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Chapter 10 - Le conseil des apparences

La réunion extraordinaire du conseil d'Égide a commencé à neuf heures dans une salle qui donnait sur les quais. Adrien avait envoyé une photographie de lui en costume sombre devant la grande baie vitrée, accompagnée d'une phrase sur la résistance des entrepreneurs face à la diffamation. J'ai éteint mon téléphone après l'avoir conservée. Il cherchait un public ; il n'aurait pas le mien.

Avant la réunion, un représentant du personnel avait demandé que l'audit n'oublie pas les techniciens qui avaient signalé des défauts. On lui avait répondu qu'une enquête sérieuse devait distinguer les actes individuels, les consignes et les décisions de direction. J'avais lu son message grâce à Henri et je m'étais sentie soulagée de voir cette question posée. Si Adrien tombait, les familles des salariés ne devaient pas être traitées comme des accessoires de sa punition. Le soir de la ceinture, je ne pensais qu'à sortir de chez moi. Je pouvais désormais imaginer une réparation qui ne reproduirait pas la même logique de domination.

Je n'assistais pas au conseil. Henri y représentait le fonds minoritaire, et Jeanne avait déposé les informations utiles auprès des interlocuteurs compétents. Je suis restée chez Maud avec un carnet et un bol de céréales. C'était une journée absurde pour une femme habituée à traiter les crises en ouvrant dix tableaux à la fois : mon meilleur geste consistait à ne pas m'inviter dans une salle où je n'avais aucun droit de décision.

Vers dix heures, Henri m'a envoyé un message : « Audit externe proposé. Résultat dans une heure. »

J'ai posé le téléphone. Maud m'a fait choisir un livre à réparer. J'ai nettoyé une reliure pendant que mes doigts essayaient de reprendre leur force. Lorsque l'écran s'est rallumé, le conseil avait voté la suspension des nouvelles installations et mandaté un examen indépendant des contrats et des essais. Adrien conservait provisoirement certaines fonctions administratives, sous contrôle, le temps que les organes compétents statuent. Ce n'était pas l'effondrement spectaculaire qu'il méritait dans mes rêves, mais c'était le début d'une surveillance qu'il ne pouvait plus contourner seul.

« Béatrice a voté contre ? » ai-je demandé à Henri.

« Elle n'est pas administratrice d'Égide. Elle a envoyé son avocat pour présenter les conséquences financières. »

« Donc elle a essayé. »

« Comme toujours. »

À la résidence, Béatrice réunissait les familles. Une vidéo envoyée par Yanis la montrait derrière un pupitre, sous une affiche promettant « dignité et sérénité ». Elle parlait de décisions regrettables prises dans la précipitation et demandait de ne pas céder à la peur. Madame Bensaïd a demandé le micro.

« La dignité, madame, c'est que je puisse sortir de ma chambre sans attendre qu'un technicien me donne la permission. »

Quelques proches ont applaudi. D'autres ont baissé les yeux. Béatrice a remercié la résidente de son intervention, puis a essayé de couper le son lorsque Samia a demandé où se trouvait la liste complète des pièces remplacées. Yanis a cessé de filmer à cet instant, par respect pour les résidents qui ne voulaient pas apparaître à l'écran.

Une fille d'une résidente s'est levée pour demander comment les familles pouvaient distinguer une réparation réellement terminée d'une promesse de plus. Béatrice a répondu qu'un rapport leur serait adressé « en temps utile ». Yanis, sans filmer les visages, a noté la formule dans son cahier. Une autre personne a demandé qui garderait les résidents dont les chambres devaient être déplacées. Cette fois, Samia a répondu elle-même, en présentant les équipes et les plages de permanence prévues. La différence entre les deux discours sautait aux oreilles : l'un renvoyait les questions vers plus tard ; l'autre donnait des noms, des horaires et la possibilité de rappeler. Madame Bensaïd a remercié Samia d'un signe de tête. Béatrice s'est raidie en voyant que la salle écoutait davantage une infirmière qu'une présidente en tailleur.

Dans l'après-midi, un cabinet a proposé aux personnes concernées des rendez-vous d'information individuels sur les mesures prises. La direction des Ormes a été invitée à rendre compte, mais le contrat d'exploitation de l'établissement ne permettait pas à Henri de la congédier par téléphone. J'ai commencé à trouver une forme de soulagement dans la lenteur des vraies procédures : elles empêchaient parfois les puissants d'agir aussi vite que leurs émotions.

Adrien m'a appelée depuis un numéro masqué. J'ai laissé un message automatique répondre. Il a enregistré une voix presque tendre : « Claire, on peut encore sauver notre mariage. Tu sais qu'on se complète. Je n'ai pas voulu te blesser. » Puis, après un silence : « Regarde ce que ton père est en train de faire à mes salariés. »

J'ai transmis l'appel à Jeanne. Elle m'a demandé ce que je ressentais.

« De la honte d'avoir attendu ce message pendant des années », ai-je répondu. « Avant, il suffisait qu'il prononce mon prénom gentiment. Maintenant, j'entends ce qu'il ne dit pas. »

Henri est revenu de la réunion épuisé. « Les comptes ne sont pas simplement mauvais », a-t-il annoncé. « Il y a des paiements à un fournisseur dont les coordonnées bancaires ont changé trois fois. Les commandes ont continué malgré les alertes. »

« Le sous-traitant de Béatrice ? »

« Peut-être. L'audit devra le déterminer. »

Je lui ai montré la photographie anonyme reçue par la journaliste. Il a pâli devant l'accusation liée aux Amandiers, puis m'a demandé la permission de consulter Jeanne. Je la lui ai donnée, en précisant qu'il ne déciderait pas à ma place de ce qui devait être rendu public sur ma mère.

À dix-neuf heures, Théo m'a appelée en pleurant. Il venait d'apprendre que Solène avait quitté les locaux d'Égide en emportant des dossiers. La société prétendait qu'elle prenait des congés. Le personnel disait autre chose : elle avait été vue au parking avec Béatrice, toutes deux échangeant une boîte métallique.

« Vous croyez qu'elles vont détruire les originaux ? » a demandé Théo.

« Je ne sais pas. Mais n'essayez pas de les suivre. Racontez ce que vous avez vu à ceux qui peuvent agir. »

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Il a raccroché. Deux minutes plus tard, une photographie est arrivée sur mon téléphone. Elle montrait la boîte métallique entrouverte, photographiée à travers une fenêtre. À l'intérieur reposaient des carnets, une cassette et une enveloppe portant l'écriture de ma mère. Une étiquette y avait été collée : « À remettre à Claire si je ne reviens pas. »

Cette enveloppe aurait dû m'appartenir depuis dix-sept ans.

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