Chapter 3 - L'Ombre de la Police

Le docteur Keller se leva d'un bond et ouvrit la porte du bureau avec une urgence contenue. Il s'adressa immédiatement à la chef des infirmières : « Prévenez le service de sécurité du bloc et contactez immédiatement la police d'État et le FBI. Nous avons un cas d'empoisonnement criminel par dispositif chimique sur un mineur. »
En quelques minutes, l'atmosphère de l'hôpital St. Mark se métamorphosa. Les couloirs d'ordinaire feutrés devinrent le théâtre d'un ballet anxieux. Des agents de sécurité armés prirent position devant les accès de l'aile pédiatrique. On demanda à Hannah de répéter chaque détail de sa déclaration à trois reprises différentes.
Puis, une femme en costume sombre et manteau structuré fit son entrée. Elle avait une quarantaine d'années, des cheveux noirs tirés en un chignon strict, un regard perçant et une posture qui respirait l'autorité naturelle.
« Madame Bell ? Je suis le détective Lena Ortiz, de la brigade criminelle de Portland. On m'a transmis le dossier. Je suis extrêmement désolée pour ce qui arrive à votre fille, mais j'ai besoin de toute votre attention. »
Hannah hocha la tête, essuyant une larme froide sur sa joue. « Posez-moi vos questions. Je veux juste qu'on sauve Ava. »
Ortiz s'assit en face d'elle, sortant un petit carnet de notes. « Décrivez-moi cet homme à nouveau. Ne négligez rien, même ce qui vous paraît insignifiant. »
« Il était mince... voûté, reprit Hannah en cherchant ses mots dans le brouillard de sa mémoire. Soixante-dix ans environ. Une barbe de quelques jours, grise et sale. Il portait une casquette de baseball sombre, enfoncée très bas. Un manteau brun élimé aux poignets. Il semblait sortir de nulle part, du sous-bois. »
« A-t-il touché Ava physiquement ? »
« Non. Il a seulement tendu la main. Il lui a offert cette capsule en lui faisant croire que c'était une friandise. Et quand elle l'a prise... il s'est enfui à une vitesse anormale pour son âge. Il connaissait parfaitement la topographie du parc. »
Ortiz prit rapidement des notes. « Et la distance entre vous et la petite ? »
Hannah baissa les yeux, le visage tordu par une culpabilité dévorante. « Une dizaine de mètres. J'étais près du sentier. Si seulement j'avais été à côté d'elle... Si seulement je n'avais pas regardé mon téléphone une seconde... »
« Madame Bell, l'interrompit fermement le détective Ortiz en la fixant droit dans les yeux. Écoutez-moi très attentivement. Cet homme savait exactement ce qu'il faisait. Il s'agissait d'une attaque ciblée et préméditée. La culpabilité n'a pas sa place ici. C'est lui le monstre, pas vous. »
Quelques minutes plus tard, le téléphone du détective Ortiz vibra. Elle décrocha, écouta en silence pendant une trentaine de secondes, son visage devenant de plus en plus sombre à mesure que son interlocuteur lui parlait.
« J'arrive immédiatement », dit-elle simplement avant de raccrocher.
Elle se tourna vers Hannah. « Nos services viennent de récupérer la vidéoprotection de la ville. Une caméra installée à l'angle du parking du parc a capté une partie de la scène. »
Elle tendit son smartphone à Hannah. La vidéo était légèrement granuleuse, mais la séquence était d'une clarté terrifiante. On y voyait la silhouette d'Ava près des buissons, Hannah au loin, puis cet homme au manteau brun s'approchant avec une précision chirurgicale. On voyait le mouvement de sa main, puis sa fuite spectaculaire à travers les fourrés.
« C'est lui ! s'écria Hannah, la voix tremblante. C'est cet homme ! Vous allez le retrouver ? »
Le détective Ortiz prit une profonde inspiration avant de répondre, dosant soigneusement ses mots. « Madame Bell... ce que je vais vous dire doit rester confidentiel pour l'instant pour ne pas entraver l'enquête, mais vous avez le droit de savoir à quoi nous faisons face. Il y a trois semaines, à Sacramento, une petite fille de six ans s'est effondrée dans un square après qu'un inconnu lui a tendu un objet similaire. Elle a survécu après une lourde intervention chirurgicale. Et la semaine dernière, à Boise, un petit garçon de quatre ans a été victime du même mode opératoire. »
Hannah sentit la pièce tourner autour d'elle. L'air vint à manquer dans ses poumons. « Mon Dieu... Le petit garçon de Boise... »
« Il n'a pas survécu », lâcha Ortiz d'une voix basse et lourde.
Un cri étouffé échappa à Hannah. Elle se crampsa à la table de consultation pour ne pas s'effondrer sur le sol.
« Nous avons affaire à un prédateur méthodique, un maniaque qui utilise des armes biomédicales sur des enfants innocents, continua Ortiz. Mais cette vidéo nous donne notre premier vrai indice. Nous sommes en train d'analyser son itinéraire de fuite grâce aux caméras du réseau urbain. Nous allons l'attraper, madame Bell. Je vous en donne ma parole d'officier. »
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Au même moment, les portes du bloc opératoire s'ouvrirent au bout du couloir. Le docteur Keller en sortit, vêtu de sa tenue chirurgicale bleue, le masque pendu au cou. Son visage trahissait une fatigue immense, mais ses yeux brillaient d'une lueur d'espoir.
Hannah se précipita vers lui, oubliant instantanément le détective et les caméras. « Docteur ! Dites-moi qu'elle va bien ! Je vous en supplie ! »