Chapter 29 - Le dernier service du dimanche

La journée portes ouvertes s'est tenue sous un ciel d'automne pâle. Nous avons disposé les créations dans l'aile ouest, préparé un coin pour les enfants et placé des panneaux expliquant chaque étape du travail. Aïcha dirigeait les visites ; Manon présentait ses premiers miroirs ; Élise faisait une démonstration de peinture sur verre. Je me suis occupée des clients et des commandes, mais j'ai essayé de ne pas être partout. L'atelier n'était plus l'extension de ma personne. Il avait une équipe, des savoir-faire et des décisions partagées. Lorsque des visiteurs me demandaient comment nous avions survécu au scandale, je répondais : « En faisant notre métier et en travaillant avec des gens qui le respectent. »
Geneviève est arrivée à onze heures avec Agnès. Celle-ci tenait le bras de ma belle-mère comme une vieille amie capable de la guider sans la ménager. Elles ont payé leur entrée à l'atelier de démonstration, destinée à couvrir les matériaux des participants, et sont passées d'une table à l'autre. Geneviève a longuement observé Élise travailler. « C'est vous qui avez fait le panneau de la chapelle ? » « Avec toute l'équipe », a répondu Élise. Geneviève a hoché la tête. « C'était très beau. Je ne vous l'avais jamais dit. » Élise a continué son travail. « Merci. » Rien d'autre. Geneviève a accepté cette réponse sans chercher à obtenir une émotion en retour.
À midi, elle a demandé à parler quelques minutes avec Aïcha. Je les ai vues s'installer près de la fontaine. Je n'ai pas tendu l'oreille. Aïcha m'a raconté plus tard qu'elle avait reçu des excuses précises pour les remarques sur les « protégées » et sur la supposée inutilité de leurs formations. « Je vous ai parlé comme si votre métier n'était qu'un passe-temps financé par ma belle-fille », avait dit Geneviève. « C'était faux et méprisant. » Aïcha avait répondu qu'elle acceptait d'entendre ces excuses mais qu'elle continuerait à juger Geneviève sur ses actes. « C'est une réponse raisonnable », avait reconnu ma belle-mère. Aïcha n'en revenait pas. « Elle m'a même demandé la permission de toucher un morceau de verre. Elle progresse, la dame. »
Le déjeuner a rassemblé les visiteurs dans le jardin, autour de longues tables empruntées au comité de quartier. Nous avons servi une soupe de potiron, des tartes salées et des fruits. Camille avait envoyé depuis Nantes des cartes illustrées que nous vendions au profit d'une bourse de formation administrée avec nos partenaires, selon des règles transparentes. Madeleine en a acheté trois, puis les a replacées sur le présentoir parce qu'elle voulait que d'autres en profitent. Sofia est venue avec deux collègues et a parlé de son premier trimestre de travail indépendant. Marc avait trouvé une place dans la structure réorganisée des Vernet. Il m'a serré la main. « On a perdu certaines choses. On en a sauvé d'autres. Pour une fois, je connais les deux listes. »
Thomas a passé la matinée à installer des tables sous les instructions d'Aïcha, puis s'est tenu à l'accueil pendant une heure. Quand Geneviève l'a vu, elle lui a demandé s'il pouvait la raccompagner chez elle. Il lui a répondu qu'il avait accepté de finir son service et qu'il pourrait la conduire en fin d'après-midi. Elle a pris le tramway avec Agnès sans protester. J'ai observé la scène de loin. Thomas est venu me rejoindre. « Elle était déçue », a-t-il dit. « Tu as tenu ton engagement ici. Elle avait une solution pour rentrer. » Il a acquiescé. « J'ai passé ma vie à croire qu'une déception de maman était une urgence. » « Et tu apprends ? » « Lentement. » J'ai ri. « Moi aussi. »
À la fin de la journée, nous avons retrouvé Geneviève près de la grille. Elle était revenue à pied depuis l'arrêt de tramway, après avoir récupéré un parapluie oublié. Elle s'est approchée de moi sans témoin, ou du moins sans chercher à en réunir. « Inès, je veux te demander pardon d'avoir organisé ce dîner pour te rabaisser et te pousser à accepter des décisions financières sans ton consentement. Je t'ai parlé comme si ton travail, ta maison et ton avis comptaient moins que ma peur. C'était faux. » Elle s'est arrêtée pour respirer. « Je comprends si tu ne veux plus me recevoir comme avant. » Je l'ai regardée. « Merci de me le dire clairement. Je ne peux pas promettre que notre relation redeviendra ce qu'elle était. » « Je sais. »
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Nous avons échangé un dernier regard. Elle a ajouté : « Margot aurait été fière de ce que tu as fait ici. » J'ai pensé à ma grand-mère levant les yeux au ciel devant les compliments excessifs. « Elle aurait demandé qui fait la vaisselle », ai-je répondu. Geneviève a souri. « Alors je peux la faire. Si Aïcha me montre où ranger les assiettes. » Je n'ai pas accepté pour lui infliger une pénitence, ni refusé pour prouver ma supériorité. J'ai demandé à Aïcha, qui a répondu que toute aide était bienvenue à condition de suivre les consignes d'hygiène et de rangement. Geneviève a retroussé ses manches et travaillé vingt minutes avec les autres bénévoles. Personne ne l'a photographiée. J'ai pensé à la carte de Margot : donner sans exiger qu'on le remercie devant tout le monde.
Quand le jardin s'est vidé, Thomas et moi avons porté les dernières tables au hangar. Il m'a demandé si je souhaitais dîner avec lui le lendemain. « Oui », ai-je répondu. « J'aimerais aussi parler de l'avenir. » Il s'est immobilisé avec une chaise dans les mains. « Tu veux dire... » « Je veux dire que j'ai des choses à te proposer, et que tu pourras y répondre sans deviner ce qui m'arrangerait. » Il a souri. Nous avons fermé ensemble la porte de l'atelier, puis chacun est rentré chez soi. Dans ma chambre, avant de dormir, j'ai ouvert l'album des photographies de Margot. La dernière page était encore blanche. Pour la première fois, je n'avais pas peur de ce qu'elle contiendrait.