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Chapter 18 - La dette de Camille

Le cabinet de restructuration qui suivait l’agence de Camille organisa une réunion avec ses principaux créanciers. Je n’étais ni associée ni caution et n’y assistai pas. C’était une frontière importante. Camille m’en raconta le résultat le soir, avec son propre conseil sur haut-parleur pour éviter les malentendus.

Elle avait accumulé des dettes en payant une réception avec l’avance d’une autre, puis en empruntant à Horizon pour masquer les trous. Damien avait présenté ses virements comme des apports de partenaire ; plusieurs étaient en réalité des prêts comportant des clauses sévères. Certaines dépenses privées avaient été mélangées aux comptes de son agence. Elle serait responsable de sa propre gestion, même si Damien avait exercé une pression considérable.

« J’ai fait du mal à des gens », dit-elle.

« Oui. »

Je lui laissai le silence nécessaire. J’avais appris que la vérité ne se présentait pas toujours avec une phrase rassurante à la fin.

Son avocat expliqua qu’il explorait les solutions prévues pour l’entreprise et préparait les informations à remettre aux autorités concernant les faux documents. Il me demanda de confirmer que je n’avais jamais autorisé Camille à utiliser ma signature. Je le fis par la voie formelle convenue avec Salomé.

Deux jours plus tard, ma sœur me proposa de nous retrouver dans une petite librairie-café. Ce n’était pas l’endroit où nous allions habituellement : aucun miroir énorme, aucune terrasse pour être vues. Elle avait apporté un carnet quadrillé.

« J’ai écrit la liste des fois où j’ai pris quelque chose qui était à toi », dit-elle.

Je levai les yeux. « Pourquoi ? »

« Ma thérapeute m’a demandé de reconnaître ce que j’avais fait sans commencer chaque phrase par mais. »

Nous avions choisi une table contre le mur, près d’une étagère de romans. Sur la tranche d’un vieux livre, quelqu’un avait griffonné un nom au crayon. Je pensai à la facilité avec laquelle nos parents s’étaient comportés comme si mon nom pouvait être déplacé d’un document à l’autre. Je dis à Camille : « Je ne suis pas venue pour entendre que tu souffrais plus que moi. Je suis venue parce que tu as demandé une conversation, et que j’ai accepté. » Elle hocha la tête. « J’ai compris. Pour une fois, je vais attendre que tu finisses. »

À onze ans, Camille avait organisé dans notre chambre un tribunal pour décider lequel de nos jouets lui appartenait. Elle avait installé trois peluches sur le lit comme juges et prononcé une sentence : ma boîte de peinture lui revenait parce qu’elle avait davantage d’idées. J’avais ri. Puis j’avais pleuré lorsque ma mère m’avait demandé de respecter « le jeu ».

« Tu te rappelles le tribunal des peluches ? » demandai-je.

Camille eut un sourire malgré ses larmes. « Je me souviens surtout que j’ai cassé tes pinceaux. »

« J’aimais peindre. J’ai arrêté pendant deux ans. »

Elle tourna une page de son carnet. « Je n’avais pas écrit ça. Je ne savais pas que tu avais arrêté. »

« Tu ne pouvais pas le savoir si tu ne m’as jamais demandé. »

Je me surpris à raconter les cours de dessin que j’avais recommencé à suivre récemment. Ils n’avaient rien à voir avec l’audit ou les procédures. Je peignais très mal des immeubles, des passants, parfois mon véhicule garé sous la pluie. Camille voulut voir un dessin. Je lui montrai une photographie, puis regrettai presque ce geste intime. Elle regarda longtemps avant de dire : « J’aime les fenêtres. On dirait qu’il y a des gens derrière. »

Nous ne transformâmes pas cette appréciation en moment de réconciliation. Je rangeai le téléphone. La peinture était redevenue à moi, et je pouvais choisir à qui la montrer.

Elle ouvrit le carnet. Mes chaussures de remise de diplôme. Une enveloppe d’anniversaire. Deux mille euros empruntés pour une formation qu’elle n’avait jamais suivie. Une bague de notre grand-mère qu’elle avait revendue puis remplacée par une imitation. Je connaissais certaines de ces histoires. D’autres firent remonter une colère neuve.

« La bague ? » demandai-je.

Elle acquiesça. « Je suis désolée. »

« Tu m’as laissée accuser la femme de ménage. »

Sa gorge se serra. « Oui. »

Je repoussai mon café. Une femme avait perdu son emploi pendant que Camille achetait des sacs. Ce n’était pas seulement une rivalité entre sœurs. Des personnes invisibles avaient payé le prix de nos arrangements familiaux.

« Tu as retrouvé cette femme ? »

« Pas encore. Je vais essayer. »

« Fais-le par respect pour elle, pas pour obtenir mon pardon. »

Camille posa son stylo. « Je pensais que si je te donnais la liste, tu verrais que je fais des efforts. »

« Je les vois. Je vois aussi ce qu’ils révèlent. »

Elle pleura, mais ne me demanda pas de la consoler. Après quelques minutes, elle referma le carnet et commanda une autre tisane. C’était presque banal. Nous n’avions jamais appris à rester dans une pièce après une vérité désagréable sans la transformer immédiatement en scène ou en réconciliation.

« Il y a quelque chose que je ne t’ai pas dit », reprit-elle. « Damien m’a demandé de lui fournir une copie de ta signature avant même que papa ne te parle de garantie. J’ai pris un document dans ton ancienne chambre quand maman m’a donné les clés de la maison. »

Je sentis mon estomac se nouer.

« Quel document ? »

« Une procuration que tu avais signée pour vendre ton vieux scooter il y a huit ans. »

Je me rappelai le papier. J’avais laissé le dossier dans un carton chez mes parents, croyant simplement éviter de l’encombrer dans mon studio.

« Tu savais donc qu’il préparait quelque chose. »

« Je savais qu’il voulait reproduire ta signature. Il disait que c’était temporaire. Je l’ai laissé faire. »

Je me levai.

« Élise… »

« Je ne peux pas rester assise à côté de toi maintenant. »

Je partis sans me retourner. Dans la rue, je m’appuyai contre un platane et appelai Salomé. Je lui rapportai exactement ce que Camille venait d’avouer. La conversation avait eu lieu en public ; je ne savais pas si quelqu’un l’avait entendue. Je n’inventai aucun témoin.

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Le soir, je reçus un message de ma sœur : « Je comprends que tu sois partie. Je vais répéter cela officiellement à mon avocat. »

Je le conservai. Puis j’éteignis mon téléphone et me préparai des pâtes, pour la première fois depuis des semaines, sans manger debout au-dessus de l’évier.

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