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Chapter 22 - Thomas sans costume

Thomas demanda à voir Élise depuis un centre de contrôle judiciaire où il devait se présenter régulièrement.

Cette fois, il n’avait pas de costume.

Il portait un jean sombre, un pull bleu et un manteau simple. Élise réalisa qu’elle ne l’avait presque jamais vu ainsi en quinze ans.

Sans l’uniforme du pouvoir, il semblait moins dangereux.

Mais pas moins responsable.

« Pourquoi tu voulais me voir ? » demanda-t-elle.

Thomas posa une enveloppe sur la table.

« Pour te donner ça. »

À l’intérieur, il y avait les codes d’accès d’un compte à Zurich et une lettre signée de lui.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« L’argent que Pellier gardait pour moi. Enfin, une partie. »

« Combien ? »

« Quatre millions. »

Élise le regarda sans émotion.

« Tu voles onze millions et tu me rends quatre ? »

« Je n’ai pas pris onze. »

« On vérifiera. »

« Je veux coopérer. »

« Pourquoi ? »

Il rit faiblement.

« Parce que j’ai perdu l’entreprise, ma maison, ma réputation et probablement ma liberté. »

« Mauvaise réponse. »

Il leva les yeux.

« Parce que j’ai perdu ma fille. »

Élise sentit la colère remonter.

« Tu l’avais perdue avant sa mort. Tu n’étais jamais là. »

Thomas encaissa.

« Je sais. »

« Non. Tu sais maintenant que l’absence a un prix. Ce n’est pas pareil. »

Il se frotta les mains.

« J’ai écouté tous tes messages après. »

Élise se figea.

« Quoi ? »

« Ils étaient encore sur mon téléphone. Je les ai écoutés. »

Sa voix se brisa.

« Quand tu dis : “Elle demande son papa”… je l’ai écouté soixante fois. »

Élise détourna les yeux.

« Arrête. »

« Je ne cherche pas ton pardon. »

« Alors pourquoi me dire ça ? »

« Parce que je veux que tu saches que je n’arrive plus à dormir non plus. »

Elle le regarda.

« Ce n’est pas un lien entre nous. »

« Je sais. »

Il poussa une deuxième enveloppe.

« Ça concerne Gabriel. »

Élise pensa immédiatement à Pellier.

« Quoi ? »

« Son père, Luc Renard, travaillait avec ton père et Pellier au début. Il était ingénieur. Il a conçu une partie du capteur. »

« Pourquoi son nom n’apparaît nulle part ? »

« Parce qu’il a accepté d’être payé pour sortir du projet. »

« Ça ne ressemble pas à un secret énorme. »

« Il n’a pas été payé par ton père. Il a été payé par Pellier. »

Élise fronça les sourcils.

« Pourquoi ? »

Thomas prit une inspiration.

« Parce que Luc Renard avait découvert les fausses factures avant Henri. Pellier lui a payé son silence. Puis il l’a accusé d’avoir volé du matériel. Sa carrière a été détruite. »

Élise pensa à Gabriel, à la honte dans sa voix quand il avait parlé de son père.

« Gabriel sait ? »

« Une partie. »

« Et toi, comment tu sais ça ? »

« Pellier me l’a raconté quand il voulait me convaincre que tout le monde avait un prix. »

Élise se leva.

« Tu aurais pu dire quelque chose. »

« Oui. »

« Encore un oui. »

Thomas baissa la tête.

« Je n’ai plus beaucoup d’autres mots. »

Avant de partir, Élise lui demanda :

« Le tireur du restaurant. Tu lui as parlé ? »

« Une fois. Pellier m’avait donné son numéro pour des “problèmes de sécurité”. Je l’ai appelé il y a des mois. Jamais récemment. »

« Tu me demandes de te croire ? »

« Non. Je demande à la police de vérifier. »

Cette fois, c’était la bonne réponse.

Le soir, Élise retrouva Gabriel dans la salle d’audit.

« Pourquoi vous ne m’avez jamais parlé de votre père ? »

Il resta immobile.

« Qui vous a dit ? »

« Thomas. »

Gabriel ferma l’ordinateur.

« Mon père a été accusé de vol. Il a perdu son poste, son mariage, presque tout. J’avais douze ans. »

« Et Pellier l’avait acheté ? »

« Mon père disait que non. J’ai découvert après sa mort qu’il avait reçu un paiement. Je ne savais pas pourquoi. »

« Vous avez rejoint Marceau Médical pour savoir ? »

Gabriel la regarda enfin.

« Oui. »

Élise sentit un nouveau vertige.

« Donc vous aussi, vous aviez un motif caché. »

« Oui. »

« Pourquoi devrais-je vous faire confiance ? »

Il resta silencieux longtemps.

« Vous ne devriez pas parce que je vous le demande. Vous devriez vérifier tout ce que je vous dis. »

Elle sentit la colère se calmer.

« C’est la meilleure réponse que quelqu’un m’ait donnée depuis des semaines. »

La conversation avec Thomas continua plus longtemps que prévu. Après avoir parlé de Luc Renard, Thomas demanda : « Tu crois que Gabriel est avec toi uniquement pour ça ? »

Élise soupira. « Tu n’as plus le droit de commenter mes relations. »

« Je ne parle pas de jalousie. Je parle de motif. »

« Tu vois, c’est exactement le problème. Tu crois que parce que quelqu’un a un motif, tout ce qu’il ressent devient faux. »

Thomas resta silencieux.

« Toi, tu m’as aimée et tu as quand même utilisé ma confiance. Les deux étaient vrais. Sabrina pouvait t’aimer et participer à ma trahison. Gabriel peut vouloir comprendre son père et sincèrement m’aider. Les êtres humains ne sont pas des dossiers avec une seule case cochée. »

Thomas la regarda. « Tu as changé. »

« Non. J’ai arrêté de te laisser me décrire. »

Cette phrase sembla lui faire plus mal que toutes les accusations financières.

Avant de partir, Thomas demanda timidement : « Est-ce que Chloé avait peur à la fin ? »

Élise se figea.

Pendant des mois, elle avait refusé de lui raconter les quarante dernières heures. Elles lui appartenaient, pensait-elle. À elle et à Chloé.

Puis elle répondit : « Oui, parfois. Et parfois elle dormait. Elle a demandé son lapin. Elle a demandé de l’eau. Elle a demandé son papa. »

Thomas pleura en silence.

Élise poursuivit : « Je ne te dis pas ça pour te punir. Je te le dis parce que c’est la vérité. »

Il hocha la tête.

Ce fut la première fois qu’ils partagèrent réellement le deuil sans que Thomas essaie de se défendre. Cela ne répara rien. Mais en sortant, Élise sentit qu’un fragment de la mort de Chloé avait cessé d’être enfermé uniquement en elle.

Après avoir quitté Thomas, Élise appela Marc. Elle ne lui raconta pas tout, seulement que Thomas avait admis ses dettes et parlé du père de Gabriel. Marc resta silencieux puis dit : « Tu sais que tu n’es pas obligée de transformer chaque aveu en travail immédiat. » Élise soupira. « Je ne sais plus faire autrement. » Marc répondit : « Alors ce soir, ne fais rien. Mange quelque chose. Regarde une série idiote. Le monde peut attendre deux heures. » Elle suivit son conseil. Ce fut presque plus difficile que d’ouvrir un dossier, mais elle comprit qu’apprendre à ne rien résoudre pendant une soirée faisait aussi partie de sa reconstruction.

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Gabriel esquissa un sourire triste.

« J’ai appris à mes dépens. »

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