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Chapter 13 - La visite de l'investisseur

Borel est revenu un samedi avec une collègue, Fatou Diarra, chargée de l'exploitation dans son groupe. J'étais connectée depuis Rennes. Sabine avait installé un ordinateur dans le salon de papa, face à une fenêtre ouverte sur le jardin. Les mouettes passaient si près du micro qu'on entendait presque leur désaccord avec les projets hôteliers.

« Nous voulons comprendre ce que votre groupe comptait réellement faire », a dit maman.

Fatou a déroulé un plan. Horizon Littoral proposait de moderniser trente chambres, améliorer l'isolation et développer une offre hors saison. Certaines fonctions auraient pu évoluer ; aucune fermeture complète du restaurant public n'avait été approuvée. Le projet restait conditionné à des informations fiables, au respect des obligations sociales et à un diagnostic du bâtiment.

« Qui a proposé l'espace réservé aux membres ? » ai-je demandé.

« Marc Vernet a présenté cette option comme une exigence de nos équipes commerciales, a répondu Fatou. Elle n'a pas été retenue. Votre sœur a pourtant continué à l'utiliser dans ses simulations. »

Solène n'assistait pas à la réunion. Sa présence aurait été légitime pour expliquer ses actes, mais elle avait demandé que toutes les communications relatives au différend passent désormais par ses conseils. J'ai respecté cette limite. Je n'avais pas besoin de la surprendre au détour d'un couloir pour avancer.

Borel a demandé si nous souhaitions encore discuter d'un investissement après l'audit. Maman a regardé Farah et Karim, invités en qualité de représentants des salariés.

« Pas avant de savoir ce que nous pouvons réellement faire fonctionner », a-t-elle dit. « Je ne veux plus acheter du temps avec des promesses. »

Karim a demandé si le groupe accepterait le maintien des emplois en échange de formations et d'un calendrier de travaux. Fatou a répondu qu'elle pouvait examiner une telle proposition, mais qu'elle ne parlerait pas au nom de décisions encore inexistantes. Elle a proposé de partager des exemples de gestion réussie et de rencontrer l'équipe si les salariés le souhaitaient.

Ce n'était pas la grande révélation d'un homme d'affaires qui venait sauver le château. C'était une réunion où personne n'a signé, et j'ai trouvé cela salutaire.

Fatou a demandé à visiter les zones où travaillaient les équipes avant de quitter l'hôtel. Farah l'a accompagnée, avec l'accord de Sabine. Au vestiaire, Fatou a découvert que plusieurs casiers fermaient mal et que les employés rangeaient leurs affaires dans des sacs sous le banc. Elle a noté le problème dans son rapport, tout en précisant que son groupe n'était pas encore partie prenante de l'exploitation. Karim lui a expliqué pourquoi un nouveau système de réservation ne servirait à rien si les informations n'arrivaient pas à la cuisine. Fatou n'a pas promis une technologie miraculeuse. Elle a demandé à observer un service lors d'une prochaine visite, si les discussions reprenaient.

Maman m'a raconté cette promenade ensuite. « Je croyais qu'elle regarderait les lustres. » J'ai répondu que les lustres intéressaient surtout ceux qui ne devaient jamais changer une serrure de casier. Elle a ri, puis s'est empressée d'inscrire le vestiaire dans la liste des réparations ordinaires. Il n'y avait pas de raison d'attendre un investisseur pour remplacer trois verrous.

Après leur départ, Sabine m'a appelée en privé. « Alice, je crois que votre mère a encore une décision à prendre. Elle ne peut pas financer les travaux urgents avec sa seule pension et la trésorerie actuelle. Il faudra choisir : vendre un actif secondaire, emprunter sur des bases vérifiables ou réduire certaines activités sans improviser des licenciements. »

« Elle le sait ? »

« Elle commence à l'entendre. Vous, vous devez cesser de croire qu'elle est incapable de prendre une décision difficile. »

Je lui ai demandé comment elle avait deviné. Sabine a ri doucement. « Vous la défendez avant même qu'on lui pose une question. Ça ressemble à une vieille habitude. »

À Rennes, Gabriel avait commencé à vider les cartons de notre appartement. Nous avions repoussé l'emménagement après le mariage, comme si notre vie ensemble nécessitait un acte officiel pour exister. En réalité, il dormait déjà chez moi quatre soirs sur sept et son tournevis préféré traînait sur la table de la cuisine. Je lui ai proposé de choisir ensemble les meubles que nous garderions. Il a accepté avec un enthousiasme disproportionné pour un canapé.

Le dimanche, maman m'a envoyé les photographies de trois terrains qui appartenaient à l'hôtel mais n'étaient plus utilisés depuis des décennies. L'un avait accueilli un ancien terrain de tennis. Un autre servait de parking sauvage aux surfeurs. Le troisième, le petit verger derrière la maison, était celui où papa nous avait appris à grimper aux arbres.

« Je pourrais vendre le verger », disait son message. « Il vaut davantage que les autres. »

Je l'ai rappelée aussitôt. « Ne décide pas seule par panique. Fais évaluer les trois, vérifie leurs contraintes et demande l'avis d'un conseil. »

« Tu sais pourquoi je pensais à celui-là ? Parce que personne ne m'y voit pleurer depuis la mort de ton père. Si je le vends, peut-être que j'arrêterai d'y aller. »

Je suis restée silencieuse. Elle ne parlait pas seulement d'argent. Elle essayait de se débarrasser d'un endroit où son chagrin l'attendait.

« Vends ce qui te semble juste pour l'hôtel, maman. Pas ce que tu aimerais ne plus sentir. »

Nous avons convenu d'une estimation indépendante. Je suis sortie sur notre balcon, où Gabriel plantait une petite menthe dans un pot trop grand. Je lui ai raconté le verger. Il m'a demandé si j'avais envie d'y retourner. J'ai répondu oui, mais pas pour empêcher ma mère de le vendre. Pour me souvenir de papa autrement qu'assis devant une pile de factures.

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Le même jour, Fatou m'a envoyé une question supplémentaire par l'intermédiaire de Sabine : avions-nous prévu un moyen pour les clients de signaler une difficulté sans passer par la personne chargée de leur vendre une prestation ? J'ai proposé une adresse distincte, consultée par la direction provisoire et la propriétaire, avec un délai de réponse annoncé. Une idée aussi simple aurait peut-être permis à Mme Perrin d'être entendue dès son premier appel. Je l'ai notée dans le carnet de maman, à sa demande, puis je suis retournée à mon travail rennais.

Le soir, un courrier de Borel est parvenu au cabinet : Horizon Littoral suspendait sa proposition jusqu'à la fin de l'audit, sans exclure définitivement de nouveaux échanges. Solène ne pourrait plus prétendre qu'un investisseur exigeait l'urgence. Une pression disparaissait. Les dettes, elles, restaient sur la table.

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