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Chapter 20 - Quinze jours pour choisir

Le lundi, notre banque a demandé une réunion dans les quinze jours pour examiner un plan de trésorerie révisé. Elle ne menaçait pas de saisir immédiatement les murs. Elle souhaitait savoir comment l'hôtel ferait face aux travaux, aux remboursements et aux salaires en période de fermeture partielle. Nous avons reçu une liste de pièces et une date ferme. La précision m'a fait plus peur qu'une menace vague.

Sabine a réuni maman, Mme Le Bris, notre avocate et les représentants des salariés. Le premier scénario supposait la vente du terrain de stationnement, sous réserve des contraintes étudiées avec la commune. Le deuxième impliquait un financement supplémentaire garanti par des actifs de l'hôtel ; il nécessitait une capacité de remboursement que nous n'avions pas encore démontrée. Le troisième prévoyait une réduction temporaire de l'activité et des dépenses, avec maintien d'un noyau d'exploitation et réévaluation régulière des emplois. Aucun scénario ne pouvait être décidé uniquement par nous quatre autour de la table.

« Le pire serait de demander au personnel de faire gratuitement le travail d'un hôtel ouvert comme si de rien n'était », a dit Karim.

« Nous ne le ferons pas », a répondu maman.

« Vous ne le savez pas encore », a-t-il repris. « Vous savez que vous ne le voulez pas. Ce n'est pas la même chose. »

Elle a accepté sa correction. Nous avons demandé à Sabine de présenter des projections de planning réalistes et de consulter les organismes compétents sur les mesures temporaires. Mme Le Bris a séparé l'argent nécessaire aux réservations futures de celui qui pouvait servir à couvrir les échéances courantes. Les chiffres étaient moins beaux, mais ils cessaient de mentir.

Au milieu de la quinzaine, Théo a présenté un tableau qu'il avait préparé avec l'aide de Mme Le Bris, dans le cadre de sa formation. Il rapprochait chaque réception à venir de ses dépenses estimées et des acomptes effectivement disponibles. Certains événements semblaient rentables sur l'affiche, mais coûtaient davantage une fois les heures supplémentaires et les fournitures intégrées. Karim a demandé qu'on garde cette colonne, même si elle rendait son propre menu moins séduisant. Il préférait négocier un prix raisonnable avec un client plutôt que vendre une promesse qui épuiserait l'équipe.

Maman a remercié Théo en précisant qu'il ne lui appartiendrait pas, à lui seul, de contrôler la comptabilité future. Sabine devait mettre en place un processus où plusieurs personnes vérifieraient les paiements importants. Nous avons appris à nous méfier des systèmes reposant sur la vertu supposée d'une seule personne, fût-elle compétente et aimée. L'erreur ne devenait pas une trahison chaque fois qu'un contrôle indépendant existait.

En parallèle, notre avocate avait obtenu un engagement de remboursement partiel d'Aube Conseil, sans renonciation générale de l'hôtel à ses droits. Le montant était limité et son exécution restait à vérifier. Les autres demandes suivraient leur chemin. Solène, de son côté, proposait de contribuer à la régularisation sur ses ressources personnelles, dans la mesure permise par les conseils et les procédures. Maman a refusé de considérer cette promesse comme une rentrée d'argent acquise avant tout versement effectif.

J'ai retrouvé Solène dans un café près de la gare. Elle avait demandé à me voir, sans avocat, pour une discussion strictement familiale. J'ai accepté, à condition de ne parler ni de chiffres ni de documents du dossier. Elle a commandé un thé qu'elle n'a pas bu.

« Tu sais ce que je croyais ? » a-t-elle demandé. « Que si je réussissais à sauver cet hôtel, papa finirait par être fier de moi. »

« Papa est mort, Solène. »

« C'est bien le problème. Je lui parle encore chaque matin. »

Elle m'a raconté une scène de ses vingt ans : papa l'avait présentée à un banquier comme « celle qui resterait ». Moi, j'étais « celle qui ferait des études ». Nous avions reçu chacune une étiquette, si tôt que nous avions fini par la prendre pour un choix. Solène avait refusé une place à Bordeaux dans une école de tourisme parce qu'elle pensait que partir signifiait trahir l'homme qui l'avait préférée.

« Je ne t'ai pas forcée à rester », ai-je dit.

« Non. Je t'ai punie d'avoir fait ce que je n'avais pas osé faire. »

Je l'ai regardée longuement. Je voulais que cette phrase existe, pas pour lui accorder une absolution, mais pour que nos années d'enfance cessent enfin de flotter sans explication. Elle m'a demandé si je pouvais un jour lui pardonner la robe. J'ai répondu que je ne le savais pas. Elle a encaissé sans protester.

« Et Louise ? »

« Je la vois samedi. Elle a dit qu'elle voulait seulement marcher. »

« Alors marche. Ne lui fais pas porter ta version du dossier. »

Elle a acquiescé. En sortant, elle m'a demandé si j'avais toujours l'alliance de Gabriel. J'ai ouvert ma main : je la portais sur une chaîne autour du cou depuis notre rendez-vous manqué à la mairie. Solène a baissé les yeux.

« Je suis désolée qu'il ait fallu que je touche à ça. »

Je lui ai répondu : « C'était notre jour. Tu n'avais aucun droit dessus. »

À la fin des quinze jours, le plan remis à la banque n'a pas résolu tous les problèmes. Il a toutefois apporté les données demandées : travaux chiffrés, pertes identifiées, échéancier de remboursement des clients, gestion provisoire encadrée et options de financement documentées. La banque a accepté de poursuivre les discussions et d'examiner un aménagement temporaire de certaines échéances, sous conditions. Nous avions gagné du temps, pas de l'argent magique.

Gabriel m'attendait à la sortie du rendez-vous. J'ai pensé que le soulagement serait bruyant. Il avait la forme d'un banc face à la mer et de deux cafés tièdes. Nous nous sommes assis sans parler pendant un long moment. Puis je lui ai demandé s'il voulait toujours m'épouser.

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« Oui », a-t-il dit. « Mais cette fois, il faudra qu'on choisisse la date ensemble et qu'aucune banque ne figure sur la liste des invités. »

Je me suis mise à rire, un rire véritable, et j'ai compris que notre mariage commençait peut-être là : dans la liberté de plaisanter malgré les choses sérieuses.

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