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Chapter 25 - Le procès

Le procès pénal ne commença pas tout de suite.

Il fallut des mois d’expertises, d’auditions et de procédures.

Le temps judiciaire avançait lentement, contrairement au deuil qui changeait de forme chaque matin.

Élise apprit à vivre avec les deux.

Pendant l’hiver, elle reprit partiellement la direction stratégique de Marceau Médical, sans devenir directrice générale. Elle nomma une équipe exécutive indépendante et imposa une règle nouvelle : aucun membre de la famille Delmas ou Marceau ne pouvait occuper seul un poste contrôlant les finances.

« Vous retirez le pouvoir à votre propre famille », observa un journaliste.

« Je retire le pouvoir sans contrôle à tout le monde, moi comprise », répondit-elle.

La phrase fut reprise partout.

Quand le procès s’ouvrit, Thomas, Hélène, Pellier et plusieurs intermédiaires comparurent pour des chefs différents liés à la fraude, aux faux documents, aux détournements et aux manœuvres financières. L’affaire du tir au restaurant avait été séparée : les preuves finirent par montrer que Morvan avait appelé Thomas des mois plus tôt, mais que l’ordre récent provenait d’un intermédiaire lié à Pellier.

Thomas n’était pas responsable de cette attaque.

Élise éprouva un soulagement étrange.

Elle ne voulait pas qu’il soit coupable de plus qu’il ne l’était réellement.

Ce qu’il avait fait suffisait.

Sabrina témoigna pendant quatre heures.

Elle parla de la liaison, des signatures, de Genève, des pressions. Elle ne chercha pas à se rendre sympathique.

« J’ai choisi de croire ce qui m’arrangeait », dit-elle. « Ça m’a rendue complice de choses que je n’ai comprises que trop tard. »

Élise l’écouta depuis le banc sans détourner les yeux.

Hélène reconnut les faux documents qu’elle avait préparés. Sa voix trembla lorsqu’elle évoqua Chloé.

« Je ne voulais pas que cette enfant soit impliquée. »

Le procureur répondit :

« Pourtant son nom apparaît sur une fondation, une assurance et plusieurs transferts. À quel moment avez-vous considéré qu’elle était impliquée ? »

Hélène baissa la tête.

Thomas témoigna à son tour.

Il admit les virements, les mensonges, les dettes de jeu et l’adultère. Il nia avoir compris l’ensemble du plan de Pellier dès le départ.

Puis le procureur aborda les messages d’Élise pendant l’hospitalisation.

« Vous avez reçu : “Lily— pardon, Chloé ne respire plus bien. Nous allons à l’hôpital.” »

Thomas ferma les yeux.

« Oui. »

« Vous avez reçu : “Les médecins pensent à une méningite.” »

« Oui. »

« Vous avez reçu : “Elle demande son papa.” »

Thomas se mit à pleurer.

« Oui. »

« Et vous avez éteint votre téléphone. »

« Oui. »

« Pourquoi ? »

Le silence dura longtemps.

« Parce que si je répondais, je savais que je devrais rentrer. »

Élise sentit la salle disparaître autour d’elle.

C’était la phrase qu’elle redoutait et attendait depuis des mois.

Pas une excuse.

Pas une ambiguïté.

Un choix.

Le procureur demanda :

« Et pourquoi ne vouliez-vous pas rentrer ? »

« Parce que Pellier m’avait dit que si je quittais Sainte-Lucie avant la signature, je perdrais tout. »

« Qu’avez-vous choisi ? »

Thomas regarda Élise.

« L’entreprise. »

Elle ne pleura pas.

Elle serra seulement le petit papier de Chloé dans sa poche.

Papa travaille beaucoup mais je l’aime quand même.

Le procès dura six semaines.

Camille Renard fournit la copie du brevet original et des notes de son père. Elles confirmèrent que Luc Renard avait participé à l’invention, mais aussi qu’il avait accepté un paiement secret de Pellier pour ne pas révéler les fraudes. Sa famille n’était ni innocente ni centrale : encore une vérité mélangée.

Gabriel l’accepta difficilement.

« J’ai passé ma vie à vouloir prouver qu’il n’avait rien fait », dit-il à Élise un soir.

« Et maintenant ? »

« Maintenant je dois apprendre qu’aimer quelqu’un ne nécessite pas de le rendre innocent. »

Élise pensa à Thomas.

« Oui. »

Le verdict tomba un vendredi.

Pellier fut reconnu coupable de plusieurs chefs majeurs liés à la fraude et à l’organisation des détournements.

Thomas fut condamné pour abus de biens sociaux, faux et complicité de fraude, avec une peine mêlant emprisonnement et obligations de restitution.

Hélène reçut une peine plus légère en raison de sa coopération tardive et de son âge, mais sa culpabilité fut reconnue.

Sabrina, coopérante et impliquée de manière limitée dans les faux, évita l’emprisonnement ferme mais fut condamnée à une peine avec sursis et à une amende.

Quand la salle se vida, Thomas demanda à Élise :

« Est-ce que tu viendras un jour me voir ? »

Elle le regarda.

« Je ne sais pas. »

« Est-ce que tu me hais ? »

Élise réfléchit réellement.

« Moins qu’avant. »

Il eut l’air surpris.

Durant le procès, Élise fut appelée à témoigner sur les conséquences personnelles et financières des actes de Thomas. Elle avait préparé des notes, puis les rangea avant de monter à la barre.

Le procureur lui demanda : « Madame Marceau, pourquoi n’avez-vous pas engagé ces vérifications plus tôt ? »

Elle répondit : « Parce que je faisais confiance à mon mari. Et parce que dans notre milieu, beaucoup de gens confondent déléguer avec ne pas avoir besoin de comprendre. J’en faisais partie. »

L’avocat de Thomas tenta d’utiliser cette phrase. « Donc vous reconnaissez avoir volontairement laissé la gestion à mon client ? »

« La gestion, oui. Pas le droit de détourner des fonds. »

« Vous n’étiez pas présente aux décisions quotidiennes. »

« Ce qui ne transforme pas le vol en mandat. »

Quelques personnes dans la salle réagirent. Le juge demanda le silence.

Puis l’avocat aborda Sainte-Lucie. « Vous avez publiquement associé l’adultère de votre mari à la mort de votre fille. Les médecins ont pourtant dit que sa présence n’aurait probablement pas changé l’issue. »

Élise inspira. « Je n’ai jamais dit qu’il aurait sauvé Chloé. J’ai dit qu’elle avait demandé son père et qu’il avait choisi de ne pas venir. Ce sont deux choses différentes. »

Le silence fut total.

À la sortie, des journalistes l’attendaient. Elle ne répondit à aucune question. Elle aperçut simplement une mère avec un enfant dans la foule. Le garçon tenait un lapin en peluche. Pendant une seconde, Élise ne put plus avancer. Marc se plaça près d’elle, sans la toucher.

« On peut prendre une autre sortie. »

Élise secoua la tête. « Non. Je peux passer. »

Et elle passa. Pas parce que cela ne faisait plus mal. Parce qu’elle avait appris que le courage n’était pas l’absence de réaction. C’était parfois continuer avec la réaction entière dans le corps.

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« Ce n’est pas du pardon », ajouta-t-elle. « C’est juste que je ne veux plus te louer une chambre dans ma tête. »

Puis elle partit.

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