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Chapter 20 - Les parts d'Odile

Odile a accepté de venir au cabinet de Salomé après que ses propres conseils eurent reçu une demande de communication de pièces. Elle est entrée avec un manteau couleur sable, son parfum habituel et un regard qui inspectait les meubles avant les gens. Je me suis demandé combien de fois j'avais cherché son approbation pendant les repas de famille.

« Élise, nous aurions pu régler cela entre nous », a-t-elle déclaré.

« Vous avez déjà refusé une conversation avec témoin. Aujourd'hui, nos conseils sont présents. »

Elle s'est assise. Son avocat a confirmé qu'elle détenait une participation indirecte dans une société de conseil associée au projet immobilier. Il a contesté toute implication dans les violences du mariage ou dans d'éventuelles irrégularités comptables.

« Votre intérêt financier existait avant la cérémonie ? » a demandé Salomé.

« Oui. Investir n'est pas un crime », a répondu Odile.

C'était vrai. Ce qui comptait, c'était ce qui avait été caché, ce qu'elle savait, ce qu'elle avait accepté de cautionner et la façon dont les décisions avaient été prises. Je me suis surprise à vouloir une phrase qui la condamne tout entière. Elle m'avait regardée avec le visage couvert de crème et avait ri. Le souvenir suffisait à me révolter, mais pas à remplacer les preuves.

« Vous avez essayé de faire renoncer l'association à l'école », ai-je dit.

« J'avais proposé de financer une autre salle. Ce bâtiment est un gouffre. »

« Pourquoi ne pas avoir soumis votre projet ouvertement ? »

Elle a haussé les épaules. « Les gens s'accrochent à des souvenirs. Il faut parfois décider à leur place. »

Je l'ai fixée. Cette phrase contenait plus de vérité sur notre conflit que ses arguments financiers. Julien pensait décider à ma place. Paul avait voulu m'épargner les chiffres en décidant à ma place. Odile estimait que les villageois ne comprendraient pas leur propre intérêt. Nous n'étions pas seulement en désaccord sur un prix ; nous n'étions pas d'accord sur qui avait le droit de dire oui ou non.

L'entretien s'est terminé sans arrangement. Odile n'a pas présenté d'excuses. Son avocat a promis de fournir certains contrats après vérification. Nous avons laissé les questions de responsabilité suivre leur chemin.

En rentrant, j'ai trouvé une enveloppe glissée sous la porte du bureau. À l'intérieur, un simple carton d'invitation pour un gala d'investisseurs organisé la semaine suivante par Aster Capital. Julien devait y présenter la « renaissance des Ormes ». Mon nom figurait encore sur le programme comme intervenante principale.

« Il veut utiliser ton absence », a observé Marion.

« Peut-être. Ou m'attirer dans une scène où il pourra me faire passer pour instable si je proteste. »

Nous avons décidé de notifier l'organisateur que je n'avais accepté aucune prise de parole ni autorisé l'usage de mon nom. Je n'irais pas réclamer un micro sous ses caméras. Il y aurait des moments pour parler ; celui-ci ne serait pas choisi par Julien.

La réunion bancaire du lendemain s'est mieux passée que prévu. Madame Vial avait reçu des commandes fermes et des preuves d'encaissements. Elle restait préoccupée par le prêt de Paul et les litiges, mais elle était disposée à étudier un échéancier assorti de contrôles et de garanties adaptées. Notre plan de trésorerie reposait sur des ventes réelles, une diminution de certains coûts et, éventuellement, une contribution personnelle de Paul si sa vente immobilière se concrétisait.

« Il vous faudra choisir ce qui relève de la mémoire et ce qui relève de l'entreprise », a dit Madame Vial.

Je lui ai répondu que nous essayions précisément de ne plus confondre les deux. L'école aurait son propre budget et sa gouvernance associative ; les bouteilles devaient financer les salariés et la production. Aucun des deux projets ne pourrait vivre éternellement sur de bonnes intentions.

Avant la dégustation, Antoine m'a demandé de choisir les bouteilles sans chercher à impressionner les cavistes avec nos millésimes les plus coûteux. Nous avons retenu trois vins que nous pouvions réellement livrer, dont un rouge plus simple, apprécié des restaurants locaux. Camille a vérifié les marges et Malika les stocks disponibles. Ce travail collectif prenait davantage de temps qu'une décision brillante annoncée par Julien au dernier moment. Il évitait surtout qu'une personne promette des quantités inexistantes et laisse les autres présenter des excuses.

Yasmina, qui préparait quelques assiettes pour accompagner la dégustation, m'a demandé si je voulais qu'on retire le mot « mariage » des échanges avec les clients. J'ai répondu que nous n'avions pas besoin de censurer le monde, seulement de ne pas orienter la soirée vers ma vie privée. Elle a disposé les assiettes et m'a rappelé que les meilleurs repas étaient ceux où chacun pouvait parler sans chercher la phrase qui impressionnerait les autres. J'ai pris cette idée comme une consigne pour mes propres présentations.

Le soir, nous avons organisé une dégustation réservée aux cavistes partenaires. J'ai présenté trois millésimes sans mentionner mon mariage. Antoine a expliqué les parcelles, Malika les délais de livraison et Camille les modalités de paiement. Nous avons vendu moins que les années fastes, mais presque toutes les commandes ont été confirmées sur place.

Un caviste de Nantes m'a serré la main. « J'étais venu vérifier si vous existiez encore autrement que dans les journaux. Maintenant, je sais que oui. »

Lorsque les cavistes se sont installés, j'ai pris soin de laisser Antoine répondre aux questions sur les fermentations. Il a parlé avec précision, sans chercher le mot le plus vendeur. Une cliente lui a demandé pourquoi deux parcelles voisines donnaient des vins si différents. Son explication sur les sols a retenu l'attention de toute la table. Je me suis dit que nous avions longtemps caché notre meilleur argument derrière des brochures coûteuses.

Après son départ, j'ai gardé un verre vide dans la main. Il ne s'agissait pas de lui prouver que j'étais une femme admirable. Il s'agissait de lui donner une raison de travailler avec nous.

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Puis Salomé m'a appelée. Les vérifications sur le prêt révélaient une échéance de remboursement anticipé contestable, déclenchée non par nos ventes mais par une clause liée à « un changement significatif de direction ». Julien avait demandé à Aster d'invoquer cette clause dès le lendemain du mariage.

La scène du gâteau et le prêt de mon père avaient été reliés par écrit avant même que j'entre dans l'orangerie.

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