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Chapter 4 - Le compte des promesses

Le lendemain, les fleurs du mariage fané semblaient s'excuser de leur propre beauté. Nora avait proposé de les donner à l'hôpital local, sauf celles que les invités souhaitaient reprendre. Elle a fait le tour des tables, avec la même précision qu'elle mettait à fabriquer un bouquet. Je l'ai accompagnée jusqu'à la porte du personnel, où une pancarte « réservé » pendait de travers.

Karim était déjà là, dans une cuisine presque vide. Il comptait les viennoiseries restantes pour les offrir à l'association qui distribuait des petits déjeuners sur le port.

« Tu n'as pas dormi », a-t-il dit.

« Toi non plus. »

« Ma fille passe son bac la semaine prochaine. Je lui ai dit que j'étais seulement stressé par un gros événement. On finit par mentir pour ne pas transmettre la peur. »

Je lui ai demandé s'il accepterait de représenter les salariés lors d'une première réunion d'information. Il a refusé de parler pour tout le monde sans leur consentement. C'était une réponse digne d'un chef, pas d'un figurant dans une tragédie familiale.

À neuf heures, maman, Gabriel et moi avons accueilli Étienne Borel dans le petit salon. Nora tenait un carnet. Solène est arrivée dix minutes en retard, avec un café acheté ailleurs, geste qui m'a paru soudain plus triste qu'insolent. Nous avions convenu d'échanger uniquement sur les documents déjà présentés au groupe.

« Nous n'achetons pas les murs sans leur propriétaire, a précisé Borel. Nous envisagions de financer les travaux contre une participation à l'activité. Votre sœur nous a transmis un plan faisant état de réservations futures solides et d'un déficit temporaire. »

Il a sorti un tableau de recettes. J'ai reconnu les acomptes versés par des couples qui avaient réservé leur mariage pour l'été suivant. Ils figuraient dans la colonne des ressources disponibles, comme de l'argent que l'hôtel pouvait dépenser sans tenir compte des réceptions à réaliser.

« Cet argent correspond à des prestations futures », ai-je dit. « Si vous le dépensez pour combler une dette actuelle, qui paiera les fournisseurs quand les mariés arriveront ? »

Solène a posé son café. « C'est toujours comme ça dans l'événementiel. »

« Pas sans prévoir le coût des prestations », a répondu Borel. « Et j'ai ici des contrats dont la date ne correspond pas à votre calendrier. »

Maman m'a demandé de lui montrer la ligne. Ses lunettes tremblaient au bout de ses doigts. Elle connaissait chaque chambre par son ancien numéro, mais elle avait laissé la comptabilité à Solène lorsque papa était tombé malade. Peu à peu, le nom de chaque client était devenu pour elle une petite cellule sur un écran qu'elle ne regardait plus.

« Je vous avais demandé de ne pas retirer des acomptes du compte dédié », a-t-elle dit à sa fille.

« Je les ai utilisés pour garder le personnel ! »

« Alors pourquoi as-tu envoyé ces lettres ? »

Solène a regardé ailleurs. « Parce que les banques exigent des réductions de charges. Tu ne connais pas la moitié des appels que je reçois. »

Ce n'était pas une excuse, mais c'était enfin une phrase contenant quelque chose de vrai : nous ignorions les pressions qu'elle avait cachées. J'ai demandé à voir les factures impayées et les échéances réelles. Borel a refusé de poursuivre tant qu'un expert-comptable indépendant n'aurait pas établi une situation claire. Il a également demandé que l'hôtel annonce aux futurs clients les changements susceptibles d'affecter leurs réservations.

Pendant que Borel rangeait ses tableaux, Farah est venue chercher ma mère. Une cliente anglaise demandait si sa réservation de juillet existait toujours : elle avait reçu deux confirmations portant deux références différentes. Maman a demandé à Borel s'il pouvait attendre dix minutes. Elle est descendue à la réception et a elle-même expliqué à la cliente que nous vérifions le dossier sans disposer encore de tous les éléments. La femme a demandé un courriel récapitulatif avant son retour à Londres. Maman l'a écrit avec Farah, devant elle, en notant le numéro du contrat original. Je n'avais jamais vu ma mère consacrer autant de temps à une réservation ordinaire. Elle m'a confié qu'autrefois elle considérait les problèmes des clients comme des détails que sa fille réglerait ; elle comprenait maintenant qu'un détail pouvait devenir la vie entière de quelqu'un pendant plusieurs semaines.

Borel a attendu sans protester. Lorsqu'il s'est levé, il a demandé à Fatou, au téléphone, de vérifier si son groupe avait reçu lui aussi des versions contradictoires du calendrier. Il n'a pas offert de sauver la situation par une signature improvisée. Il nous a laissé une liste de pièces et son adresse professionnelle. Cette banalité m'a frappée : les gens sérieux ne traversaient pas une pièce en annonçant qu'ils possédaient la réponse. Ils posaient souvent davantage de questions que les autres.

La réunion s'est terminée sans signature. En passant devant la chambre froide, j'ai trouvé Solène appuyée contre un mur. Elle essuyait ses yeux avec la serviette en papier de son café. J'ai hésité. Nous savions nous détester depuis si longtemps que la voir pleurer me semblait une indiscrétion.

« Pourquoi la robe ? » ai-je demandé.

Elle a ri sans joie. « Tu t'étais fait un mariage parfait alors que je passais mes journées à appeler des créanciers. »

« Je n'avais rien demandé de parfait. Je voulais me marier. »

« Tu allais repartir après le gâteau. Moi, j'allais rester pour expliquer les factures. »

« Alors il fallait m'appeler. »

« Tu serais venue avec tes conseils et ton regard de fille qui a eu raison de partir. »

Je lui ai dit qu'elle n'avait pas le droit de décider à ma place de ce que j'aurais fait. Elle a serré la bouche, incapable de recevoir cette vérité sans l'entendre comme une humiliation. Je ne l'ai pas prise dans mes bras. Je ne lui ai pas promis de lui pardonner. Je suis retournée dans la cuisine, où Karim avait prévu de quoi nourrir l'équipe malgré son propre souci.

Dans l'après-midi, le cabinet d'expertise a accepté d'intervenir sous réserve d'obtenir tous les accès. Ma mère a révoqué temporairement la faculté de Solène de signer seule de nouveaux engagements importants. Cette décision nécessitait des démarches formelles avec notre conseil ; elle n'effaçait pas les contrats déjà conclus. Solène a reçu la notification avec une froideur presque professionnelle.

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Le soir, Farah m'a apporté une liste de clients qui avaient téléphoné depuis la rumeur du mariage reporté. Parmi eux figurait une certaine Mme Perrin, qui affirmait avoir versé un acompte pour une réception prévue trois mois plus tôt. L'hôtel n'avait organisé aucune réception à son nom.

Sur la copie du reçu qu'elle avait envoyée, j'ai reconnu la signature de Solène. Le compte bénéficiaire n'était pas celui des Embruns.

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