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Chapter 4 - La pièce où les enfants peignaient

L'ancienne école avait conservé l'odeur du plâtre humide et des crayons de couleur. Des dessins de paysages étaient encore suspendus sur un fil près des fenêtres. Ma mère y accueillait des enfants après les vendanges ; pendant que leurs parents travaillaient, ils peignaient des poules trop grandes, inventaient des recettes et apprenaient le nom des arbres.

Je n'y étais pas entrée depuis son enterrement. À l'époque, j'avais fermé la porte parce que je ne supportais pas la vue de sa vieille blouse suspendue à un crochet. Julien m'avait félicitée : « Enfin, tu débarrasses le domaine de cette nostalgie improductive. » J'avais cru qu'il parlait d'économie. À présent, je repensais à ses mots autrement.

Marion m'a suivie à l'intérieur.

« Maman aurait détesté ce que Julien a fait », a-t-elle dit.

« Elle aurait surtout détesté que je le laisse parler à ma place pendant six mois. »

Ma sœur a ramassé une boîte de craies. « Elle aurait demandé si tu avais déjeuné. Ensuite, elle aurait fait un plan. »

Nous avons ouvert les volets. Au-dehors, les vignes descendaient vers la rivière. L'atelier occupait un terrain contigu à la cour du chai. Si un promoteur le transformait en accès pour des camions, l'organisation du domaine changerait entièrement. L'annexe du prêt ne garantissait pas qu'une vente serait possible, mais elle révélait un intérêt précis pour l'endroit.

« Pourquoi ce bâtiment ? » a demandé Marion.

« Il pourrait faciliter une opération immobilière. Ou une nouvelle voie de livraison. Il faut savoir qui achète et pourquoi. »

Dans une armoire, nous avons trouvé le registre des ateliers tenu par notre mère. Il n'y avait aucune révélation dissimulée entre les pages, seulement des listes de prénoms, des allergies, des goûters achetés avec son propre argent. Ce simple inventaire m'a fait comprendre ce qui serait perdu si nous parlions seulement de mètres carrés.

Un cahier portait une phrase soulignée : « Un enfant doit avoir une pièce où il n'a rien à prouver. »

Je l'ai photographiée. Le cahier resterait là.

À quinze heures, Paul nous a rejointes. Il avait découvert que nous avions consulté l'annexe. Il s'est assis sur un petit tabouret d'écolier, les genoux presque contre son menton.

« J'étais persuadé que ce bâtiment ne valait plus rien », a-t-il dit.

Marion a posé sa boîte de craies. « Rien pour qui ? »

« Pour la banque. Je ne voulais pas toucher aux terres. Julien a dit qu'un acheteur sérieux reprendrait le prêt si je lui laissais une priorité sur l'école. »

« Tu as laissé Julien négocier avec les prêteurs sans avocat indépendant ? » ai-je demandé.

Il a regardé par terre. « Il me disait que tu étais trop occupée. Et qu'après le mariage, ce serait notre affaire à tous. »

La tentation de lui crier dessus a traversé ma poitrine comme une bouffée de chaleur. Je lui en voulais. Je l'aimais. Les deux émotions ne se remplaçaient pas.

« Il faut arrêter de te cacher derrière la honte », ai-je répondu. « Donne-nous tous les messages. Même ceux qui te font passer pour imprudent. »

Il a sorti son téléphone. Il avait conservé les échanges, y compris une note vocale où Julien disait : « Le plus simple, c'est qu'Élise n'apprenne les conditions qu'une fois la fête passée. Elle sera notre famille, elle comprendra. »

Marion a fermé les yeux. Nous n'avions pas la preuve de toutes ses intentions, mais nous possédions désormais la preuve qu'il avait voulu me tenir à l'écart.

Nous avons confié les messages à Salomé. Elle devait vérifier si l'option était valable, si notre société avait donné les autorisations nécessaires et si Paul avait engagé plus que ses propres biens. Je ne voulais pas annoncer en fanfare que l'accord était nul pour découvrir le lendemain qu'il ne l'était pas.

Le soir, Yasmina m'a invitée dans sa cuisine professionnelle. Elle avait commencé comme aide en restauration et dirigeait maintenant une équipe de vingt personnes. Elle m'a fait asseoir devant une soupe de légumes.

« On parle de ta vidéo partout », a-t-elle dit.

« Quelle vidéo ? »

Elle m'a montré une séquence de douze secondes, mise en ligne par un compte anonyme. Elle commençait juste après la gifle. On me voyait avec le visage dans le gâteau, puis Gabriel frappant Julien. La légende parlait d'une mariée hystérique et d'un frère violent. Le début avait été coupé.

« Des gens vont croire ça. »

« Certains, oui. Mais moi, j'ai la caméra qui tournait depuis le début. Il faut que ton avocate décide comment l'utiliser, pas une guerre de vidéos entre nous. »

Je me suis rappelé Yasmina retirant une carte de la caméra. « Merci de l'avoir gardée. »

« Je ne l'ai pas gardée pour faire du spectacle. Je l'ai gardée parce qu'on sait ce qu'il arrive quand on laisse les plus bruyants raconter seuls. »

Un commis est entré avec un plateau de tartelettes. J'ai détourné les yeux. Yasmina a fait un signe discret pour qu'il reparte.

« Je n'arrive même plus à regarder un dessert », ai-je avoué.

« Alors on mangera salé aujourd'hui. Personne ne te presse. »

Yasmina a repoussé une casserole pour me faire de la place sur le plan de travail. Elle avait prévu de partir très tôt le matin suivant chez un producteur de légumes et m'a montré son carnet de commandes, couvert de ratures. « Dans une cuisine, si on efface les erreurs au lieu de les noter, on les sert deux fois », a-t-elle dit. Je lui ai demandé comment ses employés avaient vécu le mariage. Certains avaient eu peur de perdre leur contrat s'ils intervenaient ; d'autres s'en voulaient d'être restés immobiles. Elle ne voulait pas les transformer en coupables secondaires pour alléger la responsabilité de Julien. Elle organiserait plutôt un échange sur la conduite à tenir quand un client devient violent.

À la fin du repas, elle m'a tendu une copie de sa facture du mariage. Un acompte exceptionnel avait été versé par Sillage Conseil trois semaines avant la cérémonie. La mention, ajoutée après paiement, disait : « Animation surprise, incident gâteau. »

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Je l'ai regardée. « Qui a écrit ça ? »

« Pas moi. Quelqu'un a modifié le libellé dans le portail du client. Et je veux savoir pourquoi on a utilisé ma société pour préparer ce qu'il t'a fait. »

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