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Chapter 4 - Le mensonge qu’il a confié à notre fille

Le lendemain, une vidéo d’Adrien circulait partout. On le voyait quitter l’hélicoptère, soutenir Camille devant les journalistes, puis poser la main sur son cœur en déclarant qu’il avait « tout tenté pour retrouver son épouse ». Un montage de quinze secondes coupait précisément l’instant où Nora lui ordonnait de descendre. Je regardai la séquence une fois, pas davantage. Il me restait assez de colère pour nourrir plusieurs années ; je ne voulais pas lui abandonner aussi mes heures de convalescence.

Lou, elle, avait vu la vidéo au lycée. Des camarades lui demandaient si son père avait vraiment sauvé une employée et si sa mère lui reprochait d’être un héros. Une fille avait envoyé une photo de Camille à côté d’une vieille photographie de notre mariage. Ma fille éteignit son téléphone en rentrant chez Hélène.

« Je ne retournerai pas demain », m’annonça-t-elle pendant notre appel. « Ils me regardent comme si j’étais le dernier épisode d’une série. »

« Tu peux manquer une journée. On va parler au lycée de ce qu’ils peuvent faire pour toi, pas de notre version de l’histoire. »

« Papa veut me voir ce soir. Il dit que tu vas me retourner contre lui. »

Je résistai à l’envie de lui répondre que son père s’en chargeait très bien tout seul. « Tu peux décider si tu veux le voir, mais pas sous pression. Et je ne te demanderai pas de lui poser des questions à ma place. »

Un silence suivit. « Avant le séisme, il m’avait demandé ton mot de passe. »

Je fermai les yeux. « Lequel ? »

« Celui de ton ordinateur de bureau. Il disait vouloir imprimer une surprise pour votre anniversaire de mariage. Je lui ai dit que tu l’avais changé. Il s’est mis en colère. »

Cette histoire n’avait rien à voir avec les sièges de l’hélicoptère. Elle expliquait pourtant peut-être le faux document de réception. J’avais conservé mes dossiers sur un ordinateur professionnel protégé, mais Adrien pouvait connaître les habitudes de ma fille, entrer dans notre maison et utiliser la confiance que Lou lui accordait.

« Merci de me l’avoir dit », répondis-je. « Tu n’as rien fait de mal. »

« J’ai failli lui donner le code. »

« C’est un adulte. Il n’aurait pas dû te le demander. »

J’en informai Inès et changeai mes accès avec l’aide du service informatique de mon cabinet. Nous conservâmes l’historique des connexions au lieu d’effacer précipitamment les traces. Mon avocat, Maître Salomé Garnier, que Hélène avait contactée, recommanda de séparer la situation familiale du dossier technique tout en préservant les éléments liés aux deux. Je n’avais jamais travaillé avec elle ; elle commença par me demander ce que je voulais, moi.

« Que Lou cesse d’être utilisée comme messagère. Et que les gens qui se trouvent encore sous l’hôtel ne deviennent pas des chiffres dans le rapport annuel de mon mari. »

« Alors on avancera avec ces deux priorités. Pour le reste, nous ne promettrons pas une victoire avant d’avoir les pièces. »

Adrien apparut au stade peu avant la fin des visites. Il portait une chemise neuve et tenait un bouquet de lys blancs, mes fleurs les moins préférées. Le gardien lui indiqua que je ne souhaitais pas le recevoir. Il haussa la voix dans le couloir, affirmant que je lui interdisais de voir sa propre femme. Je demandai à Salomé, présente pour un rendez-vous, de rester près de la porte.

« Deux minutes », concédai-je enfin. « Pas de photographie. »

Adrien entra, aperçut ma jambe et détourna rapidement le regard. Il posa les fleurs sur une chaise occupée par mes affaires.

« Tu as mauvaise mine, Élise. Je vais te trouver un établissement convenable. »

« Je suis soignée. Pourquoi as-tu dit à Lou que j’avais décidé de rester ? »

« Parce qu’elle avait besoin d’une explication. »

« Elle avait besoin de la vérité. »

Il s’approcha du lit. « Tu veux lui annoncer que son père est un salaud ? Très bien. Mais pense à ce que ça fera à son avenir. À ses études. À la société qui paye tout ça. »

Je lui indiquai la porte. « Tu viens de me menacer financièrement devant mon avocate. »

Il n’avait pas remarqué Salomé, assise dans l’angle de la chambre. Elle leva la main. « Bonjour, monsieur Delcourt. »

Adrien cligna des yeux. Puis il changea de visage, presque instantanément. « Je parle sous le coup de l’émotion. Ma femme m’a manqué. »

Je pensai au patin de l’hélicoptère qui quittait le sol. « Elle t’a appelé, pourtant. »

Il récupéra les lys et sortit sans dire au revoir.

Plus tard, Lou m’envoya un message : « Il dit que tu inventes une histoire pour divorcer et prendre l’argent. » Je lui répondis : « Les adultes s’occuperont de leurs responsabilités. Tu n’as pas à choisir une version ce soir. Je t’aime. »

Une demi-heure après, elle m’envoya la photographie d’un carnet posé sur son bureau. Sur la couverture, en lettres violettes, elle avait écrit : CE QUE JE SAIS, CE QUE J’IGNORE. Elle avait commencé par consigner ses propres souvenirs, en séparant les faits de ce qu’on lui racontait. Je lui demandai de ne pas se transformer en enquêtrice. Elle répondit : « C’est juste pour ne plus me perdre. »

Au milieu de la nuit, un homme se présenta à l’accueil de la tente. Il avait les mains couvertes de poussière et une blessure au front. Il demandait à me remettre quelque chose, pas à me voir.

En fin de journée, le responsable des visites me demanda comment je souhaitais que l’hôpital réagisse si Adrien revenait sans prévenir. Il me proposa plusieurs options et me laissa choisir celle qui me convenait. J’autorisai les visites de ma mère et de Lou, demandai que mon avocate soit prévenue pour les questions administratives et précisai qu’aucune image ne devait être prise dans ma chambre. Cette conversation m’aurait semblé dérisoire une semaine plus tôt. Elle me rendit pourtant une forme de pouvoir : on venait de me demander ce que je voulais, sans argumenter contre ma réponse.

Aïcha m’apporta une enveloppe sans nom. À l’intérieur se trouvait un badge de chantier fendu en deux et un mot écrit au crayon : « J’ai fixé R17. Ce n’est pas la pièce livrée le matin. Si je parle, je perds tout. »

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Le badge portait un nom : Sofiane Benali.

Pour la première fois depuis le séisme, quelqu’un d’autre que moi parlait du même défaut.

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