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Chapter 28 - La salle de quatre-vingts places

Après le départ d'Alma pour Marseille, l'Aurore est devenu plus silencieux pour moi. Les réunions continuaient, mais personne ne posait les mêmes questions sur l'espace entre les fauteuils ou la hauteur des rampes. Ma fille participait à distance quand elle le pouvait, sans porter tout le travail sur ses soirées de stage. Nous avons engagé un architecte indépendant pour transformer l'étude en dossier de faisabilité détaillé. Claire Duhamel a accepté de conseiller la programmation pendant une période limitée, avec une rémunération annoncée. Farida a organisé un système de permanences pour les adhésions. Jean Vial a mis en place une comptabilité séparée pour les ateliers de jeunes. Le projet avançait moins vite que les brochures de Marc; chaque étape possédait désormais une personne responsable et une date qu'on pouvait vérifier.

La première campagne de soutien ne demandait pas aux habitants de « sauver l'âme du quartier » en quinze jours. Elle présentait les coûts de la petite salle, les engagements déjà obtenus, les financements restant à sécuriser et les conséquences possibles si l'objectif n'était pas atteint. Une partie des dons serait utilisée uniquement après confirmation de la propriété et des autorisations; les autres contribueraient aux ateliers menés dans la salle municipale. André Mallet avait insisté pour que les conditions soient compréhensibles à une personne qui ne connaissait rien aux mécanismes coopératifs. « Les gens ont le droit de donner vingt euros sans passer un examen de finances », disait-il. Sa remarque a changé la manière dont nous rédigions nos documents.

Nous avons organisé une soirée de films courts dans la salle prêtée par la mairie. Bilal y présentait un documentaire sur sa grand-mère, avec son accord, et deux étudiantes avaient filmé l'évolution des commerces de la rue. Les billets étaient peu chers; ceux qui ne pouvaient pas payer entraient grâce à une caisse solidaire clairement annoncée. Il n'y avait ni tapis rouge ni champagne. Sami est venu avec sa sœur, désormais en formation d'infirmière, et nous a apporté des petits gâteaux. Il avait trouvé un autre emploi à l'hôtel après avoir contesté sa suspension, mais hésitait à rester. « Je veux travailler quelque part où on ne me demande pas de débarrasser la vérité en même temps que les assiettes », a-t-il plaisanté. Nous avons ri, sans faire de lui un symbole obligé de notre histoire.

Gabriel tenait la porte et s'assurait que les passages restaient dégagés. Il avait terminé les démarches liées à l'intrusion et continuait son accompagnement après cet épisode. Un jour, il m'a confié que frapper une seule fois avait suffi pour se défendre, mais que le bruit de la barre tombant au sol lui revenait encore parfois. « Je ne veux pas devenir l'homme qu'on applaudit quand il cogne », a-t-il dit. « J'aime mieux être celui qui vérifie que la sortie s'ouvre. » Alma, à distance, lui a envoyé une photographie de la signalétique qu'elle concevait pour son stage. Elle avait écrit dessous: POUR MON ONCLE, QUI ADORE LES PORTES QUI MARCHENT. Il a accroché l'image dans sa camionnette. Nous avions tous commencé à faire de l'humour sur des choses qui nous avaient terrifiés; ce n'était pas une guérison instantanée, mais un signe de mouvement.

La situation de l'atelier s'était stabilisée grâce aux commandes et à la location encadrée de la table chauffante. La banque avait corrigé certaines références du dossier contesté et continuait d'examiner les engagements litigieux. Les conseils négociaient une solution séparant, autant que possible, les obligations professionnelles de mes engagements conjugaux. Je n'étais pas riche. J'avais toujours un loyer, des charges et des mois inquiétants. Mais je pouvais regarder les comptes sans attendre que Marc choisisse ce que je devais voir. Léa avait commencé à préparer son projet d'installation, et nous avions décidé de mutualiser certains équipements plutôt que de devenir concurrentes par peur de manquer. Un mercredi, elle m'a demandé si j'avais envie de reprendre des vacances. J'ai répondu que je commencerais par un week-end sans téléphone professionnel.

L'examen des parts et des garanties a finalement permis aux associés de recevoir des propositions révisées sur des bases plus claires. Certaines demandes de remboursement avaient été retirées; d'autres restaient discutées. Le consortium, engagé dans sa propre restructuration, ne maintenait plus l'opération de galerie commerciale telle qu'elle avait été présentée au gala. Une proposition de règlement concernant ses intérêts dans l'Aurore était soumise aux conseils et aux associés. Elle n'effaçait pas d'un trait tous les différends, mais ouvrait la possibilité d'une reprise coopérative si les conditions financières étaient acceptées. Nous avons fait vérifier le projet de convention indépendamment. Personne n'a dit « c'est gagné » avant d'avoir les chiffres et les signatures nécessaires.

Alma est revenue un week-end de Marseille pour présenter la version mise à jour de ses plans. Elle avait changé la position du hall, réduit la taille du café et prévu une petite pièce de consultation pour les archives. Les bénévoles ont débattu pendant trois heures d'un escalier de secours. Je n'aurais jamais imaginé qu'un désaccord sur la largeur d'une porte puisse me rendre heureuse. Il signifiait que nous parlions d'un bâtiment qu'on envisageait réellement d'utiliser, pas d'une ruine symbolique. À la fin, Alma a posé son crayon. « Je dois être honnête », a-t-elle dit. « Si le financement ne tient pas, il faudra repousser la grande salle de plusieurs années. » Personne ne l'a accusée de trahir sa grand-mère. Lucien a simplement demandé si la petite pourrait accueillir son festival de films muets. Elle a souri: « Si on respecte la jauge et les droits des films, oui. »

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La collecte a atteint son premier objectif un dimanche soir, grâce à des centaines de contributions modestes et à quelques engagements plus importants, tous annoncés selon des règles communes. Il restait des financements à confirmer et des travaux à autoriser. J'ai rejoint Farida devant le cinéma, où elle avait apporté deux gobelets de chocolat chaud. « Tu sais ce qui m'a fait le plus plaisir ? » m'a-t-elle demandé. « Le monsieur du troisième qui ne met jamais les pieds ici a donné dix euros. Il a dit qu'il préférait voir des gens sortir d'une séance que d'une boutique de plus. » Nous avons regardé l'enseigne éteinte. Farida m'a touché l'épaule. « On y arrivera peut-être. » Pour la première fois, ce peut-être m'a semblé une promesse honnête.

Le lendemain, une lettre du cabinet de Marc est arrivée. La séparation de nos intérêts patrimoniaux avançait; il proposait également de renoncer à toute influence sur la programmation future de l'Aurore, sous réserve des accords définitifs. À la fin, il avait ajouté une phrase personnelle: « Je sais maintenant que je voulais être celui qui sauve tout le monde, à condition que personne ne me dise non. » Je n'ai pas répondu. J'ai transmis les clauses aux conseils et rangé la phrase ailleurs, dans une partie de moi qui n'avait plus besoin de lui servir de juge. Le soir, Alma m'a appelée depuis Marseille. « Maman, mon tuteur m'a proposé de prolonger le stage. » Elle hésitait à accepter parce que la campagne de financement approchait d'une étape décisive. Je lui ai répondu: « Tu peux être loin et avoir ta place ici. » Elle a pris sa décision sans me la devoir.

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