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Chapter 28 - Ce qui reste à réparer

Quand les premières réparations commencèrent aux Tamaris, Camille demanda que l'on prenne une photographie de chaque étape et que les réserves soient consignées sans euphémisme. Elle avait choisi, avec l'aide des professionnels compétents et de ses partenaires, un programme de travaux qui isolerait définitivement les réseaux et rendrait le bâtiment plus résistant aux infiltrations. Les discussions sur la répartition des coûts avaient abouti à des dispositions partielles vérifiées par les conseils concernés. Le reste suivrait son cours. Elle avait cessé de croire que tout devait être réglé pour autoriser un ouvrier à remplacer une conduite.

Loïc lui montra une partie de l'ancienne galerie avant sa condamnation définitive. La maçonnerie était plus grossière qu'elle ne l'avait imaginé. Des marques de craie dataient de plusieurs décennies ; on pouvait distinguer les réparations successives. « Ce bâtiment raconte les décisions de ceux qui l'ont occupé », dit-il. « Certaines étaient bonnes, d'autres moins. Notre travail consiste à savoir ce qui est là, pas à croire ce qui devrait y être. »

Camille pensa à Maxime, à Odile, à Jeanne et à elle-même. Les vies étaient moins simples que les conduites, mais elles exigeaient aussi qu'on regarde ce qui existait réellement avant de promettre une nouvelle installation. Elle demanda à Loïc de conserver le petit morceau de plaque portant l'ancienne mention « réseau condamné », désormais démontrée trompeuse. Il refusa d'abord : l'objet faisait partie des éléments documentés. Plus tard, lorsque tout serait correctement enregistré, une reproduction pourrait être réalisée pour la formation. Camille accepta. Elle n'avait plus besoin de posséder chaque preuve pour se sentir en sécurité.

À l'hôtel, une partie des salariés reprit le travail dans des installations sécurisées. D'autres furent accompagnés dans des changements de poste ou des démarches adaptées à leur situation. Laurent organisa des réunions où l'on pouvait poser des questions sans passer par Odile. Ce fut désordonné. Une gouvernante, Fatima, demanda pourquoi les alertes anciennes avaient été classées sans suite. Un cuisinier voulut savoir comment seraient réparties les heures perdues. Laurent promit des réponses écrites et admit qu'il ne possédait pas toutes les informations le jour même. Personne ne l'applaudit ; plusieurs salariés revinrent au rendez-vous suivant.

Odile envoya à Baptiste une lettre de reconnaissance de certaines erreurs, transmise par son conseil. Elle n'exigeait pas de pardon dans le texte. Baptiste la lut, la plaça dans son dossier et alla travailler. Jeanne, venue lui apporter les dernières archives disponibles, lui demanda ce qu'il en pensait. « J'en pense que c'est un document », répondit-il. « J'attendrai de voir ce qui se passe après. »

Jeanne lui donna raison. Elle avait commencé une formation en médiation administrative, non parce qu'elle désirait effacer sa faute, mais parce qu'elle avait découvert combien il était facile de rendre une personne invisible dans des comptes rendus. Sa première mission bénévole consistait à aider une association à rendre ses réunions accessibles et ses décisions lisibles. Léo l'avait taquinée : « Tu vas passer ta vie à expliquer les colonnes d'un tableau ? » Elle lui avait répondu qu'une colonne pouvait décider du salaire de quelqu'un. Il avait cessé de plaisanter et demandé si elle avait besoin d'aide pour le site internet.

Camille poursuivait, de son côté, la préparation de la coopération autour de la piscine municipale. Les conventions avançaient. Les familles participaient à la conception des horaires et des modalités d'accueil. Inès avait accepté de devenir responsable pédagogique associée, sous réserve que les décisions et la rémunération soient fixées clairement. Éric obtenait enfin des jours de repos stables ; Naël préparait un module de prévention technique pour les salariés. Camille n'était plus seule au centre d'un dispositif qui pouvait continuer à fonctionner lorsqu'elle prenait une journée pour elle.

Elle profita justement d'un vendredi pour se rendre chez le coiffeur. La professionnelle lui demanda ce qu'elle voulait. Camille répondit : « Une coupe que je puisse sécher en cinq minutes. Je passe trop de temps à courir. » Puis elle réfléchit. « Non, je ne cours plus autant. Je veux simplement une coupe qui me plaise. »

En ressortant, elle ne reconnut pas immédiatement son reflet dans une vitrine. Elle avait gardé ses cheveux assez longs pour les attacher, mais le visage qui la regardait semblait plus dégagé. L'ecchymose avait disparu depuis des mois. Il restait des souvenirs que le miroir ne montrait pas. Elle entra dans une librairie, choisit un roman policier et se promit de le lire sans prendre de notes professionnelles.

Le soir, elle rentra aux Tamaris pour la première nuit qu'elle souhaitait y passer seule, après avoir vérifié que le logement était prêt et que ses proches connaissaient son choix. Elle ouvrit les fenêtres. Le jardin sentait la terre humide. Elle posa le livre sur la table de nuit, à la place de la trousse de maquillage. Quand son téléphone vibra, elle regarda l'écran : un message de Gabriel demandait seulement si elle voulait déjeuner dimanche. Elle répondit oui et éteignit la lumière.

Camille avait reçu plusieurs invitations à raconter son histoire dans des émissions locales. Elle en déclina la plupart, puis accepta un entretien limité sur l'accès à la natation adaptée et les conséquences concrètes d'une fermeture technique. Elle demanda que les élèves ne soient pas filmés sans consentement approprié et que les questions sur sa vie privée ne fassent pas partie du sujet. La journaliste accepta les conditions. Pendant l'entretien, Camille parla des horaires de transport, de la formation des équipes et des besoins des personnes qui revenaient à l'eau après une maladie. Elle sortit du studio satisfaite d'avoir utilisé sa voix pour autre chose que répondre aux accusations de Maxime.

Elle garda aussi une journée libre dans son agenda, sans explication à fournir à personne. Ce rendez-vous avec elle-même ne serait plus annulé en premier.

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Camille prit le temps de remercier Éva pour ses indications sur la maintenance, en lui précisant que les marchés de travaux suivraient leur procédure habituelle. Éva apprécia de ne pas recevoir une promesse de commande en échange d’un témoignage. Elles convinrent de se revoir plus tard pour parler uniquement d’équipements.

Elle ne dormit pas parfaitement. Un bruit dans la rue la réveilla à deux heures. Elle se leva, vérifia calmement ce qu'elle pouvait vérifier, puis retourna se coucher. La nuit suivante fut plus facile. Elle refusa d'en faire un test de courage : c'était une maison, pas un examen à réussir.

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