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Chapter 11 - La lettre laissée à l'enfant

J'ai rêvé de la main de ma mère toute la nuit. Elle me tenait par le poignet pour traverser la rue, m'apprenait à découper droit dans du carton, posait un verre d'eau près de mon lit lorsque j'étais malade. Dans le rêve, elle glissait une enveloppe sous ma porte, mais chaque fois que je la ramassais, elle était vide. Au réveil, je savais seulement que quelqu'un avait conservé pendant dix-sept ans un objet qu'Hélène avait destiné à sa fille.

J'ai cherché dans mes cartons une photographie de mon dernier anniversaire avec Hélène. Nous étions toutes les deux devant un gâteau raté, avec de la crème qui coulait sur l'assiette. Au dos, elle avait écrit : « On recommencera, et ce sera meilleur. » Je l'ai posée à côté de la photographie du dossier de Solène. Pendant quelques minutes, j'ai refusé que les archives de l'incendie soient les seules images de ma mère présentes dans ma chambre. Si une lettre avait été cachée, sa disparition ne devait pas emporter toutes les autres façons dont Hélène m'avait aimée.

Jeanne m'a empêchée de me rendre chez Béatrice. « Tu ne sais même pas si la photographie montre une enveloppe authentique. Et tu n'as rien à gagner à te présenter devant la maison d'une personne qui te considère comme une ennemie. »

« Ce sont les mots de ma mère. »

« Justement. Il faut les récupérer sans leur donner l'occasion de les faire disparaître. »

Henri a commencé par vérifier les archives qu'il avait confiées à l'assureur après le feu des Amandiers. Une liste de dépôt mentionnait un paquet de correspondance privée, transféré ensuite à un administrateur de l'établissement à la demande d'un avocat. L'administrateur était mort. Son successeur au conseil s'appelait Béatrice Marceau.

« Elle a connu ma mère ? »

« Elle siégeait déjà au conseil des Amandiers », a répondu Henri. « Je t'ai dit que le fournisseur avait changé une pièce. Je n'ai pas ajouté que Béatrice présidait le comité qui avait refusé de fermer l'aile pendant les travaux. »

J'ai dû me retenir de jeter le téléphone. « Tu ne me l'as pas ajouté parce que cela aurait gâché mon mariage ? »

« Je n'ai appris sa présence au conseil des Ormes que plus tard. »

« Mais tu savais qui était la mère de mon mari avant qu'on se marie. »

Il n'a pas répondu assez vite. Nous savions tous les deux ce que ce silence signifiait.

Je lui ai demandé de me laisser une journée sans appel. Dans le petit atelier de Maud, j'ai passé des heures à réparer la couverture d'un livre d'enfant. Maud travaillait de l'autre côté de la table. Vers seize heures, elle a poussé un biscuit vers moi.

« Tu as le droit d'être furieuse contre deux hommes à la fois », a-t-elle dit.

Maud m'a demandé si je voulais faire un tour avant de reprendre les appels. Nous avons marché jusqu'au marché couvert. Devant un étal de fleurs, elle s'est arrêtée pour acheter des œillets qu'elle destinait à sa mère. J'ai eu envie de lui demander pourquoi elle ne s'était pas éloignée de moi lorsque ma vie était devenue un assemblage de rendez-vous médicaux, d'avocats et de mauvaises nouvelles. Je lui ai finalement posé la question près du marchand de fromages. « Parce que tu m'as aidée quand mon atelier allait fermer, et que je ne compte pas les amitiés en heures de tranquillité », a-t-elle répondu. Je lui ai rappelé qu'elle avait remboursé le petit prêt de l'époque en six mois. « Ce n'est pas de l'argent que je parle. Tu es venue chaque matin avant ton travail pour m'aider à porter les cartons. » J'avais oublié ces matinées. En revenant chez elle, j'ai sorti un morceau de papier pour noter deux choses qui ne concernaient pas l'affaire : rappeler ma dentiste et réparer mon vélo. Je ne voulais pas perdre toutes les preuves que j'avais une existence indépendante de l'enveloppe qu'on me cachait.

« Je le suis contre trois. Il y a aussi l'homme qui a inventé les enveloppes sans double. »

Elle a souri. Je n'ai pas ri, mais j'ai mangé le biscuit.

L'enquête sur les archives a progressé par des voies moins romanesques que je ne l'espérais : un ancien registre de remise, un courrier de relance, un accusé de réception, puis un entretien avec une secrétaire retraitée. Elle s'appelait Lucette Moreau et vivait près d'Angers. Elle a demandé à me parler en présence de sa fille.

« Madame Renaud, votre mère m'avait confié une lettre après sa dernière réunion », a-t-elle déclaré. « Je l'ai transmise au service juridique sur ordre de la direction. Ils m'ont assuré qu'elle vous serait remise à votre majorité. »

« Pourquoi n'avez-vous pas vérifié ? »

« Parce que je voulais garder mon poste. C'est une réponse honteuse, mais c'est la vraie. »

Elle a sorti son agenda de l'époque. À la date de remise, elle avait noté : « Lettre H. Renaud pour Claire, ne pas oublier. » Cette petite ligne m'a bouleversée davantage que les discours de mon père. Une inconnue avait au moins pensé à moi ce jour-là.

Jeanne a engagé les démarches pour que la correspondance soit recherchée et conservée. Le propriétaire actuel de la boîte métallique a été sollicité officiellement. Béatrice a nié posséder une lettre privée, puis a affirmé que tout le contenu relevait de dossiers historiques de l'établissement. Elle ne pouvait pas soutenir les deux versions indéfiniment.

Trois jours plus tard, une copie de la lettre est parvenue à mon avocate par une personne qui avait conservé un inventaire. Elle contenait peu de détails techniques. Ma mère m'y disait qu'elle avait eu peur de prendre position contre des gens puissants et qu'elle l'avait fait parce qu'elle ne voulait pas devenir quelqu'un qui accepte une porte fermée quand un autre se trouve derrière.

« Si tu lis ceci », écrivait-elle, « ne te fais pas une vie consacrée à me venger. Je souhaite que tu puisses en construire une que j'aurais aimée voir. »

Je l'ai lue seule, puis à voix haute devant Maud. Mon père n'était pas présent. Je n'ai pas regretté cette absence.

Au bas de la lettre figurait une dernière instruction : « Demande à Lucette pourquoi le registre a été réécrit le mardi. Elle a gardé le premier cahier. »

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J'ai appelé Lucette. Elle s'est mise à pleurer lorsque j'ai mentionné la phrase.

« Il est dans mon grenier depuis dix-sept ans », a-t-elle dit. « Je croyais que personne ne voudrait plus jamais savoir. »

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