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Chapter 12 - L'Ombre du Chantage

Le lendemain matin, une lettre recommandée sans adresse d'expédition fut déposée directement au bureau de mon père. L'enveloppe contenait une clé USB cryptée et une note manuscrite rédigée d'une écriture fine et élégante : la griffe inestimable de Julian Blackwood.

Mon père m'apporta immédiatement l'enveloppe à la clinique. Nous branchâmes la clé sur un ordinateur sécurisé non connecté à Internet.

Une vidéo s'afficha sur l'écran.

On y voyait Julian, assis dans ce qui semblait être un appartement privé parisien luxueux mais anonyme. Son visage affichait une sérénité déplacée, presque dérangeante.

— Bonjour Richard, bonjour Aurore, commença Julian d'une voix suave. Si vous visionnez ceci, c'est que mon message est bien arrivé. Vous pensez m'avoir acculé. Vous pensez que le gel de mes comptes en Suisse résout tout. Mais vous oubliez une chose essentielle : j'ai passé les dix dernières années à gérer les secrets obscurs des familles les plus riches d'Europe.

Il marqua une pause, prenant une gorgée d'un verre d'eau.

— J'ai en ma possession les dossiers confidentiels relatifs au rachat de la banque Arnault par Hale Global il y a sept ans. Des documents attestant de certaines... irrégularités fiscales commises par vos filiales asiatiques. Si ces fichiers sont transmis à la Commission des Opérations de Bourse et au Parquet Financier, les actions Hale Global s'effondreront de cinquante pour cent avant la fin du mois, et Richard Hale finira ses jours dans une cellule voisine de celle de mon frère Ethan.

Je sentis le sang se glacer dans mes veines. Je me tournai vers mon père.

— Papa... De quoi parle-t-il ? Est-ce vrai ?

Mon père resta un moment silencieux, le regard fixé sur l'écran. Ses traits semblèrent s'affaisser légèrement sous le poids de la fatigue.

— Lors du rachat d'Arnault, répondit doucement mon père, la banque était au bord de la faillite. Pour sauver les investissements de milliers de petits épargnants, nos équipes ont en effet utilisé des mécanismes d'optimisation financière très agressifs à la limite de la légalité. Julian a réussi à mettre la main sur les archives secrètes de ce montage.

— Que demande-t-il exactement ? demandai-je en serrant les dents.

La vidéo continuait d'égrener les conditions de Julian.

— Mes exigences sont simples et non négociables, poursuivit la voix de Julian sur l'écran. Premièrement, abandon complet de toutes les poursuites pénales contre Ethan, Vivian et moi-même. Deuxièmement, restitution intégrale des actifs de Blackwood Enterprises. Troisièmement, la signature d'un accord de garde partagée exclusive pour le petit Gabriel en faveur de la famille Blackwood. Vous avez quarante-huit heures pour signer le protocole d'accord. Si vous refusez ou si vous prévenez la police, les documents seront publiés simultanément sur le Dark Web et envoyés à la presse financière.

La vidéo se coupa sur un écran noir.

Un silence de plomb s'installa dans la chambre d'hôpital. Le chantage était parfait, diabolique et implacable. Julian cherchait à nous détruire entièrement tout en nous volant mon fils.

Je me levai lentement, m'approchant du berceau de Gabriel. Mon fils dormait paisiblement, inconscient du monde cruel qui se disputait sa destinée.

— Quarante-huit heures... murmurai-je. Il pense nous avoir coincés.

— Aurore, dit mon père d'une voix brisée. Je ne peux pas risquer de te voir perdre ton fils. S'il le faut... je me rendrai à la justice et j'assumerai les fautes financières passées pour te protéger.

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Je me retournai brusquement vers mon père, le regard étincelant d'une lueur de révolte absolue.

— Absolument pas, Papa. Tu as consacré ta vie à me protéger. Il est hors de question que tu ailles en prison pour préserver ces monstres. Julian veut jouer au pokermenteur avec les secrets du passé ? Très bien. Nous allons lui montrer ce que signifie la vraie guerre.

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