Chapter 17 - L'appel que personne n'attendait

Maxime ne téléphona pas directement. Son conseil transmit à Salomé une lettre où il reconnaissait avoir frappé Camille et disait vouloir fournir des informations sur les documents de Littoral Développement. Il demandait, en contrepartie, qu'elle accepte une conversation en présence de leurs avocats. Salomé lut la proposition avec Camille, puis demanda ce qu'elle ressentait. Celle-ci regarda longtemps ses mains.
« Une partie de moi veut qu'il dise enfin la vérité. Une autre veut qu'il ne connaisse plus jamais ma voix. »
« Tu n'as pas à choisir aujourd'hui entre ces deux sentiments. Les informations peuvent être communiquées sans contact personnel. »
Camille choisit cette seconde possibilité. Elle répondit par écrit qu'elle ne souhaitait pas de rencontre, mais qu'il pouvait remettre les documents pertinents aux personnes compétentes. Elle ne promit rien sur les procédures en cours. Lorsque Maxime apprit sa décision, il envoya un message bref, sans reproche : « Je comprends. » Camille le lut deux fois. Elle ne savait pas si cette phrase annonçait un changement réel ou seulement une nouvelle manière de se présenter. Elle n'avait pas besoin de le déterminer pour rester à distance.
Trois jours plus tard, un relevé de réunion de 2018 arriva par la voie des conseils. Maxime y apparaissait comme représentant ponctuel d'Odile pour le suivi des coûts. Il avait validé le report de la neutralisation de la galerie. Il joignait une note manuscrite : « J'ai cru que les travaux seraient terminés le mois suivant. Après l'accident, j'ai su qu'ils ne l'étaient pas et j'ai gardé le silence. »
Jeanne lut la note au cabinet de Salomé. Elle ne se réjouit pas. « Il commence à raconter ce qu'il a fait. Mais il manque encore la raison pour laquelle le rapport final disait l'inverse. »
Camille referma le dossier. « Cette raison ne doit pas venir de mon imagination. »
Dans l'après-midi, Maxime se présenta à un rendez-vous individuel auprès d'un service spécialisé pour les auteurs de violences. Il en informa son conseil, pas Camille. Le geste était nécessaire s'il voulait changer ; il ne réparait ni les coups ni le préjudice professionnel. Cette distinction resta au centre des discussions. Gabriel, apprenant la démarche, haussa les épaules : « Il aurait dû y aller avant. » Camille acquiesça, puis lui demanda de ne plus lui donner de nouvelles de Maxime à moins qu'elles soient utiles à sa sécurité ou aux procédures.
Elle consacra le reste de la journée à Courant Libre. Un éducateur d'une association voisine proposait des séances mixtes entre ses membres et les élèves de Camille, à condition de prévoir un encadrement suffisant. Inès souhaitait discuter du contrat de partenariat. Naël, de son côté, avait trouvé un fournisseur capable d'installer temporairement un dispositif de rangement plus accessible à la piscine municipale. Les problèmes étaient petits, nombreux et solvables. Camille découvrit qu'elle aimait encore cela : résoudre les choses qui pouvaient réellement être résolues.
Le soir, une tempête s'annonça sur la côte. Gabriel vérifia les gouttières et rentra les pots de fleurs. Camille l'aida à fixer la bâche d'un vieux vélo. « Tu ne vas pas me dire de rentrer avant de me mouiller ? » plaisanta-t-elle.
« J'ai appris. Tu es responsable de ta propre veste. »
Ils rirent. Elle pensa à Maxime, qui lui avait parfois apporté du thé quand elle travaillait tard et qui, d'autres soirs, surveillait le nombre d'heures passées avec Inès. Comment garder ensemble ces souvenirs sans permettre aux bons d'annuler les mauvais ? Elle n'avait pas encore de réponse. Elle savait seulement qu'elle ne retournerait pas dans une maison où l'amour devait être prouvé en renonçant à ses limites.
Un peu avant minuit, Inès appela. Les fortes pluies faisaient monter l'eau dans le regard d'évacuation des Tamaris. Elle avait reçu une alerte du dispositif de surveillance provisoire. Personne ne se trouvait sur place. Les installations étaient hors service, mais le sous-sol risquait d'être inondé. Camille prévint les professionnels responsables et suivit leurs consignes à distance. Elle n'essaya pas de se précipiter seule dans le local.
« Tu vois », dit Gabriel en l'entendant terminer son appel. « Tu peux protéger ton centre sans te jeter dans un bassin vide. »
« Je commence à le comprendre. »
Au matin, les photographies montraient quelques centimètres d'eau dans une zone du sous-sol, sans dommage immédiat au bassin. Le technicien confirma qu'il fallait poursuivre les mesures avant toute remise en service. Dans le même temps, une vidéo circulait sur les réseaux : quelqu'un accusait Camille d'avoir provoqué la fermeture de l'hôtel pour se venger de son mari.
Camille demanda un entretien supplémentaire à l'association qui l'accompagnait. Elle voulait comprendre pourquoi une simple phrase de Maxime, transmise par un avocat, suffisait encore à perturber toute sa journée. La professionnelle ne lui donna pas un diagnostic définitif. Elles examinèrent plutôt ce que Camille pouvait contrôler : lire les communications à un moment choisi, préparer une activité après les rendez-vous difficiles et éviter de rester seule avec des messages ambigus lorsqu'elle avait besoin de soutien. Camille décida de demander à Salomé un résumé des informations pertinentes avant de consulter les pièces détaillées. Elle ne cherchait pas à ignorer les procédures ; elle cessait de leur offrir toutes les heures de sa vie.
Elle reprit aussi la natation pour elle-même lors d'un créneau libre, sans élèves, sans chronomètre. Au bout de deux longueurs, elle s'arrêta au bord et regarda ses mains. Elle avait souvent appris aux autres que le repos faisait partie de l'entraînement. Cette fois, elle s'autorisa à sortir de l'eau avant d'être épuisée. Personne ne l'en félicita ; elle n'avait pas besoin d'un témoin pour que le geste compte.
Elle demanda enfin à Gabriel de la laisser conduire le lendemain. Son frère accepta et posa les clés sur la console sans ajouter un mot.
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Au petit matin, avant de consulter son téléphone, elle ouvrit la fenêtre sur le jardin et prépara du café. Cette habitude paraissait insignifiante. Elle l’avait pourtant choisie seule, sans craindre qu’une notification décide à sa place si elle méritait une journée tranquille. Elle but sa première tasse avant de s’occuper des dossiers.
Elle ouvrit le fichier, regarda les dix premières secondes et le ferma. « Cette fois, je ne vais pas convaincre la personne qui a publié ça », dit-elle à Inès. « Je vais donner aux familles l'information dont elles ont besoin. »