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Chapter 23 - Le contrat que Camille a refusé

Damien demanda à revoir Camille dans un restaurant d’affaires. Elle consulta son avocat, qui lui conseilla de ne pas négocier seule. La rencontre n’eut pas lieu. Damien envoya alors un nouveau contrat par courrier électronique : en échange de l’effacement d’une partie de sa dette personnelle, Camille devrait déclarer que j’avais volontairement préparé les garanties de Bâtir Rhône et lui avais demandé d’utiliser une ancienne signature pour gagner du temps.

Elle m’envoya la proposition par les voies convenues avec nos conseils. Je lus les passages me concernant. Il avait prévu une version de mon histoire où ma volonté de protéger l’entreprise familiale expliquait tous les actes dont je contestais être l’auteur.

« Tu comptes répondre quoi ? » demandai-je à Camille lors d’un appel à trois avec nos avocats.

« Non. »

Elle avait prononcé le mot sans trembler. Je ne le confondis pas avec une absolution. C’était seulement le premier refus que je l’entendais opposer à quelqu’un qui lui promettait de lui éviter la honte.

L’avocat de Camille expliqua qu’il conserverait le message et organiserait les déclarations pertinentes. Il lui rappela également qu’elle ne pouvait pas choisir les passages de vérité qui l’arrangeaient : ses propres actes seraient examinés.

« Je sais », répondit-elle.

Plus tard, elle m’appela seule pour me raconter qu’elle avait retrouvé la femme de ménage accusée autrefois d’avoir volé la bague de notre grand-mère. Cette femme, Brigitte, vivait à Saint-Étienne et travaillait désormais dans une école. Camille lui avait écrit pour reconnaître le mensonge et proposer une réparation.

« Qu’a-t-elle répondu ? »

« Elle veut que j’envoie une lettre à l’ancienne agence qui l’employait. Elle ne veut pas me voir. »

« Tu vas écrire la lettre ? »

« Oui. »

Camille marqua une pause. « J’ai pleuré quand elle m’a dit qu’elle ne voulait pas me voir. J’ai commencé à lui expliquer que j’étais jeune. Puis j’ai raccroché avant de lui imposer ça. »

Je reconnus dans ses mots un effort réel. Je ne lui promis pas que Brigitte lui pardonnerait. Les excuses ne donnent pas au coupable le droit de réclamer l’apaisement de l’autre.

Le refus de Camille eut une conséquence immédiate : Damien l’accusa par l’intermédiaire de son conseil d’avoir inventé les pressions pour échapper à ses dettes. Son avocat lui expliqua qu’elle devrait distinguer les engagements qu’elle avait réellement pris, les faux documents et les circonstances dans lesquelles certaines signatures avaient été recueillies.

« J’aurais aimé qu’un juge décide qu’il est le méchant et que je suis innocente », me dit-elle au téléphone. « Ce serait plus facile. »

« Tu as signé des choses que tu savais fausses. »

« Oui. Et il m’a menacée quand j’ai voulu arrêter. »

« Les deux méritent d’être examinés. »

Elle resta silencieuse, puis me parla d’une jeune serveuse qu’elle avait employée sans régler toutes ses heures. Elle avait retrouvé les plannings et ajouté cette somme à la liste des créances. La jeune femme lui avait répondu qu’elle souhaitait surtout recevoir une fiche de paie correcte pour ouvrir ses droits. Camille s’était effondrée en lisant ce message : elle n’avait jamais imaginé que son retard puisse compliquer jusqu’à un dossier administratif.

« Je croyais que je devais seulement de l’argent », murmura-t-elle.

« Tu dois de l’argent. Et parfois, un peu de temps pour réparer les conséquences. »

Elle me demanda si cela me rappelait notre enfance. « Oui », répondis-je. « Mais je ne peux pas faire l’inventaire à ta place. »

Pendant ce temps, une décision provisoire concernant Bâtir Rhône fut rendue dans le cadre de la procédure appropriée. Un mandataire indépendant devait examiner les comptes et les options de continuation ou de cession, avec les priorités et garanties prévues pour les salariés. Mon père perdait la possibilité de déplacer librement certains actifs. Damien et Mornay durent clarifier les conditions de leur offre.

Nadia rassembla les salariés intéressés par une reprise partielle. Ils constituèrent un groupe de travail, rencontrèrent des spécialistes et établirent un prévisionnel prudent. Plusieurs préféraient retrouver un emploi ailleurs ; personne ne les jugea. Karim, qui avait crié au gymnase, se proposa pour suivre les coûts de matériel.

« Je n’ai jamais fait de tableau », annonça-t-il.

« On peut apprendre », répondit Nadia.

Je proposai de payer une formation collective à condition que leur représentant valide sa pertinence et qu’aucun document ne me confère un pouvoir sur le projet. Ils choisirent eux-mêmes un organisme et me communiquèrent le montant. C’était une dépense libre, différente de l’argent extorqué au nom de l’amour.

Cette semaine-là, le comité reçut un premier diagnostic de ses conseillers. Il y avait davantage de dépenses cachées que prévu : assurance des véhicules, rénovation de l’atelier, logiciels, vêtements de protection. Karim proposa de réduire le nombre de machines achetées au démarrage. Un collègue s’y opposa vivement, avant d’admettre qu’un projet trop ambitieux les conduirait peut-être à reproduire les promesses de Gérard. Ils votèrent la réduction du périmètre. Personne ne quitta la pièce en déclarant avoir été trahi. Je trouvai cette manière de perdre une partie de ses ambitions extraordinairement mature.

Un samedi, je pris mon X5 pour conduire une caisse de livres jusqu’à l’école de Sami. Nadia participait à une collecte pour les enfants du quartier. En me voyant descendre de voiture, une mère murmura : « C’est la dame de la vidéo. » Je sentis mes joues chauffer.

Sami courut vers moi. « Vous avez apporté les livres sur les camions ? »

« Oui. Et un sur les oiseaux, parce qu’il y a aussi des oiseaux dans le monde. »

Il réfléchit. « Les oiseaux, ça n’a pas besoin de parking. »

Je ris si fort que Nadia se retourna.

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Le soir, Salomé m’annonça que le contrat envoyé par Damien comportait une clause étrange : Camille devait non seulement m’accuser, mais aussi abandonner toute prétention contre Horizon au titre de certains virements. Il voulait transformer son silence en renonciation complète.

Nous étions enfin proches de comprendre pourquoi il avait besoin de la voiture, du papier, du mensonge et de la fête : il préparait sa propre sortie, laissant ma famille et les ouvriers porter la dette.

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