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HISTOIRE HANNAH ET AVA / Chapter 5 / 20

Chapter 5 - L'Homme au Manteau Brun

La pluie tombait avec une intensité battante sur la banlieue morne de Salem. Les gyrophares bleus et rouges des véhicules d'intervention de la police fédérale découpaient la nuit d'éclats aveuglants. Une douzaine d'hommes du SWAT, lourdement armés et vêtus de noir, entouraient la chambre numéro 114 du "Pine Tree Motel".

Le détective Ortiz et l'agent fédéral principal se tenaient en retrait, sous l'abri d'un auvent métallique.

« L'objectif est à l'intérieur, confirma le chef d'équipe tactique par radio. Aucun mouvement suspect depuis vingt minutes. Nous intervenons sur mon signal. Trois, deux, un... Action ! »

Un bélier d'acier défonça la porte en bois usé dans un fracas assourdissant. Des grenades aveuglantes explosèrent à l'intérieur de la pièce, illuminant la nuit de détonations sèches.

« Police ! Ne bougez plus ! Les mains sur la tête ! » hurlèrent les opérateurs en s'engouffrant dans la chambre.

À la surprise générale, aucune résistance ne fut opposée. Au centre de la pièce sordide, éclairée par la seule lueur blafarde d'une télévision sans son, le docteur Warren Pike était assis calmement devant un petit bureau en stratifié. Il avait retiré son manteau brun et sa casquette sale, révélant un crâne dgarni et un visage émacié traversé de rides profondes. Devant lui se trouvaient un ordinateur portable crypter, plusieurs fioles en verre scellées et un épais cahier à couverture en cuir noir.

Il ne tenta même pas de s'emparer de la chaîne d'armes dissimulée sur le lit. Il se contenta d'élever lentement ses deux mains fines et tachetées, un sourire glacial et satisfait étirant ses lèvres déshydratées.

« Vous arrivez un peu tard pour gâcher mes relevés de données, messieurs, déclara-t-il d'une voix calme et articulée, dénuée de la moindre émotion humaine. »

L'agent fédéral lui passa les menottes avec une brutalité contenue, le plaquant contre le bureau. Ortiz s'avança immédiatement et s'empara du cahier noir. Elle l'ouvrit d'une main tremblante de colère contenue.

Ce qu'elle découvrit à l'intérieur lui glaça le sang. Le cahier était un registre méticuleux, rédigé avec une écriture cursive parfaite. Des colonnes entières récapitulaient des dates, des lieux, des âges, des poids estimés, des dosages injectés et des temps de réaction systémique.

À la page datée du jour même, au chapitre Portland, une ligne était écrite à l'encre noire :

Sujet P-9 : Fille, 5 ans environ, robe bleue. Capsule Type-B administrée à 16h42. Temps de déclenchement : 4 minutes. Symptômes observés : choc abdominal immédiat, perte de mobilité.

« Espèce de salaud, murmura Ortiz en fermant brutalement le registre. Vous traitez des enfants comme des rats de laboratoire ! »

Warren Pike la fixa avec un dédain absolu. « Vous ne comprenez rien à la grandeur de mon œuvre, détective. La médecine moderne est paralysée par une lâcheté morale ridicule. Des millions de personnes meurent parce que les protocoles de validation prennent des décennies. Moi, j'accélère le progrès. Mes capsules permettront demain de délivrer des traitements ciblés au cœur des tumeurs sans chirurgie lourde. Quelques dommages collatéraux mineurs sont un prix dérisoire à payer pour l'avenir de l'humanité. »

« Vos "dommages collatéraux" sont des enfants innocents qui se battent pour leur vie dans des unités de réanimation ! » cria Ortiz en le saisissant par le col de sa chemise.

« La petite Ava Bell a survécu, n'est-ce pas ? demanda Pike avec une curiosité morbide et détachée. Intéressant. Cela prouve que le revêtement en polymère solubles nécessite un ajustement de tolérance pour la tranche d'âge des quatre-six ans... »

L'agent fédéral intervint pour écarter Ortiz avant qu'elle ne commette un geste irréparable. « Embarquez-le. Mettez-le au secret absolu sous garde fédérale. Qu'aucun avocat ne l'approche avant notre premier interrogatoire formel. »

Pendant qu'on l'entraînait vers le fourgon cellulaire sous la pluie battante, Warren Pike se retourna vers Ortiz et émit un petit rire sec qui résonna étrangement dans la nuit.

« Vous croyez m'avoir arrêté, détective ? Vous n'avez attrapé que la main qui tient l'instrument. Vous n'avez aucune idée de la taille de l'orchestre qui joue derrière moi. »

Cette phrase resta suspendue dans l'air froid, jetant une ombre troublante sur ce qui semblait être une victoire policière éclatante. Ortiz regarda le fourgon disparaître dans l'obscurité, un pressentiment lourd lui nouant l'estomac.

Trois jours plus tard, à l'hôpital St. Mark, Hannah lisait une copie caviardée du rapport d'interrogatoire que Ortiz lui avait apportée confidentiellement. Lorsqu'elle tomba sur l'annotation Sujet P-9 associée au prénom de sa fille, Hannah fut prise d'un haut-le-cœur dévastateur. Elle se précipita dans la salle de bain adjacente à la chambre d'Ava et vomi toutes les tripes de son corps.

Ce n'était pas seulement un crime. C'était une profanation de l'innocence.

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Quand elle se releva, le visage essuyé avec une serviette humide, elle entendit une petite voix fragile s'élever depuis le lit médicalisé.

« Maman... ? »

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