÉSOUDRE.

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Un soir, en rentrant, j'ai trouvé Marc assis sur les marches de l'atelier. Je lui ai demandé de partir. Il s'est levé lentement, les mains visibles, sans avancer. « Je voulais voir si tu allais bien », a-t-il dit. Cette phrase aurait pu me toucher un an plus tôt. « Tu peux demander par les voies que nous avons convenues », ai-je répondu. « J'ai appris que tu voulais vendre la table chauffante. » J'ai senti mon estomac se contracter. « Qui te l'a dit ? » Il a regardé la vitrine, où un devis était posé dans une chemise. « J'ai encore des relations. » Je lui ai demandé une nouvelle fois de partir. Il a ajouté: « Si tu acceptes la vente, je protège l'atelier. » J'ai fermé la porte et appelé une personne de confiance pour signaler sa présence. Je ne voulais ni scène ni nouveau secret.

La nuit, Léa m'a envoyé une photographie prise pendant notre inventaire: sous la table chauffante, une étiquette indiquait un numéro de série différent de celui du dossier bancaire. Nous avions acheté une machine d'occasion, puis remplacé un élément essentiel en 2020. La garantie de 2019 décrivait pourtant l'appareil dans sa configuration actuelle, que personne ne pouvait connaître à cette date. Ce détail ne suffisait pas à invalider un financement entier, mais il rendait le dossier étrange. J'ai transmis la photographie à Mme N'Doye. Elle m'a demandé si j'avais conservé la facture de remplacement. Bien sûr que oui. Pour une fois, ma manie des archives pouvait aider sans réclamer un vieux secret de famille.

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