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Chapter 19 - L'offre qu'on n'attendait plus

Victor Ravel m'a rappelée le lendemain de la réunion. Je l'avais classé dans la catégorie des hommes capables de dessiner un hôtel dans le jardin d'une autre personne et d'appeler cela une opportunité. J'ai hésité à décrocher. « Je ne vous propose pas d'acheter les Ormes », a-t-il commencé, comme s'il avait deviné ma pensée. « J'aimerais parler d'une commande. » Son groupe rénovait plusieurs établissements patrimoniaux et cherchait un atelier capable de restaurer des verrières, pas simplement d'en fabriquer des copies bon marché. J'ai accepté de recevoir un cahier des charges, à condition que l'appel d'offres se déroule normalement. Il a ri. « Vous aimez les procédures. » « J'aime surtout savoir ce qu'on me demande avant de dire oui. »

Le dossier est arrivé le jour même. Il concernait un ancien hôtel près de Saumur, avec des fenêtres art déco abîmées. Aïcha et moi avons passé l'après-midi sur les photographies. Le travail était beau, mais difficile ; il faudrait un spécialiste du plomb ancien et un échafaudage adapté. Nous avons consulté nos partenaires avant de préparer une offre. « Tu crois qu'il cherche à se faire pardonner ? » m'a demandé Manon. « Peut-être. Peut-être qu'il cherche un bon artisan. Dans les deux cas, nous devons faire un devis qui nous convient. » Elle a souri. « C'est donc ça, devenir adulte. Faire des devis au lieu de deviner les sentiments des gens. » J'ai éclaté de rire.

Thomas est passé déposer des documents complémentaires pour Hélène. Il m'a demandé si j'étais au courant de la nouvelle offre de Ravel. « Oui. Elle concerne une restauration, pas une vente. » Il a semblé soulagé. « Laurent pense que Ravel veut le punir. » « Ravel a surtout l'air de vouloir connaître les comptes. » Nous avons marché jusqu'à la serre, où les premières pousses de tomates commençaient à paraître. Thomas m'a annoncé qu'il avait commencé à consulter un thérapeute. « Je ne te dis pas ça pour avoir une récompense », a-t-il ajouté rapidement. « Je veux comprendre pourquoi j'ai laissé ma mère me faire croire que ton non était une menace contre nous tous. » J'ai écouté. « Je suis contente que tu fasses ce travail. Il doit être pour toi, pas contre moi. »

Il m'a demandé si nous étions encore mariés, au-delà des papiers. La question m'a serré la poitrine. « Je ne peux pas te répondre aujourd'hui », ai-je dit. « Je me sens encore en sécurité quand tu n'es pas là, et ça me fait peur de l'admettre. » Il s'est arrêté. « Je ne pensais pas t'avoir rendue méfiante à ce point. » « C'est précisément ce qui me fait mal. Tu n'as pas regardé ce que tu faisais de moi. » Il n'a pas proposé d'explication. Nous avons repris la marche, laissant entre nous une distance qui n'était ni une punition ni une promesse. Au portail, il m'a dit : « Je respecterai le temps que tu demandes. » J'ai répondu : « Alors fais-le. »

Dans l'après-midi, Sofia est venue demander conseil à Aïcha. Avec trois collègues, elle étudiait un petit projet de reprise d'une activité de menuiserie fine si les Vernet devaient réduire leur périmètre. Ils avaient pris rendez-vous avec des professionnels pour évaluer leur idée. « Je ne veux pas fonder une entreprise pour prouver que Laurent est mauvais », a-t-elle expliqué. « Je veux continuer à fabriquer des choses dont je suis fière. » Aïcha lui a montré notre calendrier de commandes. « Si vous obtenez un cadre solide, nous pourrons vous demander des devis. Mais ne faites pas reposer votre modèle sur une promesse de nous. » Sofia a acquiescé. « C'est justement ce que j'apprends. »

Le soir, Geneviève est passée devant les Ormes sans entrer. Je l'ai vue depuis la fenêtre, arrêtée près des tilleuls, les mains dans les poches. Je suis sortie jusqu'au portail. « Vous avez besoin de quelque chose ? » Elle a eu un mouvement de recul devant le vouvoiement, puis a dit : « Je voulais voir si les fenêtres tenaient. On annonce beaucoup de vent. » « Un couvreur doit venir demain. » Elle a regardé la façade longtemps. « J'ai dit à Laurent que je ne mettrais plus un euro sans avoir les comptes. Il m'a raccroché au nez. » Je n'ai pas su si elle cherchait de l'admiration. « C'était raisonnable », ai-je répondu. Elle a hésité. « Je t'ai traitée comme si ton travail ne valait rien parce que j'avais honte de demander de l'aide. »

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J'ai passé une heure avec notre comptable à comparer la nouvelle commande aux charges du chantier : transport des vitraux, assurance, temps de démontage, emballage et possibilité de découvrir des pièces plus abîmées que prévu. Les chiffres étaient serrés, mais pas absurdes. « Vous pourriez baisser le prix pour remercier Ravel de sa confiance », a-t-elle suggéré ironiquement. J'ai souri. « Je pourrais aussi remercier mes salariées en les payant. » Nous avons maintenu un tarif qui couvrait le travail et prévu une clause de réexamen si l'état réel des fenêtres différait des photographies. Cette fois, aucun sourire d'investisseur ne ferait office de budget. Je me sentais presque redevenir l'artisane que j'étais avant le dîner.

Je ne m'attendais pas à cette phrase. Elle n'était pas encore une excuse complète, et je n'allais pas remplir les blancs pour elle. « Tu as aussi préparé une humiliation publique », ai-je rappelé. « Oui. » Elle a baissé la tête. Puis elle a demandé : « Peut-on réparer un fauteuil taché d'eau ? » J'ai regardé les volets derrière elle. « Oui, si on enlève le tissu, qu'on laisse sécher et qu'on travaille soigneusement. Mais personne n'est obligé de s'y asseoir de nouveau. » Elle a hoché la tête comme si elle comprenait autre chose qu'une réponse de tapissier. Nous nous sommes séparées sans embrassade. Lorsque je suis rentrée, le vent avait commencé à se lever. Des branches fouettaient déjà les vitres, et Aïcha appelait pour annoncer que le couvreur ne pourrait venir qu'après la première rafale de pluie.

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