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Chapter 20 - Le toit, cette nuit-là

La tempête a frappé vers vingt-trois heures. J'étais dans la cuisine avec un bol de soupe lorsque la première tuile s'est brisée dans l'allée. Une seconde a glissé du toit nord, puis la pluie a commencé à couler le long du mur du couloir. J'ai appelé Aïcha, qui avait déjà coupé le courant dans la partie concernée et éloigné son fils des fenêtres. Nous n'avons pas tenté de monter sur la toiture. La nuit, le vent et les tuiles mouillées formaient un mélange que même mon entêtement ne pouvait rendre raisonnable. J'ai contacté le service d'urgence prévu par notre contrat et mis les pièces de l'atelier à l'abri de la zone touchée.

L'eau a traversé le plafond d'une petite salle de stockage. Des cartons de verre emballés depuis des semaines reposaient près du mur. Avec Aïcha et son fils, nous avons déplacé les caisses qui pouvaient être manipulées sans danger, puis fermé l'accès. Je regardais l'eau s'accumuler dans un seau, obsédée par l'image de la bassine du dîner. Il aurait été facile d'inventer une malédiction : chaque fois que je défendais cette maison, l'eau revenait me rappeler ce que j'avais fait. Aïcha a deviné ma pensée. « Ne commence pas », a-t-elle dit. « C'est une toiture, pas une métaphore. Va chercher des serviettes. » Je lui ai obéi avec une gratitude presque comique.

À minuit, Marc a appelé. Il avait entendu parler des dégâts parce que Thomas lui avait demandé s'il connaissait un couvreur disponible. « On peut vous apporter des bâches demain, si le professionnel confirme comment les utiliser », a-t-il proposé. Je l'ai remercié. Thomas a ensuite téléphoné, mais je lui ai dit que nous étions en sécurité et que les interventions étaient organisées. « Je peux venir vous aider à déplacer les caisses », a-t-il dit. J'ai regardé le couloir fermé. « Pas cette nuit. Les arbres peuvent tomber et il n'y a rien à faire sans le couvreur. » Il a accepté. « Appelle-moi si la situation change. » Pour une fois, il ne s'est pas présenté en sauveur sans attendre une réponse.

Le lendemain, les professionnels ont sécurisé la zone et évalué les dégâts. Plusieurs jours de réparations seraient nécessaires. L'assurance examinerait la prise en charge selon les garanties et le constat. Le devis m'a fait pâlir. Nous avions de la trésorerie, mais pas de quoi ignorer les conséquences d'une toiture ouverte pendant la saison des commandes. J'ai réuni l'équipe pour établir un calendrier de protection des œuvres et de transfert temporaire des activités. Les commandes de l'aile sud pouvaient continuer. D'autres devraient être reportées. J'ai appelé chaque client concerné avant qu'il découvre un retard par hasard. Deux ont accepté, un a exigé des garanties écrites. Aucun ne m'a félicitée pour ma sincérité, mais personne ne pouvait dire que j'avais caché la situation.

Sofia et deux collègues sont venus après leur service pour aider à déplacer du matériel, avec notre accord et en dehors de toute zone dangereuse. Marc a apporté des caisses adaptées. Thomas est arrivé avec un chariot prêté par l'usine ; il a demandé à Aïcha où le poser. Je n'avais jamais imaginé voir des salariés des Vernet transporter nos panneaux de verre alors que l'avenir de leur propre entreprise demeurait incertain. « Ne faites pas ça pour que je signe quelque chose », ai-je plaisanté à Marc. « Je le fais parce qu'une fenêtre ne mérite pas de se faire écraser par un seau », a-t-il répondu. L'humour, ce matin-là, sentait le café tiède et le plâtre humide.

Geneviève s'est présentée en fin de journée avec des plats cuisinés. J'ai hésité avant d'ouvrir. Aïcha, qui n'avait plus de patience pour les scènes, a dit : « Si elle vient pour être servie, elle est tombée le mauvais jour. Si elle vient avec des lasagnes, nous pouvons réfléchir. » Geneviève est entrée dans la cuisine, a posé les plats et a demandé : « Où voulez-vous que je mette les couverts ? » Personne n'a répondu tout de suite. Puis Élise a montré un tiroir. Geneviève s'est exécutée sans commentaire. Elle a mangé debout parce que toutes les chaises étaient occupées par des cartons. Elle n'a demandé ni photo ni remerciement public.

Plus tard, je l'ai trouvée devant le couloir endommagé. « C'est une maison qui coûte cher à aimer », a-t-elle murmuré. « Oui. Je le sais depuis huit ans. » Elle a regardé les bâches. « Laurent dit que tu n'aurais pas ce problème si tu l'avais vendue. » « J'aurais d'autres problèmes, et il aurait peut-être encore ses dettes. » Elle a laissé échapper un soupir. « Tu ne lui pardonneras pas non plus facilement. » « Je ne lui ai pas demandé de me faire du mal pour pouvoir lui pardonner ensuite. » Geneviève a détourné les yeux. Elle a compris, me semble-t-il, que la restauration d'un toit ne réparait pas spontanément les personnes réunies dessous.

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Le rapport du couvreur comportait une série de photographies précises, y compris celle d'un défaut qui existait manifestement avant la tempête. Je les ai examinées avec lui plutôt que de demander à l'assureur de tout payer aveuglément. « Je préfère savoir ce qui doit être réparé même si cela me revient plus cher », ai-je expliqué. Il m'a montré le bois à remplacer et les parties intactes. Nous avons défini les priorités pour que les apprenties puissent revenir dans des locaux sûrs. Le travail n'avait rien de spectaculaire : mesurer, démonter, protéger et recommencer. Pourtant, je trouvais rassurant de voir une personne annoncer les limites de son intervention au lieu de promettre qu'un miracle réglerait tous les problèmes.

Trois jours plus tard, notre équipe a repris une partie de son activité. Le couloir nord restait fermé, mais les fenêtres de l'aile sud laissaient entrer une lumière magnifique après l'orage. Manon avait suspendu le petit soleil réalisé par les élèves près de l'entrée temporaire. Sur une feuille, elle avait écrit : « L'atelier reste ouvert. Merci de suivre les flèches. » C'était une victoire modeste et très concrète. Le soir, Victor Ravel a confirmé qu'il maintenait sa demande de devis pour les vitraux de Saumur, sous réserve de notre calendrier révisé. Je lui ai répondu avec des dates précises. Puis Hélène a appelé : la situation des Ateliers Vernet venait de franchir une étape officielle, et les associés seraient convoqués pour décider de la suite. Laurent avait demandé à Thomas de voter en son nom.

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