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Chapter 6 - Ce qu'une fille ne doit pas porter

Louise avait les mains glacées. Je lui ai proposé un chocolat chaud à la cuisine, puis j'ai prévenu sa mère qu'elle restait avec moi et qu'elle pouvait venir la chercher quand elle voudrait. Je ne voulais pas que cette adolescente devienne le messager clandestin d'une dispute qui la dépassait. Elle a refusé le chocolat, accepté un verre d'eau et gardé son sac sur les genoux.

« Maman m'a demandé d'effacer une conversation avec un monsieur, a-t-elle dit. Je ne l'ai pas fait. Je ne sais pas si c'est mal. »

« Tu as le droit de ne pas toucher à son téléphone. Et tu n'as pas à me montrer des messages privés pour que je te croie. »

Elle a relevé la tête. « Tu n'en veux pas ? »

« Je veux que tu sois tranquille. S'il y a quelque chose d'important, les adultes trouveront une façon régulière d'obtenir les informations. »

Louise a posé les deux mains autour de son verre. « Elle ne dort plus. Je l'entends parler dans la salle de bains. Elle dit qu'il faut attendre la vente, qu'après ce sera terminé. Le monsieur lui répond que tout le monde a un prix. »

J'ai eu envie de lui poser vingt questions. À la place, je lui ai demandé si elle se sentait en sécurité chez elle. Elle a répondu oui, mais qu'elle redoutait les colères de sa mère. Je lui ai proposé d'appeler son père, dont Solène était séparée, ou une autre personne de confiance. Louise a choisi sa marraine, Nora. Elles ont marché sur la plage pendant une heure et sont revenues avec des chaussures pleines de sable et un plan simple : Louise dormirait chez Nora si la maison devenait trop pesante.

Solène s'est présentée en fin d'après-midi. Elle a vu les trois tasses et a demandé aussitôt ce qu'on avait raconté contre elle.

« Rien que je ne puisse te dire devant Louise, ai-je répondu. Elle s'inquiète. Elle n'a pas à gérer tes problèmes financiers ni les miens. »

« Merci pour cette leçon de maternité. Tu n'as pas d'enfant. »

La phrase a fait mal parce que nous avions eu, Gabriel et moi, une fausse couche deux ans auparavant. Solène le savait. Elle a vu que son coup avait porté, puis a déplacé ses yeux vers le fenêtre comme si elle cherchait une excuse dehors.

Louise s'est levée. « Maman, arrête. Je ne lui ai rien donné. »

« Je ne t'ai rien demandé. »

« Tu m'as demandé d'effacer des messages hier. »

Solène a ouvert la bouche, puis l'a refermée. Elle a demandé à sa fille de rentrer. Louise lui a répondu qu'elle souhaitait rester dîner chez Nora. J'ai attendu que Solène dise quelque chose de rassurant ; elle a seulement sorti ses clés.

« Très bien. Puisque tout le monde préfère Alice, débrouillez-vous. »

Je l'ai rattrapée dans le couloir. « Tu peux être furieuse contre moi. Mais ne transforme pas Louise en arbitre. »

« Tu crois que je ne l'aime pas ? »

« Je crois que tu l'aimes. Je crois aussi que tu lui fais peur quand tu lui demandes de protéger tes secrets. Les deux peuvent être vrais. »

Sa colère s'est dégonflée une seconde. « Je n'avais pas prévu que tu resterais. »

« Tu pensais que je partirais après avoir ruiné ma robe ? »

« Je pensais que Gabriel te ramènerait à Rennes. »

« Voilà donc ce que tu cherchais. »

Elle n'a pas répondu. Je ne l'ai pas retenue davantage. À travers les vitres, je l'ai vue s'asseoir dans sa voiture sans démarrer. Ses épaules bougeaient. J'ai tourné les yeux, lui laissant au moins le droit de pleurer sans public.

Le lendemain, une travailleuse sociale de la ville, contactée par Nora pour des conseils généraux et non pour signaler un fait précis, nous a expliqué comment soutenir une adolescente prise dans un conflit familial : lui offrir des choix, ne pas lui réclamer de témoignage, s'assurer qu'elle connaissait les adultes accessibles en cas de besoin. J'ai téléphoné à son père pour l'informer de l'inquiétude de Louise, après lui avoir demandé son accord. Aucun de nous ne voulait utiliser ses confidences comme monnaie d'échange.

Pendant ce temps, l'expert-comptable, Mme Le Bris, réclamait les accès de l'hôtel. L'ancienne comptable, retraitée depuis huit mois, est revenue à sa demande pour expliquer l'organisation des écritures. Solène avait changé de logiciel au printemps, affirmant que l'ancien ralentissait les clôtures. Une partie des pièces justificatives avait été numérisée deux fois, une autre pas du tout.

« Ce n'est pas forcément une fraude, a prévenu Mme Le Bris. Mais ce n'est pas une comptabilité dans laquelle je signerai un rapport sans vérification. »

Maman a demandé combien de temps cela prendrait. « Plusieurs jours pour identifier les anomalies, davantage pour comprendre chaque opération. Il faut protéger les originaux et obtenir les relevés directement de la banque. »

J'ai repensé à la suite nuptiale. Ma robe, désormais suspendue dans une housse ouverte pour éviter que la colle humide n'adhère ailleurs, avait été confiée à une restauratrice de textiles. Nous ne savions pas si elle survivrait. Il en allait autrement des employés : on ne les rangeait pas sous une housse en attendant l'expertise.

À dix-huit heures, nous avons organisé une réunion d'information avec Karim et Farah. Ma mère a promis par écrit de ne pas présenter les convocations comme une décision définitive et de respecter les procédures applicables. Les salariés ont choisi deux représentants pour les échanges suivants. Joëlle a demandé si l'hôtel resterait ouvert pour sa réservation du dimanche. Maman a répondu qu'elle n'en savait rien encore.

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Je me suis surprise à apprécier cette réponse. C'était la première fois depuis longtemps que quelqu'un dans la famille préférait une vérité inconfortable à un mensonge élégant.

Le soir, Gabriel a préparé des pâtes dans la petite maison que nous avions louée pour notre voyage de noces manqué. Louise nous a envoyé une photographie de ses chaussures séchant chez Nora, sans aucun commentaire. Nous lui avons répondu par un cœur, puis nous avons rangé nos téléphones. Pour une heure, au moins, nous avons tenu notre promesse de vivre sans parler de Solène.

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