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Chapter 6 - Mascarade au Conseil

Le mercredi matin, quarante-huit heures avant l'échéance fatale imposée par Victor Vance, une atmosphère de haute tension régnait dans la grande salle de réunion du siège social. Les dix membres du conseil d'administration de Vaneau Construction étaient rassemblés autour de la table. La plupart étaient des hommes d'affaires d'un certain âge, proches alliés de mon père à l'époque, mais devenus opportunistes et frileux depuis sa disparition.

À la tête de la table se tenait Charles Delacroix, le vice-président du conseil, un homme aux cheveux blancs tirés en arrière et au regard fuyant. C'était lui qui avait dirigé les débats pendant ma période d'isolement.

— Chers collègues, commença Delacroix en tapotant ses papiers. La situation est d'une gravité inédite. Le scandale judiciaire impliquant Monsieur Moreau a détruit la confiance de nos actionnaires. Le cours de l'action s'est effondré de quarante pour cent en quarante-huit heures. Et nous avons cette dette de douze millions d'euros exigible vendredi auprès du fonds Blackstone Apex.

Il s'arrêta un instant et me jeta un coup d'œil empreint de fausse compassion.

— Mademoiselle Vaneau est présente parmi nous aujourd'hui, et nous saluons son courage après les épreuves personnelles qu'elle a traversées. Cependant, la gestion d'un groupe industriel ne peut s'embarrasser d'émotions. Monsieur Vance nous propose un rachat partiel des actifs qui sauverait nos postes et nos dividendes. Je propose donc de mettre au vote l'acceptation de l'offre de Blackstone Apex.

Des murmures d'approbation s'élevèrent parmi la majorité des administrateurs.

— Un instant, Monsieur Delacroix, intervins-je d'une voix posée mais retentissante en me levant de mon siège.

Tous les regards se tournèrent vers moi. Je portais un tailleur blanc impeccablement coupé, les cheveux tirés en un chignon strict. Malgré le maquillage qui dissimulait à peine les ecchymoses de mon visage, mon attitude dégageait une autorité absolue.

— Vous parlez d'accepter la proposition d'un fonds rapaces qui veut démanteler notre entreprise. Avez-vous seulement pris la peine d'analyser le contrat de prêt signé par Damien Moreau ?

— Les juristes de la société l'ont examiné, répondis Delacroix avec arrogance. Tout est parfaitement légal et contraignant.

— Vraiment ? dis-je en ouvrant le dossier que j'avais apporté. Alors expliquez-moi pourquoi ce contrat de prêt comporte une clause de garantie croisée signée non pas par le conseil, mais par une filiale écran enregistrée au Luxembourg il y a six mois... filiale dont vous êtes vous-même le bénéficiaire effectif à hauteur de vingt pour cent, Monsieur Delacroix ?

Un silence de mort s'abattit sur la salle. Delacroix devint soudainement écarlate.

— C'est... c'est une diffamation scandaleuse ! balbutia-t-il, se redressant sur son fauteuil. Comment osez-vous m'accuser de quoi que ce soit ?

— Je ne vous accuse pas, je lis simplement les documents d'enregistrement bancaire que mon équipe a récupérés hier soir, répliquai-je en projetant les pièces sur le grand écran vidéo de la salle. Le 12 octobre dernier, vous avez rencontré Victor Vance dans un hôtel discret de Genève. Trois jours plus tard, vous votiez au conseil pour autoriser Damien à engager les actifs de la société en garantie. Vous n'étiez pas la dupe de Damien, Monsieur Delacroix. Vous étiez son complice. C'est vous, le cerveau financier du complot !

Les administrateurs se mirent à parler tous en même temps, consternés. Certains pointaient du doigt Delacroix, exigeant des explications.

— C'est faux ! Tout cela n'est qu'un tissu de mensonges orchestré par cette fille ! hurla Delacroix, la voix tremblante de fureur. De toute façon, cela ne change rien au problème principal ! Vendredi à seize heures, nous devons payer douze millions d'euros ! Où est votre argent, Éléonore ? Avez-vous douze millions d'euros à sortir de votre poche ? Non ! Vous êtes insolvable !

Je souris doucement, un détail que Delacroix ne manqua pas de noter avec un malaise grandissant.

— Mon père était un homme prévoyant, Monsieur Delacroix. Il savait que le monde des affaires était peuplé de requins de votre espèce. C'est pourquoi, lors de la création de la société, il a instauré un fonds de réserve de garantie bloqué, garanti par un compte d'or physique déposé à la Banque de France, activable uniquement par l'héritier direct en cas de tentative de prise de contrôle hostile.

Je sortis un document officiel frappé du sceau de la Banque de France et le posai au centre de la table.

— Ce compte contient la somme exacte de quinze millions d'euros. J'ai signé le déblocage ce matin à la première heure. La dette de Blackstone Apex sera intégralement remboursée demain matin à neuf heures.

Delacroix s'effondra littéralement sur sa chaise, le regard vide. Les autres membres du conseil se levèrent un à un pour m'applaudir ou venir me serrer la main, empressés de faire allégeance à la nouvelle maîtresse légitime des lieux.

— Et concernant votre mandat de vice-président, Monsieur Delacroix, ajoutai-je en me tournant vers la porte. La police judiciaire vous attend dans le hall d'accueil pour vous entendre dans le cadre de l'enquête pour escroquerie en bande organisée et délit d'initié.

Deux agents de police entrèrent dans la salle et invitèrent Delacroix à les suivre sans faire de bruit. Il se leva comme un automate, déchu, sans dire un mot.

Elena s'approcha de moi et me murmura à l'oreille :

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— Une victoire magistrale, Éléonore. Le conseil est nettoyé et la dette sera payée. Mais attention : Vance ne s'avouera pas vaincu si facilement. Un homme comme lui ne tolère pas d'être humilié par une femme qu'il pensait contrôler.

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