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Chapter 29 - Le dernier mensonge

Un an presque jour pour jour après la mort de Chloé, Roussel appela Élise.

« J’ai quelque chose que vous devez savoir. »

Le ton réveilla immédiatement d’anciennes peurs.

Élise s’assit.

« Quoi ? »

« Ce n’est pas une nouvelle accusation. C’est une correction. »

Elles se retrouvèrent au commissariat.

Roussel posa devant elle un rapport final concernant l’assurance sur Chloé.

« Nous avons identifié la personne qui a falsifié votre signature. »

Élise pensa à Diane.

« L’imitatrice de Pellier ? »

« Oui. Elle a été arrêtée en Belgique sous une autre identité. Elle a reconnu plusieurs falsifications. »

« Donc Hélène disait vrai sur ce point. »

« Oui. »

« Thomas savait-il que ma signature était fausse ? »

Roussel prit une respiration.

« C’est là que ça devient plus nuancé. Il savait qu’une assurance existait. Il croyait, selon les messages saisis, que vous finiriez par signer. Pellier lui a ensuite dit que “la partie administrative était réglée”. Nous n’avons trouvé aucune preuve qu’il ait vu votre fausse signature. »

Élise regarda le dossier.

« Pourquoi ça compte maintenant ? »

« Parce que vous avez demandé depuis le début qu’on ne lui attribue que ce qu’on pouvait prouver. Je respecte ça. »

Élise hocha la tête.

« Merci. »

Roussel ajouta :

« Il y a aussi une lettre de Pellier. Il est très malade. Il demande qu’elle vous soit transmise après validation. Vous pouvez refuser. »

Élise hésita.

« Je la prends. »

Elle ne l’ouvrit que le soir.

Pellier écrivait d’une main tremblante.

Élise,

Je n’attends pas votre pardon. Vous aviez raison : je regrettais surtout d’avoir perdu. J’ai passé ma vie à croire que votre père m’avait volé mon avenir. J’ai utilisé Thomas pour fabriquer une revanche assez lente pour ressembler à une carrière.

Je vous dois une vérité. Je n’ai jamais voulu la mort de Chloé, et je n’ai rien fait pour provoquer sa maladie. Mais quand Thomas a voulu rentrer, je lui ai dit que s’il quittait l’île, je révélerais tout sur ses dettes et les comptes. J’ai su qu’un enfant était à l’hôpital et j’ai utilisé cette information comme pression.

C’est la chose que je regrette réellement.

Votre père m’avait dit un jour : “Tu préfères avoir raison que vivre en paix.” J’ai consacré vingt-sept ans à lui donner raison.

Élise replia la lettre.

Gabriel était dans la cuisine, préparant des pâtes.

« Tu veux en parler ? » demanda-t-il.

« Pas tout de suite. »

« D’accord. »

Elle le regarda remuer la sauce.

« Tu sais ce qui est étrange ? »

« Beaucoup de choses. »

« Pendant un an, j’ai cru que la vérité serait une sorte de destination. Qu’une fois que je saurais tout, quelque chose s’ouvrirait. »

« Et ? »

« Il n’y a pas de tout. Il y a juste assez pour continuer. »

Gabriel posa la cuillère.

« C’est peut-être ça, la vérité adulte. »

« Horrible slogan. »

« Je ne travaille pas dans le marketing. »

Elle sourit.

Plus tard, un nouveau message arriva de Thomas, transmis par son avocat.

Il demandait à voir Élise à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Chloé.

Elle réfléchit toute la nuit.

Le lendemain, elle accepta une visite unique.

Thomas était assis derrière une table simple dans une salle de parloir. Ses cheveux avaient grisonné aux tempes.

Ils se regardèrent longtemps.

« Merci d’être venue », dit-il.

« Je ne sais pas encore pourquoi je suis là. »

« Moi si. Parce que tu as besoin de savoir si je vais encore essayer de te demander quelque chose. »

Élise ne répondit pas.

Thomas posa les mains à plat.

« Je ne te demande pas de me pardonner. Je ne te demande pas de revenir. Je ne te demande même pas de répondre à mes lettres. »

« Alors quoi ? »

« Je veux te dire une chose sans mensonge. »

Il inspira.

« Quand Chloé était malade, j’ai compris que je devais rentrer. Je l’ai compris parfaitement. Et j’ai choisi de ne pas le faire. Pas parce que je ne l’aimais pas. Parce que j’étais lâche. »

Élise sentit les larmes monter.

Thomas pleurait aussi.

« J’ai passé un an à chercher une explication qui me rendrait moins monstrueux. Pellier. Les dettes. La peur. Mais à la fin, c’était moi. »

Élise acquiesça lentement.

« Oui. »

Thomas baissa la tête.

« Je suis désolé. »

Elle resta silencieuse.

Puis elle dit :

« Je te crois. »

Il releva les yeux.

« Ça veut dire que tu me pardonnes ? »

« Non. Ça veut dire que je crois que tu es désolé. C’est différent. »

Il acquiesça.

Pour la première fois, il ne demanda pas davantage.

Élise partit sans se retourner.

Dans la rue, elle sentit quelque chose se dénouer.

Après la visite à Thomas, Élise marcha seule pendant près d’une heure. Elle n’appela ni Marc ni Gabriel. Elle avait besoin de laisser les mots se déposer avant qu’une autre voix n’entre.

Elle s’arrêta devant une aire de jeux. Une petite fille essayait de monter un escalier trop haut. Son père tendait les bras sans la toucher. « Tu peux », disait-il. La fillette réussit et éclata de rire.

Élise sentit la douleur familière, mais elle ne partit pas.

Elle s’assit sur un banc.

Pendant longtemps, elle avait cru que regarder des enfants heureux était une forme de torture. Maintenant, c’était aussi une preuve que la vie continuait sans demander à ceux qui avaient perdu la permission de continuer.

Quand elle rentra, Gabriel demanda seulement : « Tu veux du thé ? »

« Oui. »

Ils burent en silence.

Puis Élise dit : « Je lui ai dit que je croyais qu’il était désolé. »

« Et toi ? »

« Je crois que je suis prête à arrêter de mesurer ma vie à la taille de sa faute. »

Gabriel hocha la tête. « Ça semble lourd à porter comme unité de mesure. »

Elle sourit.

Plus tard, Élise brûla une seule chose : la copie de la liste des cent appels passés à Thomas la nuit de l’hospitalisation. Pas les messages, pas les preuves judiciaires — celles-ci resteraient archivées. Juste la feuille qu’elle gardait dans son sac depuis un an, pliée en quatre.

Elle la regarda se consumer dans un petit bol métallique sur le balcon.

« Pourquoi celle-là ? » demanda Gabriel.

« Parce que je connais le nombre. Je n’ai plus besoin de le porter sur moi. »

La cendre s’envola un peu dans la nuit. Élise ne fit aucun vœu. Elle n’avait plus besoin que le passé devienne autre chose. Seulement qu’il cesse de lui dicter le prochain geste.

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Pas le passé.

Seulement le dernier mensonge qu’elle portait encore : l’idée qu’elle avait besoin de son pardon ou du sien pour avancer.

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