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Chapter 18 - Le parking derrière la cuisine

Gabriel ne m'a pas appelé le lendemain pour me dire qu'il allait « régler ça ». Il m'a montré la copie de son signalement et m'a demandé de ne pas répondre aux messages anonymes. Dans le salon, Marion buvait un café froid. Manon faisait un puzzle à l'étage, à l'écart de notre conversation.

« Je déteste qu'il ait utilisé ma fille », a dit ma sœur.

« Moi aussi. »

« Mais on ne va pas changer sa vie en prison parce que Julien cherche à nous faire peur. »

Nous avons pris des mesures raisonnables avec les conseils compétents, sans lui raconter de détails effrayants. Marion a averti l'école des informations utiles et défini les personnes autorisées à venir chercher Manon. Gabriel a continué à l'emmener au football. Il refusait qu'un message anonyme lui vole aussi ses mercredis.

En milieu de journée, Yasmina m'a appelée depuis le parking de ses cuisines. Florent, l'organisateur du mariage, venait de lui rendre visite pour vérifier des documents. Julien l'avait suivi. Il avait tenté de récupérer son téléphone en prétendant qu'il contenait des images privées de la cérémonie. Florent avait refusé et Julien l'avait bousculé contre une voiture.

« Ils sont encore là ? » ai-je demandé.

« Non. Les agents de sécurité de la zone les ont séparés. Florent va faire constater ce qui s'est passé. »

J'ai eu envie de courir jusqu'au parking. Yasmina m'a dit qu'elle préférait me voir avec mon avocate le lendemain, quand les enregistrements de surveillance seraient préservés. Elle n'avait pas besoin d'un nouveau affrontement au milieu de son lieu de travail.

Gabriel, apprenant l'incident, a pris une inspiration si profonde que je l'ai entendu dans le téléphone.

« Je vais voir Florent », a-t-il dit.

« Pour le soutenir, oui. Pas pour retrouver Julien. »

« Je sais. »

Il a tenu parole. Il a accompagné Florent chez le médecin, puis l'a conduit à son rendez-vous avec les enquêteurs. Aucun coup héroïque supplémentaire n'était nécessaire pour prouver qu'il me protégeait. Quand il est revenu, il m'a dit que Florent avait surtout eu peur pour sa femme, qui travaillait dans le même secteur et pourrait perdre des contrats.

« Julien ne menace jamais seulement la personne en face de lui », ai-je répondu.

Nous avons décidé d'organiser une réunion de prévention pour les salariés du domaine, sans commenter la procédure pénale. Rémi a présenté les bons réflexes pour conserver des messages de pression et pour signaler une intrusion. Les responsables de production ont rappelé qu'aucun employé ne devait affronter seul un visiteur agressif. Malika a exigé que ces consignes figurent par écrit et s'appliquent aussi à la direction.

Le soir, Julien m'a laissé un message vocal. Il parlait doucement, presque tendrement.

« Élise, tu fais du mal à tout le monde. Gabriel va finir par se mettre dans une situation impossible. On pourrait arrêter ça si tu acceptais de discuter. Tu sais que je t'aime. »

J'ai écouté la première moitié. J'ai enregistré le message, puis transmis à Salomé. Je n'ai pas répondu. Je me suis demandé combien de fois j'avais confondu le ton doux de sa voix avec une garantie de sécurité.

Anaïs, de son côté, avait communiqué ses pièces aux enquêteurs. Son avocat l'avait prévenue que coopérer ne la dispensait pas d'expliquer sa propre participation. J'ai appris cela par Salomé, pas par une confession dramatique au pied de ma porte. L'idée d'une punition immédiate et parfaite m'aurait peut-être soulagée dix minutes. Elle ne m'aurait pas rendu ma nuit de mariage.

Le lendemain, le promoteur Étienne Roche nous a transmis une version corrigée de son offre. Il avait retiré la clause exigeant l'abandon de toute contestation sur l'école, mais conservait une option de changement d'usage après échéance des engagements en vigueur. Il promettait davantage de transparence sur l'emploi, sans garantir le maintien de tous les postes.

« Il essaie de sauver son projet en se séparant de Julien », a observé Camille.

« Ou il commence à comprendre qu'on ne peut pas acheter une entreprise en fermant les yeux », ai-je répondu.

Camille avait étudié la nouvelle offre dans le détail. Elle a remarqué que Roche prévoyait une indemnité de fermeture du chai inférieure au coût réel des opérations nécessaires et que plusieurs dépenses de dépollution éventuelle restaient mal définies. Nous lui avons transmis des questions plutôt qu'un refus instinctif. « Il dira que vous cherchez à gagner du temps », a observé Marion. « Nous cherchons à savoir ce que nous votons », ai-je répondu. Nous avons aussi demandé à un expert indépendant d'évaluer la valeur des installations si elles continuaient à produire du vin, plutôt que d'être transformées en décor de réception.

Le soir, j'ai envoyé aux représentants des salariés le calendrier de consultation promis. Malika m'a répondu avec deux questions supplémentaires sur les postes saisonniers et les possibilités de formation. J'ai préféré que ces questions soient posées maintenant. Si une vente devenait indispensable, elle devait se faire avec les conséquences visibles. Et si nous continuions, nous devions cesser de demander aux gens de croire aveuglément à la survie du domaine. Je me suis arrêtée devant une porte vitrée pour relire le message, puis j'ai rangé mon téléphone. La décision serait difficile quel que soit le nombre de courriels que je lui consacrerais.

Marion m'a fait remarquer que les réponses de Roche étaient écrites cette fois. Nous avons classé sa nouvelle offre avec les anciennes versions afin de pouvoir comparer chaque engagement, pas seulement les montants qui occupaient la première page. Camille a proposé de chiffrer séparément les emplois et les travaux.

Nous allions comparer les propositions sans prêter à Roche une morale qu'il n'avait pas revendiquée. Il avait ses intérêts ; nous avions les nôtres. Les personnes derrière les bouteilles devaient aussi faire entendre les leurs.

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À la fermeture, je suis passée devant l'ancienne école. Quelqu'un avait retiré la banderole des bénévoles et déposé une couronne funéraire contre la porte. Sur le ruban, une seule phrase : « À la mémoire des Ormes. »

J'ai appelé le responsable du site pour faire enlever l'objet et conserver les informations utiles. Puis j'ai remis l'affiche de Manon à sa place. Elle représentait toujours un arbre immense dont les branches débordaient du papier.

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