Chapter 22 - La Confession Inattendue

Trois mois après le verdict, une lettre portant le cachet de l'administration pénitentiaire m'arrivât par voie postale. Elle émanait de la prison pour femmes où Marlène Moreau purgeait sa peine de réclusion à perpétuité.
Marlène demandait une audience au parloir. Elle prétendait avoir une confession de la plus haute importance à me faire concernant un secret personnel que mon père lui aurait confié peu avant sa morte.
Elena me déconseilla fortement d'y aller.
— C'est une manipulatrice narcissique, Éléonore, me prévint-elle dans mon bureau. Elle veut simplement te revoir pour tenter de planter une dernière flèche venimeuse dans ton esprit. Ne lui donne pas cette satisfaction.
— Si c'est un piège psychologique, je saurai le déjouer, répondis-je. Mais si c'est une pièce manquante du puzzle de mon père, je dois savoir. Je suis assez forte désormais pour entendre n'importe quoi.
Le lendemain après-midi, je franchis les portes en fer lourd du centre détention des femmes. Après les contrôles de sécurité d'usage, je fus introduite dans un petit parloir vitré.
Quelques instants plus tard, Marlène entra, encadrée par deux gardiennes. La transformation était saisissante : l'élégante bourgeoise aux bijoux scintillants n'était plus qu'une femme voûtée, vêtue d'un uniforme gris informe, les cheveux ternes et coupés court, le visage ravagé par des rides profondes.
Elle s'assit de l'autre côté de la vitre et décrocha le combiné téléphonique. Je fis de même.
— Tu es venue..., murmura-t-elle, sa voix autrefois hautaine devenue éraillée.
— Vous vouliez me parler, Marlène. Je vous écoute. Vous avez cinq minutes.
Marlène posa ses mains ridées contre la vitre, observant mon visage éclatant de santé et de sérénité.
— Je voulais te dire... que je te hais, Éléonore. Je te hais parce que tu as gagné. Tu as détruit mon fils, tu m'as enlevé ma vie de luxe, tu m'as réduite à rien.
Je laissai échapper un léger soupir de pitié.
— Vous vous êtes détruite toute seule, Marlène. Votre cupidité et votre cruauté ont été vos seuls bourreaux. Est-ce pour me dire cela que vous m'avez fait venir ?
Marlène baissa les yeux, une larme d'amertume roulant sur sa joue creusée.
— Non... Je voulais te dire la vérité sur ton père. La nuit avant son accident, il est venu me voir. Il avait découvert que Damien me donnait de l'argent. Il m'a offert un chèque de deux millions d'euros pour que mon fils et moi quittions la ville et ne te revoyions plus jamais. Il voulait te protéger de nous parce qu'il avait deviné quelle espèce de monstres nous étions.
Je restai immobile, écoutant le son de sa voix.
— Et vous avez préféré le faire tuer pour prendre la totalité de sa fortune, complétai-je froidement.
— Oui, chuchota Marlène. Et c'est la plus grande erreur de ma vie. Parce que ton père avait raison : tu n'étais pas une proie facile. Tu étais sa fille. Et la vengeance d'une Vaneau est pire que tout ce que nous avions imaginé.
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Je raccrochai doucement le combiné téléphonique sans ajouter un mot. Je me levai et me tournai vers la sortie, laissant Marlène pleurer seule derrière la vitre sécurisée. La confession n'avait apporté aucune ombre : elle avait seulement confirmé l'amour immense et protecteur de mon père. La dernière tentative de manipulation s'était retournée contre sa propre auteure.
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