Chapter 13 - Les Secrets du Coffre-Fort

À deux semaines de l'ouverture du procès, l'enquête scientifique sur les éléments découverts dans le second coffre-fort de la villa venait de rendre ses conclusions définitives. Le capitaine Marc Valier m'invita dans ses bureaux de la Police Judiciaire pour me présenter les pièces scellées.
Dans la pièce sécurisée réservée aux affaires sensibles, une série de pochettes en plastique transparent était alignée sur une grande table métallique.
— Ce coffre était une vraie caverne d'Ali Baba de la criminalité financière, Mademoiselle Vaneau, déclara le capitaine Valier en enfilant des gants en latex. Outre les faux bilans comptables et les statuts des sociétés écrans du Panama, nous avons retrouvé deux enregistrements audio gravés sur des mini-disques informatiques par Damien lui-même.
— Pourquoi Damien aurait-il conservé des enregistrements qui l'incriminent ? demandai-je, intriguée.
— Par paranoïa et par cupidité, expliqua Valier. Damien n'a jamais fait confiance à Victor Vance ni au juge Germain. Il savait que dans le milieu du grand banditisme financier, on peut rapidement servir de fusible. Il gardait ces enregistrements comme une assurance de chantage mutuel au cas où Vance tenterait de se débarrasser de lui une fois le casse du groupe Vaneau terminé.
Le capitaine posa une petite enceinte sur la table et inséra le disque dans un lecteur. Une voix grésillante mais parfaitement reconnaissable retentit dans la pièce. C'était la voix de Damien, datée de six mois plus tôt :
"– Victor, l'arsenic commence à faire son effet. Elle passe ses journées à dormir, elle a des nausées affreuses. Le médecin de famille — celui que Germain nous a recommandé — va bientôt signer le certificat de démence sénile précoce ou d'incapacité mentale."
Puis la voix de Victor Vance répondit, froide et méprisante :
"– Parfait. Une fois qu'elle est sous tutelle, tu lui fais signer la cession des droits sur le brevet écologique. Ensuite, tu augmentes progressivement les doses. Un arrêt cardiaque discret dans son sommeil d'ici la fin de l'année. Personne ne fera d'autopsie si Germain contrôle le rapport du médecin légiste."
La voix de Marlène s'éleva ensuite dans le haut-parleur avec un ricanement aigu :
"– Et n'oubliez pas ma part : deux millions d'euros transférés sur ma fondation au Liechtenstein dès que la maison sera vendue à la découpe !"
Le capitaine Valier coupa l'enregistrement. Le silence dans le bureau était si lourd qu'on aurait pu entendre une aiguille tomber. Maître Elena Ruiz avait les poings serrés, le visage rouge d'indignation.
— C'est... c'est monstrueux, murmura Elena. Une préméditation froide, méthodique, machiavélique. C'est la preuve absolue du chef de conspiration criminelle et de tentative d'assassinat en bande organisée !
— Avec cette pièce, ajouta le capitaine Valier, la ligne de défense de la défense visant à faire passer Damien pour une victime manipulée s'effondre définitivement. Ils sont tous impliqués jusqu'au cou. De plus, les analyses du laboratoire de police scientifique ont confirmé la présence de traces de trioxyde d'arsenic dans le flacon de tonique capillaire et les huiles de massage que Marlène offrait gentiment à Éléonore chaque semaine sous prétexte de la soigner.
Je restai immobile pendant quelques instants, fermant les yeux pour laisser passer la vague d'émotion qui me submergeait. La certitude d'avoir frôlé une mort lente et ignoble orchestrée par ceux en qui j'avais eu confiance me laissa un goût amer, mais elle renforça encore ma détermination.
— Captaine, dis-je en ouvrant les yeux, je veux que cet enregistrement soit diffusé dans son intégralité lors de la première journée de la session des assises. Je veux que les jurés entendent chaque mot, chaque rire de cette femme et de son fils.
— Ce sera fait, Mademoiselle Vaneau, répondit le capitaine avec un hochement de tête respectueux. Le juge d'instruction a déjà inscrit ce scellé comme pièce maîtresse de l'accusation.
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En quittant le commissariat, je marchai le long de la rivière qui traversait le centre-ville. Les arbres commençaient à bourgeonner, annonçant l'arrivée du printemps. Pour la première fois depuis trois ans, je me sentais physiquement forte, débarrassée des toxines qui avait empoisonné mon corps et mon esprit. La vengeance n'était plus seulement une quête personnelle d'équité : elle était devenue un acte de purification.
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