Chapter 9 - L'Ombre de Veyron Therapeutics

Le siège social de Veyron Therapeutics surplombait la rivière Willamette à Portland. C'était un édifice futuriste de verre teinté et d'acier brossé, symbole de la réussite fulgurante de la biotechnologie américaine.
Une heure après la découverte de la nano-puce dans le corps d'Ava, un convoi de véhicules noirs de la police fédérale et de la brigade criminelle se garait devant le hall d'entrée. Le détective Lena Ortiz et l'agent fédéral supérieur franchirent les portes à détection automatique, suivis de six agents armés.
Le PDG de l'entreprise, Julian Vance, les attendait dans son vaste bureau du dernier étage. C'était un homme de cinquante ans au physique impeccable, vêtu d'un costume sur mesure hors de prix, aux cheveux poivre et sel parfaitement coiffés et au regard froid d'un financier chevronné.
« Détective Ortiz, quel déploiement de force spectaculaire, déclara Vance avec un sourire poli mais totalement dépourvu de chaleur humaine. Mes avocats m'ont informé de votre arrivée. Je vous rappelle que Veyron Therapeutics est une entreprise cotée en bourse et qu'un tel scandale sans fondement peut coûter des millions de dollars à nos actionnaires. »
Ortiz plaqua le mandat de perquisition fédéral au centre de son bureau en acajou. « Nous ne sommes pas là pour vos actionnaires, monsieur Vance. Nous sommes là pour sauver la vie d'une petite fille de cinq ans qui a une nano-puce de votre fabrication implantée près du cœur. »
Vance ne cilla même pas. Il versa un trait d'eau minérale dans un verre en cristal. « Je suis au courant du drame qui touche la petite Ava Bell. C'est une abomination absolue. Mais je vous répète ce que nous avons déjà déclaré à la presse : le docteur Warren Pike a été renvoyé de notre entreprise il y a dix-huit mois. C'était un esprit brillant qui a sombré dans la folie. Tout ce qu'il a produit depuis son départ l'a été de manière totalement autonome et illégale. Veyron Therapeutics n'a strictement aucun lien avec ses agissements criminels. »
« Vraiment ? rétorqua Ortiz en s'approchant de lui. Alors expliquez-moi comment un membre de votre réseau a pu s'infiltrer dans le bloc opératoire d'un hôpital pédiatrique pour implanter une puce sous-clavière de dernière génération à cette enfant ? Et dites-moi d'où proviennent les polymères de carbone reticulé nécessaires à sa fabrication, sachant que votre firme détient l'exclusivité mondiale du brevet ! »
Julian Vance prit une lente gorgée d'eau, conservant un calme olympien. « Des fuites de laboratoire peuvent arriver. Nos avocats collaborent pleinement avec les autorités. Mais nous ne possédons aucun "code de désactivation" pour des dispositifs modifiés par un psychopathe. Vous perdez votre temps ici, détective. »
Pendant que Vance pérorait devant Ortiz, un agent de la police scientifique fédérale branchait un terminal d'extraction de données directement sur le serveur central de la direction de la recherche, grâce aux accès accordés par le mandat.
Soudain, le téléphone sécurisé d'Ortiz vibra dans sa poche. C'était un message crypté en provenance de l'unité de cybercriminalité de la police fédérale.
Un lanceur d'alerte anonyme venait de faire fuiter un dossier hautement confidentiel sur le réseau crypté de la police. Il s'agissait d'une série d'échanges d'emails datés de moins de trois mois entre Julian Vance lui-même et un compte restreint attribué à Warren Pike.
Les emails prouvaient de façon irréfutable que la direction de Veyron Therapeutics finançait clandestinement les recherches occultes de Pike dans le cadre d'un programme militaire secret baptisé Project Aegis. Le but du projet était de créer des marqueurs biologiques indétectables capables de neutraliser à distance des cibles VIP sans laisser de traces chimiques décelables.
Les enfants cobayes du parc n'étaient pas seulement la folie d'un vieil homme isolé. Ils faisaient partie d'une phase de validation clinique illégale commanditée par le conseil d'administration de Veyron Therapeutics pour décrocher un contrat d'armement de plusieurs milliards de dollars.
Ortiz tourna l'écran de sa tablette vers Julian Vance. Le sourire du PDG s'évanouit instantanément. Une veine bleue se mit à battre violemment sur sa tempe.
« Le Projet Aegis, monsieur Vance, dit Ortiz d'une voix polaire. Vous êtes en état d'arrestation pour complicité d'empoisonnement criminel, conspiration contre la sûreté de l'État et tentative d'homicide sur des mineurs. »
Vance se leva lentement, réajustant les boutons de sa veste. « Vous êtes très forte, détective. Mais vous faites une erreur monumentale. Vous croyez que je suis le sommet de la pyramide. Je ne suis qu'un administrateur. Et pendant que vous perdez votre temps à me passer les menottes, le temps joue contre la petite fille. »
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« Qu'est-ce que vous voulez dire ? » exigera Ortiz.
Vance se pencha vers elle et murmura avec une froideur terrifiante : « La puce sous-clavière d'Ava Bell est programmée sur une minuterie automatique de sécurité. Si notre serveur central cesse d'émettre un signal de synchronisation quotidien avant minuit... la charge neurotoxique se libère automatiquement. Et vous venez de couper mes serveurs. »