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Chapter 5 - L'Ombre de la Bourse

Deux jours s'étaient écoulés depuis l'arrestation spectaculaire de Damien et Marlène. La nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre dans toute la presse financière et les médias régionaux. Les titres des journaux télévisés ne parlaient que du "Scandale Vaneau" : arrestation du PDG pour violences et détournement de fonds multi-millions.

Cependant, la bataille était loin d'être gagnée. Installée dans le grand bureau de mon père au dernier étage de la tour Vaneau, je faisais face à Maître Elena Ruiz et à Gabriel Mercier, un expert financier judiciaire indépendant que nous avions engagé en urgence. Devant nous, des dizaines de classeurs de bilans et des graphiques boursiers s'étalaient sur la vaste table de verre.

— La situation est bien plus critique que ce que nous imaginions, Éléonore, déclara Gabriel en ajustant ses lunettes. Damien n'a pas seulement volé quatre millions d'euros. Il a contracté des emprunts toxiques auprès de fonds spéculatifs opaques basés à Londres en utilisant les actions de Vaneau Construction comme garantie collateral.

— Quel est le montant de ces dettes ? demandai-je en sentant une boule d'angoisse se former dans ma poitrine.

— Douze millions d'euros, répondit Elena avec gravité. Et l'échéance de remboursement est fixée à vendredi prochain, seize heures. Si la société ne rembourse pas cette somme avant la date limite, le fonds 'Blackstone Apex' prendra automatiquement le contrôle de cent pour cent des actifs de votre entreprise.

— Blackstone Apex... répétal-je. Je connais ce nom. C'est le fonds dirigé par un certain Victor Vance.

— Exactement, confirma Gabriel. Victor Vance est un rapace financier réputé pour racheter des entreprises en difficulté, liquider le personnel, découper les actifs et revendre le tout par appartements. Et le plus troublant dans cette histoire, c'est la rapidité avec laquelle ces prêts ont été accordés à Damien. Quelqu'un à l'intérieur du conseil d'administration aidait Damien et travaillait en sous-main pour Vance.

Je me levai et marchai vers la fenêtre. Le ciel au-dessus de la ville était gris et menaçant.

— Damien n'a jamais eu l'intelligence financière pour monter une telle structure tout seul, analysai-je. Marlène connaissait des gens du monde mondain, mais elle n'y connaissait rien aux dérivés boursiers. Il y a un cerveau caché derrière tout cela. Une troisième personne.

Soudain, la porte du bureau s'ouvrit sans qu'on y ait frappé. Un homme d'une cinquantaine d'années, vêtu d'un costume sur mesure hors de prix, le visage anguleux et les cheveux gris impeccablement coiffés, entra d'un pas assuré. Il était suivi de deux gardes du corps imposants.

— Bonjour, chère Éléonore, déclara-t-il d'une voix suave et sans la moindre trace de politesse. Je vois que vous avez repris possession du fauteuil de votre pauvre père. Quelle touchante réunion de famille.

— Victor Vance... murmura Elena en se levant précipitamment. Vous n'avez pas le droit d'être ici. C'est une propriété privée.

Vance esquissa un sourire froid et sortit un document plastifié de sa veste d'intérieur.

— Je suis ici en tant que créancier principal du groupe Vaneau, Maître Ruiz. Selon les termes du contrat de prêt signé par votre cher mari le mois dernier, j'ai le droit d'inspecter les livres de compte à tout moment en cas de défaillance managériale. Et au vu de l'actualité récente... on peut dire que la défaillance est totale.

Il s'approcha de mon bureau et posa ses mains à plat sur le bois précieux, se penchant vers moi.

— Vous avez réussi à envoyer votre mari et votre belle-mère en garde à vue, Mademoiselle Vaneau. Félicitations pour cette petite comédie dramatique. Mais les marchés financiers ne s'encombrent pas de sentiments ni de scènes de ménage. Dans quatre jours, votre entreprise m'appartiendra. À moins, bien sûr... que vous ne soyez prête à signer un accord amiable dès aujourd'hui.

— Quel genre d'accord ? demandai-je en le fixant sans ciller, refusant d'étaler la moindre crainte.

— Vous me cédez les brevets de construction écologique développés par votre père, ainsi que le terrain du port franc, pour un euro symbolique. En échange, j'annule la dette de douze millions et je vous laisse la marque Vaneau pour continuer à jouer aux petits entrepreneurs.

Je laissai échapper un rire bref et dédaigneux.

— Vous me demandez de vous donner le cœur et l'âme du travail de toute la vie de mon père en échange de l'effacement d'une dette frauduleuse contractée par un escroc ? Vous rêvez debout, Monsieur Vance.

Le visage de Vance s'assombrit instantanément. La courtoisie de façade vola en éclats.

— Écoutez-moi bien, petite fille, cracha-t-il d'une voix menaçante. Vous n'avez aucune liquidité. Vos comptes sont gelés par la justice. Les banques vous fuient comme la peste. Vendredi à seize heures une seconde, vous n'aurez plus rien. Vous serez à la rue, ruinait comme vous l'étiez avant que Damien ne fasse l'erreur de vous épouser. Réfléchissez-y.

Il se retourna brusquement et quitta le bureau, flanqué de ses hommes de main.

Dès que la porte se referma, Gabriel se tourna vers moi.

— Il a raison sur un point, Éléonore. Sans cash-flow immédiat pour désintéresser les créanciers urgents avant vendredi, nous sommes au bord du gouffre. Où allons-nous trouver douze millions d'euros en quatre jours ?

Je rouvris mon ordinateur portable et sortis un vieux carnet de notes à la couverture en cuir usée, légué par mon père.

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— Mon père m'a appris une chose essentielle en comptabilité, Gabriel : la meilleure façon de cacher un trésor est de le placer là où tout le monde regarde sans le voir. Vance pense avoir le contrôle de la situation, mais il a oublié de vérifier un détail crucial dans les statuts fondateurs de la société. Et nous allons nous en servir pour lui tendre un piège dont il ne se relèvera pas.

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