Chapter 14 - Une Alliance Inattendue

À dix jours de l'ouverture du procès aux assises, une visite inattendue vint bouleverser la préparation de notre stratégie juridique. Alors que je travaillais tard dans le bureau du siège social avec Elena, mon secrétaire m'informa qu'une personne insistait pour me voir de toute urgence, refusant de donner son nom par téléphone.
Je donnai mon accord pour la faire monter. Lorsque la porte s'ouvrit, une femme d'une quarantaine d'années, vêtue d'un manteau sombre et portant un foulard en soie masquant une partie de son visage, entra avec précaution dans la pièce. Elle s'assura que la porte était bien fermée avant de retirer son foulard.
Je fus stupéfaite : c'était Isabelle Germain, l'épouse du juge corrompu Antoine Germain.
— Madame Germain ? dis-je en me levant, interloquée. Que faites-vous ici ?
Isabelle Germain avait les yeux rougis par les larmes, le visage marqué par le choc de la déchéance publique de son mari. Elle sortit de son sac à main en cuir un épais cahier à couverture rigide et le posa sur mon bureau avec des mains tremblantes.
— Je suis venue vous apporter ceci, Mademoiselle Vaneau, dit-elle d'une voix altérée par l'émotion.
Elena s'approcha prudemment, se méfiant d'une manœuvre de la défense.
— Qu'est-ce que c'est, Madame Germain ?
— C'est le journal intime de mon mari, répondit-elle en essuyant une larme d'un geste rapide. Il y a consigné pendant plus de dix ans toutes ses opérations financières occultes, les noms de ses complices politiques, ainsi que les montants exacts des pots-de-vin versés par Victor Vance et Marlène Moreau pour étouffer les affaires judiciaires.
Je regardai le cahier avec stupéfaction.
— Pourquoi me donnez-vous cela ? Votre mari risque déjà la peine maximale. Ce document va sceller définitivement son sort !
Isabelle Germain leva la tête et me fixa avec une honnêteté poignante.
— Mon mari est un homme corrompu qui a détruit notre famille et souillé notre nom pour de l'argent sale. Mais ce n'est pas pour lui que je suis là. C'est pour vous, Éléonore. Quand j'ai appris ce qu'ils vous avaient fait subir... l'empoisonnement, les coups la nuit, la tentative de vous faire passer pour folle... j'ai été prise de vomissements. Je suis mère de deux filles. Si quelqu'un faisait subir un centième de ce calvaire à mes enfants, je voudrais que la terre entière s'effondre sur leurs têtes.
Elle poussa le cahier vers moi.
— Dans ce journal, à la page du 18 avril d'il y a trois ans, Antoine a noté le nom de la personne qui a fourni le module électronique de piratage des freins à Marlène. Ce n'était pas un simple homme de main de la métropole. C'était un ingénieur véreux employé directement par la filiale allemande du groupe concurrent de votre père.
Elena attrapa immédiatement le journal et l'ouvrit à la page indiquée. Ses yeux balayèrent les lignes manuscrites avec une rapidité fulgurante.
— Bon Dieu ! s'écria Elena. C'est la preuve que la conspiration ne s'arrêtait pas à la prise de contrôle de Vaneau Construction ! Il s'agissait d'un pacte d'espionnage industriel international pour voler les brevets de béton écologique et les revendre à un consortium étranger !
Je me tournai vers Isabelle Germain, profondément touchée par son geste de courage.
— Madame Germain... en me remettant ce document, vous vous mettez en danger. Vance et ses alliés ont encore des bras armés à l'extérieur.
— Je n'ai plus peur de rien, Mademoiselle Vaneau, répondit-elle dignement en remettant son foulard. Mon mari ira en prison pour de nombreuses années, et c'est juste. Mais je veux que vos bourreaux paient jusqu'au dernier centime. Faites bon usage de ce cahier.
Après son départ, Elena et moi avons passé la nuit entière à éplucher chaque page du journal. Chaque annotation, chaque chiffre confirmait l'ampleur tentaculaire du complot. Nous n'avions pas seulement entre les mains les pièces pour condamner Damien, Marlène et Vance pour violences et empoisonnement : nous tenions les éléments pour démanteler un réseau de corruption industrielle majeur.
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— Éléonore, dit Elena en fermant le cahier au petit matin alors que le soleil se levait sur la ville, avec ces preuves supplémentaires, le procès de la semaine prochaine ne sera pas une simple audience pénale. Ce sera une exécution judiciaire.
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