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Chapter 24 - Le vote des Ormes

Nous avons tenu la réunion dans l'ancienne salle de dégustation, celle où ma mère installait les tables de goûter les jours de pluie. J'avais apporté des exemplaires des deux scénarios : vente à Roche ou continuation sous rééchelonnement, avec risques et engagements clairement indiqués. Malika représentait le fonds salarié selon son mandat. Paul avait demandé à parler après les présentations, pas avant.

Camille a ouvert la séance. Les estimations du domaine variaient selon la reprise ou non des dettes. Une vente dégagerait une somme et transférerait certains risques, mais le projet immobilier réduirait probablement les emplois de production. La continuation exigeait plusieurs années de gestion prudente, une contribution de Paul et un carnet de commandes maintenu. Aucun scénario n'était un conte de fées.

« Je veux qu'on soit capables d'expliquer notre choix à ceux qui n'ont pas une action dans leur poche », a dit Marion.

Elle a présenté les conséquences sur les salariés et les fournisseurs. Malika a précisé que le fonds avait consulté ses membres. Les avis n'étaient pas unanimes. Certains craignaient de perdre leur travail si nous refusions un acheteur solide. D'autres ne voulaient pas devenir employés d'une salle d'événements qui n'aurait plus besoin de leurs compétences.

« Nous ne demandons pas à Élise de sacrifier l'entreprise à un symbole », a-t-elle déclaré. « Mais la proposition de continuation est devenue crédible, et le fonds souhaite l'examiner sérieusement. »

Paul s'est levé. Il avait apporté la promesse de vente de son appartement, encore soumise aux étapes nécessaires. Il a expliqué qu'il affecterait une part substantielle du produit au remboursement de son prêt, sans demander à la société de lui rendre la somme comme si rien ne s'était passé.

« Je ne veux pas racheter votre silence », a-t-il dit. « Je veux payer ce que je peux de ma décision. »

J'ai levé les yeux vers lui. C'était la phrase la plus honnête que je lui avais entendue depuis longtemps. Elle ne réparait pas tout, mais elle me permettait de le regarder sans attendre un nouveau mensonge.

Nous avons discuté jusqu'à midi. Puis les associés ont exprimé leur position selon les règles de la société. La poursuite du plan de continuation a été retenue avec une majorité suffisante. Le projet de cession globale a été écarté à ce stade, et Camille a reçu mandat de finaliser les négociations financières prévues.

Personne n'a applaudi immédiatement. Nous venions de choisir de garder le poids du domaine sur nos épaules. Malika a été la première à parler.

« Bon. Maintenant, il faut livrer les commandes. »

Les rires ont commencé timidement. Antoine a demandé si les cuves avaient été vérifiées. Marion a rappelé que la décision devait être communiquée aux clients et aux salariés de manière cohérente. J'ai pris quelques minutes seule dans le couloir.

Je m'attendais à ressentir une joie immense. J'éprouvais surtout un soulagement inquiet. Julien n'avait plus le dernier mot sur la société. Cela ne garantissait pas notre réussite future. C'était précisément ce qui rendait le choix important : nous acceptions la responsabilité d'une décision libre.

L'après-midi, j'ai accompagné Solange en visioconférence lors d'une réunion de l'association. Nous avons convenu d'un calendrier pour l'école, sous réserve de la validation des travaux et des assurances nécessaires. Jeanne aurait aimé ce mélange de pinceaux et de paperasses. Elle disait toujours que les grandes idées avaient besoin de petites cases bien remplies pour durer.

Dans l'après-midi suivant le vote, nous avons invité les responsables de service à exprimer ce qui les inquiétait encore. Antoine a demandé un calendrier de maintenance assez solide pour éviter qu'on reporte indéfiniment les réparations. Malika voulait une confirmation écrite des moyens alloués à la sécurité. Rémi estimait qu'un nouveau contrôle des accès numériques était nécessaire pour limiter les risques de documents envoyés depuis de fausses adresses. Chacun avait un argument légitime ; aucun budget ne pouvait tout financer le même mois.

Nous avons classé les dépenses entre celles qui conditionnaient la sécurité ou la production et celles qu'on pouvait décaler. La réunion a été longue. À la fin, Camille a dit : « Ce qui change, c'est que personne ne repart avec une liste secrète dans la poche. » J'ai pensé au jour du mariage, où Julien s'était servi de l'ignorance des autres comme d'une mise en scène. Ici, l'information ne rendait pas tout le monde heureux, mais elle rendait les désaccords discutables. Nous avons prévu une nouvelle réunion pour réviser les choix en fonction des ventes réelles.

Le soir, j'ai pris quelques minutes pour marcher seule sous les tilleuls. La lumière des bureaux se reflétait sur les fenêtres de l'école. Je me suis demandé si j'aurais eu le courage de refuser la vente sans les personnes qui avaient construit un plan avec moi. La réponse était non. Cette pensée ne me diminuait plus.

Au cours de la soirée, Anaïs m'a envoyé un message par l'intermédiaire de son avocate. Elle souhaitait corriger publiquement certaines affirmations qu'elle avait diffusées, notamment le montage du mariage. Salomé lui a demandé de coordonner sa déclaration avec ses obligations dans l'enquête et de ne pas me citer sans mon accord.

Je n'avais pas besoin qu'elle devienne mon amie ni mon porte-parole. Je voulais seulement qu'elle cesse d'utiliser ma douleur pour fabriquer la version commerciale de Julien.

À vingt-deux heures, l'écran de mon téléphone a affiché un numéro inconnu. J'ai laissé sonner. Un message vocal est arrivé : Julien, parlant d'une voix basse, me reprochait le vote et répétait que je « reviendrais à la raison » si je comprenais ce que risquait Paul.

Avant de quitter les bureaux, j'ai vérifié que la décision du vote avait été consignée correctement. Les désaccords devaient apparaître eux aussi au procès-verbal : Paul n'avait pas eu la même position que Marion, et le fonds salarié avait exprimé ses réserves. Nous n'avions pas besoin de réécrire la réunion en histoire d'unanimité pour en assumer l'issue.

J'ai enregistré le message et éteint le téléphone. Le lendemain, je transmettrais ce qui devait l'être. Ce soir-là, j'ai rejoint Marion et Manon dans le salon. Elles terminaient un puzzle de mille pièces dont il manquait encore un angle.

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« Tu cherches une pièce ? » m'a demandé Manon.

« Oui », ai-je dit en m'asseyant. « Mais pas celle que tu crois. »

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