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Chapter 13 - Une facture à la place du gâteau

Je demandai à Arthur de ne pas tirer de conclusion avant d’avoir vérifié le virement. Beaumont Réceptions pouvait être un prestataire tout à fait distinct de l’hôtel, malgré le nom ressemblant. Il me transmit uniquement les références publiques permettant d’identifier l’entreprise et les rapports accessibles sur le programme immobilier.

Avec Salomé, nous retrouvâmes la raison sociale : Beaumont Événementiel, filiale d’un groupe dont Damien possédait une participation minoritaire par une holding. La réception de Camille avait été facturée au prix fort à cette société. Mon père avait ensuite présenté une partie des frais comme une campagne de communication pour attirer les investisseurs de Saint-Roch.

« Ce n’est pas la même chose que prendre directement l’argent des logements pour payer des fleurs », rappela Salomé. « Il faut vérifier les contrats, les dates et la justification de la dépense. »

« Je sais. Mais les ouvriers ont reçu la moitié de leur paie pendant que Camille commandait trois cents roses. »

Je n’oublierais jamais ces roses. Leurs tiges coupaient les nappes blanches à travers des vases de cristal. Le lendemain, elles avaient dû finir dans les poubelles d’une cuisine, pendant que Sami se demandait si sa mère pouvait payer ses cahiers.

Nadia nous apprit qu’une réunion d’information avait eu lieu à la mairie. Les habitants de Saint-Roch demandaient une date fiable de livraison, des garanties de sécurité et l’identification des responsables du retard. Une commission de contrôle devait examiner les conditions d’attribution de certaines subventions.

« On n’a pas besoin que tu viennes comme accusatrice », me dit Nadia. « On veut des réponses. Si tu sais quelque chose qui concerne ton identité, apporte-le aux gens compétents. »

J’allai donc déclarer ce que je savais sur le faux cautionnement et les documents me faisant apparaître comme associée d’Horizon. L’enquêteur me demanda de raconter comment j’avais découvert chaque pièce, sans sauter d’étape. Lorsque je confondis la date d’un courriel, il me fit revenir sur mon calendrier. Cela me vexa brièvement. Puis je compris que la rigueur qui me dérangeait aujourd’hui était la seule chose qui pourrait un jour faire tenir l’affaire debout.

Pour mieux comprendre les dépenses de la réception, Arthur avait interrogé plusieurs prestataires avec leur accord. La pâtissière expliqua avoir reçu un ordre de dernière minute pour un présentoir particulièrement lourd, destiné à supporter trois niveaux de gâteau. Elle avait prévenu qu’il ne devait pas être déplacé sans deux personnes.

« Je n’avais jamais imaginé qu’un client s’en servirait contre quelqu’un », dit-elle. « J’ai passé deux jours à me demander si j’aurais dû refuser de le louer. »

Je lui répondis par l’intermédiaire d’Arthur que la responsabilité de mon père ne reposait pas sur la location d’un matériel normal. Je refusais qu’une femme qui avait fabriqué un gâteau perde sa confiance professionnelle à cause du geste d’un homme qui avait choisi la violence.

Le traiteur, de son côté, confirma que la facture était encore partiellement impayée. Une serveuse indépendante attendait le règlement de ses heures supplémentaires. Certains invités avaient trouvé la fête « magnifique » ; ceux qui l’avaient organisée travaillaient désormais à récupérer leur dû.

Je regardai les photos de la salle vide après notre départ. Il restait de la crème sur la nappe et une assiette abandonnée près de ma chaise. La scène ressemblait à la fin triste d’un banquet. Pour moi, elle était devenue la preuve qu’un luxe payé à crédit peut être une manière d’exposer les autres à sa propre faillite.

À ma sortie, Damien m’attendait sur le trottoir. Il avait le visage parfaitement reposé et un manteau bleu marine trop élégant pour une fin d’après-midi pluvieuse.

« Je peux vous parler ? »

« Par l’intermédiaire de mon avocate. »

« Votre sœur est en train de se mettre dans une position délicate. »

« Elle a son conseil. »

Il sourit. « Vous êtes toutes les deux très entourées, désormais. Ça n’empêchera pas les créanciers de venir. »

Je ne répondis pas. Il fit un pas plus près, restant assez loin pour ne pas me toucher.

« Le X5 n’était qu’un symbole, Élise. Votre père voulait vous montrer que tout se négocie. Moi, je peux vous proposer un accord qui vous évitera d’être mêlée à son dossier. »

« Vous venez de vous mêler tout seul à mon dossier en m’attendant ici. »

Il perdit son sourire. « Vous ne comprenez pas ce que vous risquez. »

« Alors faites expliquer cela à mon avocate. »

Je partis sans courir. Derrière moi, je l’entendis souffler : « Votre père avait raison, vous avez toujours été la difficile. »

Le soir, un bouquet de roses blanches arriva devant ma porte. Je demandai au livreur de le reprendre. La carte, que je photographiai avant de la remettre à mon conseil, portait cette phrase : À la prochaine fête, évitons les accidents.

Mathieu, prévenu, me proposa de rester dans son appartement pour la nuit. Je refusai doucement.

« Je ne veux pas quitter ma maison parce qu’il me provoque. Mais je veux bien que tu m’aides à signaler ce qui s’est passé et à vérifier que l’immeuble sait quoi faire si quelqu’un insiste. »

Nous passâmes une heure à mettre au point des mesures simples, sans transformer ma vie en forteresse. Lorsque je lui proposai de commander à manger, il accepta avec un sourire qui découvrait une petite cicatrice près de sa lèvre.

« Seulement si tu ne prends pas la commande pour moi », précisa-t-il.

Je ris. « Je commence à voir le genre de famille dont tu viens. »

« Mon frère me reproche d’être autoritaire. Il a sans doute raison. »

Nous commandâmes séparément, puis partageâmes les frites. Pour la première fois depuis la fête, une soirée se termina sans message de Camille, sans dossier sur mon père et sans personne qui réclame mes clés.

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À minuit, pourtant, mon téléphone vibra. Un message de maître Laurent : « J’ai retrouvé la demande initiale de Beaumont Événementiel. Le contrat de la fête a été signé au nom d’Horizon par une personne utilisant votre adresse électronique. »

Une adresse qui était la mienne, oui. Mais dont j’avais découvert la semaine précédente qu’elle avait été copiée sur un faux papier à en-tête.

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