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Chapter 12 - Le notaire et la page manquante

Le rendez-vous avec le notaire eut lieu dans une pièce trop chauffée où une horloge ancienne battait la seconde avec une obstination désagréable. Maître Lebrun connaissait les Vernet depuis des années, mais il avait accepté de recevoir Camille et Salomé pour préciser le rôle de son étude. Il commença par une phrase prudente : « Je ne suis pas le conseil personnel d'Odile. Mon devoir est de clarifier les actes auxquels mon étude a effectivement participé. » Camille se retint de répliquer qu'elle aurait aimé entendre cette distinction plus tôt.

L'étude n'avait authentifié aucune vente de son terrain. Un projet de promesse avait circulé, puis avait été mis de côté faute de pièces et de consentement établi. La lettre d'intention contestée avait été produite par une société extérieure. Maître Lebrun reconnut toutefois que l'un de ses collaborateurs avait transmis une estimation du bien à un intermédiaire sans que Camille en soit informée directement. Il promit de vérifier les conditions de cette communication et d'en rendre compte par écrit.

« Pourquoi Odile peut-elle annoncer à des investisseurs que je suis vendeuse ? » demanda Camille.

« Je ne peux pas répondre à sa place. Je peux vous confirmer que, dans les dossiers de cette étude, aucune cession n'a été signée par vous devant nous. »

Salomé demanda les références des documents auxquels Camille pouvait accéder et la liste des échanges pertinents. Le notaire accepta de suivre la procédure appropriée. Ce n'était pas une scène de révélations avec un dossier secret sur la table. C'était mieux : une frontière précise entre ce qu'Odile racontait et ce qui avait réellement été fait.

En sortant, Camille sentit pourtant un tremblement lui parcourir les jambes. « Si rien n'est vendu, pourquoi ai-je encore peur qu'on me prenne ma maison ? »

« Parce qu'on t'a montré pendant des mois que ton refus ne serait pas respecté », répondit Salomé. « La réponse administrative ne répare pas tout d'un coup cette expérience. »

Elles allèrent boire un café. Camille confia qu'elle avait parfois envie d'appeler Maxime simplement pour lui demander quel moment avait tout fait basculer. Salomé ne lui interdit pas d'éprouver cette envie. Elle l'aida à distinguer le besoin de comprendre d'un contact qui pourrait la mettre en difficulté. Camille décida d'écrire ses questions dans un carnet au lieu de les envoyer. Elle savait qu'une réponse mensongère lui ferait davantage de mal qu'un silence.

Le soir, Jeanne présenta à Salomé la photographie de famille et la date figurant au dos. Rémi Delaunay avait confirmé qu'il s'était rendu sur le chantier après son départ officiel, mais seulement pour constater que la neutralisation des conduites n'avait pas été exécutée. Il avait remis un avis défavorable, dont il cherchait une copie dans ses archives professionnelles. Cette version n'innocentait pas automatiquement chaque intervenant ; elle désignait une vérification concrète.

« Ce qu'il nous manque », dit Jeanne, « c'est le dossier final de réception. J'en ai vu une page à l'époque, mais je n'ai plus le document. »

« Qui l'a conservé ? » demanda Camille.

« Le maître d'ouvrage, des entreprises, peut-être les assureurs. Il existe plusieurs pistes. »

Jeanne sembla presque déçue de ne pas pouvoir désigner un tiroir miraculeux. Camille la comprit : elles étaient fatiguées de chercher. Pourtant, Salomé insista pour qu'elles évitent toute fouille clandestine ou confrontation improvisée. Les pièces devaient être obtenues légalement et pouvoir être discutées contradictoirement. La vérité ne gagnerait rien à une nouvelle imprudence.

Deux jours plus tard, une copie de courrier arriva de l'ancien employeur de Rémi. La lettre confirmait qu'il avait émis des réserves sur la fermeture de la galerie. En annexe figurait une liste de travaux non terminés. Une ligne avait été barrée, puis ajoutée à la main : « Neutralisation du collecteur secondaire — intervention reportée. » La date du report coïncidait avec celle d'une commande exceptionnelle signée par Maxime.

Camille fixa son ancien nom marital imprimé sur la facture. Le geste de son mari, si soigneusement séparé de « l'entreprise de maman », appartenait à l'histoire depuis plus longtemps qu'elle ne l'avait cru. Elle se demanda combien de ses plaisanteries sur les travaux n'avaient été que des tentatives pour l'empêcher de poser des questions.

Puis elle repensa à une soirée de 2018, lorsqu'il était rentré avec un bleu sur la main. Il avait dit s'être cogné en transportant du matériel. Elle n'avait pas douté. Ce souvenir n'était pas une preuve, mais il expliquait soudain pourquoi sa mémoire refusait de s'apaiser.

Jeanne appela Baptiste pour lui annoncer l'existence du courrier. Il resta silencieux, puis demanda : « Mon nom y figure ? »

« Oui, dans la liste des personnes qui avaient signalé les réserves. »

Il expira lentement. « Pendant huit ans, j'ai cru que mes alertes avaient disparu avant même d'être écrites. Dites-moi seulement quand je pourrai voir ce document moi-même. »

Après le rendez-vous, Camille demanda à Salomé pourquoi les professionnels employaient tant de formulations conditionnelles. L'avocate prit un exemple : un courriel pouvait établir qu'un message avait été envoyé depuis une adresse, pas nécessairement que la personne nommée en était l'auteure ni qu'elle avait compris toutes ses conséquences. « Ce sont des nuances ennuyeuses jusqu'au jour où elles empêchent qu'on vous attribue un geste que vous n'avez pas fait », dit-elle. Camille repensa à la fausse signature. Elle s'était parfois moquée des longueurs administratives de ses propres contrats. Désormais, elle voulait savoir qui avait lu, compris et accepté chaque obligation. Elle demanda à Salomé de l'aider à rédiger, pour Courant Libre, une procédure simple : aucune délégation de signature implicite, des documents accessibles à la personne concernée, un temps de relecture raisonnable. Elle souhaitait que ses salariés bénéficient de la même clarté qu'elle réclamait pour elle-même.

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En rentrant, elle relut aussi le contrat qu’elle avait signé des années auparavant pour son premier prêt professionnel. Elle reconnut les annotations de sa mère dans la marge : « Demande encore, même si tu as peur d’ennuyer. » Camille sourit et conserva la feuille parmi les documents qui avaient réellement compté.

Camille promit de lui transmettre la copie lorsque son conseil confirmerait les conditions de diffusion. En raccrochant, elle comprit que cette affaire ne concernait pas seulement la culpabilité d'un homme ou d'une femme : elle concernait la possibilité, pour chaque personne impliquée, de retrouver le droit de raconter ce qu'elle avait réellement vécu.

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