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Chapter 28 - Des fenêtres pour demain

Les échafaudages ont quitté la façade nord au début de septembre. La maison semblait respirer plus librement. Nous avons organisé la réouverture complète de l'atelier un lundi, sans discours ni ruban tricolore. La première personne à franchir le couloir rénové a été Élise, avec sa boîte à outils et son thermos. Elle s'est arrêtée sous la fenêtre de l'escalier. « On a remis le bleu exactement au bon endroit », a-t-elle murmuré. Aïcha a corrigé un détail de fixation d'un geste rapide. Puis toutes deux sont montées travailler. J'ai regardé leurs dos disparaître et j'ai pensé que le bonheur avait parfois la forme de gens qui savent où ranger leurs affaires.

Le chantier de Saumur avançait selon le nouveau calendrier. Victor Ravel avait réglé l'acompte et les premiers jalons conformément au contrat. Nos partenaires artisans travaillaient à leurs propres conditions. Sofia avait finalement choisi de rejoindre une petite structure de menuiserie portée par plusieurs collègues, après étude de leur projet et de ses risques. L'activité démarrait modestement, avec des commandes locales et une organisation où les responsabilités étaient définies. Une partie des salariés des Vernet avait conservé une place dans l'entreprise réorganisée ; d'autres étaient accompagnés vers de nouveaux emplois ou formations. Rien n'avait été résolu en distribuant un chèque miraculeux. Mais les vingt-six visages avaient enfin cessé d'être un argument lancé à une belle-sœur : chacun avait eu accès à des choix et à des informations.

Nous avons confié à la nouvelle structure de Sofia la fabrication de quelques cadres, après avoir comparé les devis. Elle est venue mesurer la verrière de l'escalier avec un jeune collègue. « Ça fait drôle », m'a-t-elle dit. « La première fois que je suis venue, je croyais que tu étais la femme qui allait nous faire fermer. » « Et maintenant ? » « Maintenant, je crois que tu es une cliente exigeante. » Elle a ri. « C'est beaucoup moins romantique. » J'ai serré sa main. « C'est surtout plus juste. » J'avais compris qu'une relation professionnelle saine n'exige ni dévotion ni culpabilité ; elle exige un travail clair, un prix honnête et la possibilité de dire quand quelque chose ne va pas.

Camille a été admise à son école d'art. Elle devait partir à Nantes et partageait son temps entre les cartons, les adieux et une inquiétude qu'elle appelait « un petit orage dans le ventre ». Elle est venue passer une dernière journée à l'atelier avec Madeleine. Nous avons préparé ensemble une petite fenêtre abstraite qu'elle emporterait pour décorer sa chambre d'étudiante. Elle a choisi du verre jaune et vert, les couleurs du soleil des enfants. « Je n'ai pas envie de partir en pensant que je vous laisse en morceaux », a-t-elle avoué. Je lui ai répondu : « Nous avons nos propres mains, Camille. Pars apprendre à te servir des tiennes. » Madeleine a essuyé discrètement ses lunettes. Elle faisait cela chaque fois qu'elle était émue.

Avant son départ, Camille a accepté de montrer son dessin de la bassine dans une exposition scolaire, après discussion avec les adultes responsables et sans divulguer de données personnelles. Elle l'a intitulé « La salle des témoins ». Les visiteurs y voyaient une femme debout, un fauteuil vide et un chemin d'eau vers un jardin. Une dame a demandé qui représentait la femme. Camille a répondu : « Quelqu'un qui a compris qu'elle n'avait pas à être gentille pour être digne. » Elle m'a raconté l'échange le soir, très fière. J'ai ri. « Tu aurais pu dire une restauratrice de vitraux qui a un peu mauvais caractère. » « C'est implicite », a-t-elle répliqué. Elle possédait déjà une insolence bien à elle, libre de nos batailles.

Thomas et moi continuions à nous voir. Certains soirs, nous préparions un repas dans son appartement. D'autres, nous nous retrouvions pour une promenade, sans parler des Vernet pendant toute une heure. Nous avions aussi de mauvaises séances, durant lesquelles je lui rappelais les trois semaines où il avait connu le projet d'hôtel sans me prévenir. Il ne me disait plus que j'étais injuste de revenir dessus. « Ça revient parce que ça n'est pas encore apaisé », répondait-il. Parfois, cela me suffisait. Parfois, je rentrais seule et je passais la soirée à lire dans la chambre de Margot, qui devenait peu à peu la bibliothèque de l'atelier.

Aïcha a terminé les travaux du petit espace de lecture avec les apprenties. Elles avaient posé des étagères simples, restauré un bureau et installé une lampe au-dessus du vieux fauteuil sauvé des éclaboussures. Une plaque discrète portait les mots : « Salle Margot — travailler, apprendre, recommencer. » Je n'avais pas voulu écrire « généreuse bienfaitrice » ou « fondatrice visionnaire ». Margot aurait éclaté de rire devant ces titres. Elle aurait vérifié si la lampe éclairait assez les pages. Lorsque j'ai ouvert la salle aux femmes de l'atelier, Élise a immédiatement emprunté un livre sur les techniques du XIXe siècle. Aïcha a pris un roman policier, en prétendant qu'il s'agissait d'une étude sur les méthodes d'enquête.

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Le règlement de la salle Margot a été rédigé avec celles qui l'utiliseraient. Élise voulait pouvoir emprunter des ouvrages techniques à domicile ; Manon demandait une petite table pour dessiner pendant les pauses ; Aïcha insistait sur un registre simple qui n'obligerait personne à demander la clé de mon bureau. Nous avons discuté, modifié le plan et installé une boîte de retours. Je ne pouvais pas prétendre que mon atelier était un lieu de liberté si tout y dépendait encore de ma disponibilité personnelle. Le jour où j'ai confié la première permanence à Élise, elle a fermé la porte derrière moi avec une assurance tranquille. J'ai éprouvé une fierté que je n'aurais jamais trouvée dans un portrait accroché au salon.

Un vendredi, Geneviève m'a téléphoné pour me demander si elle pouvait venir à la journée portes ouvertes annoncée pour octobre. « Comme visiteuse », a-t-elle précisé. « Je n'y ferai aucun discours. » J'ai demandé à Aïcha si cela la dérangeait. « Si elle se conduit mal, je lui indiquerai la sortie », a-t-elle répondu. J'ai dit à Geneviève qu'elle était bienvenue dans les mêmes conditions que les autres visiteurs, sans accès aux espaces de travail fermés. Elle a répondu : « Ça me convient. » Cette phrase aurait paru banale à n'importe qui. Entre nous, elle représentait un changement considérable. Le lendemain, une commande est arrivée d'un village voisin. Une institutrice voulait un petit panneau pour sa nouvelle classe, avec une inscription : « Ici, chaque prénom compte. »

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