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Chapter 26 - Louise a posé sa question

Louise m'a invitée à une exposition de fin d'année dans son lycée. Ses dessins étaient accrochés entre des photographies et des sculptures en carton. Gabriel m'a accompagnée ; nous avons acheté deux billets de tombola et admiré une série de portraits où les visages étaient remplacés par des paysages. Louise avait dessiné une table à manger entourée de chaises, toutes occupées sauf une.

« C'est chez maman ? » ai-je demandé.

« C'est chez tout le monde », a-t-elle répondu.

Elle a expliqué qu'elle ne voulait plus qu'on lui demande de choisir à qui appartenait la chaise vide. Elle pouvait dîner avec sa mère un jour, son père le lendemain, être contente de les voir tous les deux et avoir peur de leur colère sans que cela fasse d'elle une fille déloyale. Son professeur l'avait encouragée à garder le tableau sans préciser le nom de la personne absente. « Les gens ont tous pensé à quelqu'un de différent », a-t-elle dit, presque fière.

Solène est arrivée à la fin de l'exposition. Elle portait une veste simple et tenait un bouquet de fleurs du jardin. Louise l'a aperçue de loin, a pris une inspiration, puis lui a fait signe d'approcher. Ma sœur s'est arrêtée devant le dessin des chaises. Elle n'a pas demandé laquelle était la sienne.

« C'est beau », a-t-elle dit.

Louise a souri un instant avant de redevenir grave. « Je veux te demander quelque chose. Sans que tu t'énerves. »

« D'accord. »

« Pourquoi tu as versé de la colle sur la robe de tata Alice ? »

Nous étions encore dans la salle, à portée des visiteurs. Solène a proposé de sortir dans la cour. Louise a accepté, mais elle a demandé que je reste à proximité. Je n'ai pas parlé. Les deux se sont assises sur un banc près d'un marronnier.

« J'avais peur qu'elle découvre ce que j'avais fait à l'hôtel, a répondu Solène. Et je voulais lui faire mal parce que je lui en voulais d'être partie quand je suis restée. Ce sont mes choix. Ce n'est pas sa faute. »

Louise a fixé ses chaussures. « Tu aurais pu lui parler. »

« Oui. »

« Tu aurais pu me parler aussi. »

« Oui. »

Solène n'a pas ajouté qu'elle l'avait fait pour sa fille. Louise a essuyé son nez du revers de la main. « Je ne veux pas que tu dises que tu as gâché le mariage pour moi. Je n'avais rien demandé. »

Ma sœur a baissé la tête. « Je ne le dirai pas. Je suis désolée de t'avoir demandé de supprimer des messages et de t'avoir fait porter ma peur. »

Louise lui a demandé si elle pouvait continuer à vivre surtout chez son père. Solène a répondu oui. Elle a proposé qu'elles fixent ensemble des moments pour se voir, sans insister si Louise avait besoin de changer la date. Elles ont parlé des examens à venir et de la possibilité de prendre des cours de dessin pendant l'été. Je me suis éloignée assez pour leur rendre leur conversation.

Le professeur de dessin nous a montré un autre travail de Louise : une série de fenêtres ouvertes sur des pièces différentes. Dans l'une, un adulte faisait la vaisselle ; dans l'autre, une femme lisait ; dans la troisième, on voyait seulement une paire de baskets abandonnée près d'une porte. Louise avait refusé de donner des titres. « Je ne veux plus que les gens sachent tout sur quelqu'un parce qu'ils ont vu une seule image », a-t-elle expliqué. J'ai pensé à ma robe sur les réseaux sociaux. Elle avait compris cela à seize ans, alors que certains adultes qui commentaient notre histoire semblaient l'ignorer.

Son père est venu nous saluer avant la fermeture de l'exposition. Il a demandé à Solène si elle souhaitait recevoir le calendrier des prochaines activités scolaires directement plutôt que par Louise. Elle a dit oui et lui a donné une adresse électronique. Cet échange de trente secondes m'a émue davantage qu'une grande déclaration : leur fille n'aurait plus à porter les messages pratiques entre deux maisons. Louise les a regardés, a levé les yeux au ciel comme toute adolescente digne de ce nom et leur a demandé s'ils pouvaient enfin l'aider à décrocher ses dessins.

En rentrant, Louise m'a demandé si j'avais pardonné. Je lui ai répondu que j'étais contente de les voir parler, mais que le pardon ne se décidait pas à la fin d'une scène touchante. Il se construisait, s'il venait, avec des actes et du temps. Elle a hoché la tête.

« On dirait que les films mentent un peu », a-t-elle dit.

« Ils manquent parfois de place pour montrer les jeudis ordinaires. »

Elle a ri, puis m'a confié son dessin des chaises pour que je le garde jusqu'à son prochain passage. Je l'ai posé chez moi, près du bureau où Gabriel dessinait notre nouvelle cuisine. Deux projets très différents cohabitaient sur le même mur.

Quelques jours plus tard, ma sœur m'a envoyé un message qui ne contenait ni justification ni demande de réponse immédiate. Elle indiquait qu'elle avait commencé un accompagnement individuel pour travailler sur ses colères et qu'elle continuait à collaborer à la régularisation des comptes. Elle me souhaitait simplement bon courage pour mon chantier. Je l'ai lu sans répondre sur-le-champ. Le soir, j'ai écrit : « Merci. Continue pour toi et pour Louise. »

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À l'hôtel, Sabine annonçait une saison d'automne modeste mais stabilisée. Plusieurs réservations étaient revenues grâce à la réouverture et à la transparence du suivi. La vente de l'appartement de maman avait été conclue, après les démarches nécessaires, et le calendrier de remboursement était actualisé. L'argent n'effaçait pas les erreurs, mais il permettait de cesser de vivre uniquement dans l'attente du prochain appel.

Gabriel a accroché le dessin de Louise au mur. Il m'a demandé où placer les chaises de notre table dans la nouvelle cuisine. Nous avons décidé d'en acheter quatre, même si nous n'étions que deux. Pour recevoir des amis. Pour les futurs enfants, peut-être. Pour une famille qui apprendrait à laisser une place libre sans en faire une accusation.

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