strive

Chapter 29 - Onze mois et vingt-neuf jours

À l'approche de la date anniversaire de l'accident, les gens ont commencé à me demander si je voulais organiser quelque chose pour Gabriel. Un office, une cérémonie, une plaque supplémentaire à l'atelier. Chacun proposait avec de bonnes intentions, et chaque suggestion me donnait l'impression de devoir préparer un événement pour prouver que je n'avais pas oublié mon mari. J'ai fini par dire à Farida que je souhaitais simplement une journée où ceux qui l'avaient connu pourraient évoquer son prénom sans obligation de pleurer. Elle m'a répondu que c'était une excellente idée, puis m'a demandé si je voulais qu'elle ne fasse rien tant que je n'aurais pas confirmé. J'ai dit oui.

Noé m'a proposé de passer l'anniversaire avec Lucas. « Ton frère me manque », ai-je répondu. « Mais je ne veux pas que nous soyons tristes ensemble parce que nous croyons que c'est notre devoir. » Il a réfléchi, puis a proposé de venir déjeuner et de me laisser le reste de la journée si je préférais être seule avec Alba. Nous avons choisi cette option. Lucas a préparé une tarte aux pommes avec sa mère et a annoncé qu'il n'accepterait aucun commentaire sur la forme des tranches. Nous avons mangé en parlant des pires recettes de Gabriel. Il mettait du citron dans presque tout et croyait qu'un fromage très fort pouvait sauver n'importe quel plat. Noé a raconté comment, à douze ans, il avait tenté de fabriquer un gâteau avec du sel au lieu du sucre. Lucas en a réclamé la recette pour la fête des pères, uniquement pour la faire disparaître à temps.

Après le déjeuner, Mireille m'a demandé si je souhaitais qu'elle m'accompagne au cimetière. J'ai choisi d'y aller seule avec Alba, dans la mesure où l'organisation du trajet me convenait. Je me suis arrêtée chez un fleuriste et j'ai acheté un bouquet de fleurs simples, celles que Gabriel apportait le mardi parce qu'elles étaient moins chères. Devant sa tombe, je n'ai pas raconté notre procès familial ni les dossiers de l'entreprise. Je lui ai dit qu'Alba grandissait, qu'elle riait lorsque le volet faisait du bruit et qu'elle aimait tirer sur mon collier. Je lui ai parlé de la bibliothèque enfin terminée et de la journée d'essai de l'atelier.

« On a commencé quelque chose, Gabriel », ai-je murmuré. « Ce ne sera pas ton atelier à toi. Ce sera celui des gens qui y travaillent. J'espère que ça te plairait. »

J'ai sorti de mon sac le carnet gris et relu la phrase où il reconnaissait avoir eu tort de me cacher le prêt. La colère était toujours là, mais elle avait perdu sa violence de première découverte. Elle ressemblait à une pièce de notre mariage que je pouvais regarder sans nier toutes les autres. J'ai posé la main sur la pierre et ajouté : « J'aurais voulu te dire que j'étais fâchée avant de te perdre. Je n'ai plus cette possibilité. Je peux au moins arrêter de me reprocher les mots que je n'ai pas prononcés. » Alba s'est réveillée et a poussé un petit cri impatient, ramenant mon attention au présent.

En rentrant, j'ai trouvé une enveloppe transmise par Lise. Elle contenait une lettre de Victor, rédigée sans demande immédiate de visite. Il reconnaissait avoir pris mes affaires, avoir fait pression pour la vente, avoir menti à propos de Mireille et m'avoir agressée. Il disait qu'il coopérait aux vérifications qui le concernaient et qu'il ne chercherait plus à me contacter directement. Ce texte ne réparait ni les années ni les dalles de la terrasse. Il n'était pas non plus une garantie sur son comportement futur. Je l'ai lu deux fois, puis je l'ai rangé dans le dossier déjà constitué. Je ne souhaitais pas répondre ce jour-là.

Mireille est passée en fin d'après-midi avec un cadre qu'elle avait fabriqué pour la photographie de Gabriel à l'atelier. Le bois était chaleureux, presque doré, et elle avait laissé visible une ancienne fente qu'elle avait consolidée. Elle m'a demandé si je voulais qu'elle inscrive quelque chose au dos. J'ai choisi seulement : « Gabriel Delmas, qui aimait réparer ce qu'on croyait fini. » Elle a souri. « C'est assez ? » J'ai répondu que oui. On n'avait pas besoin de trente lignes pour rappeler une personne à ceux qui avaient travaillé avec elle.

Le lendemain, Lise m'a annoncé que les démarches concernant la scène de la terrasse progressaient et que Victor avait accepté certains engagements déjà discutés, tandis que d'autres conséquences restaient à déterminer par les instances compétentes. Je n'ai pas demandé de date pour la fin de tout. Il n'existait pas de calendrier où un deuil, une enquête et une enfance abîmée se terminent le même vendredi. Je savais seulement où se trouvait ma maison, qui pouvait y entrer et quel soutien j'avais choisi. Ce n'était pas une perfection juridique ou émotionnelle. C'était assez solide pour organiser l'anniversaire d'Alba.

May you like

Nous avons prévu une petite fête à la maison, avec Mireille, Noé, Lucas, Lise, Farida et quelques amis. Je ne souhaitais pas montrer mon bébé sur un compte public ni raconter notre vie à des gens qui ne nous connaissaient pas. J'ai préparé une liste courte, vérifié les besoins des invités, puis acheté une robe bleue qui ne ressemblait pas à celle de la terrasse. Elle était souple, confortable et possédait deux poches profondes. En l'essayant, j'ai pensé à la femme qui cherchait son téléphone sur les dalles. Je lui aurais dit qu'un jour elle choisirait une robe bleue simplement parce qu'elle l'aimait.

La veille de la fête, j'ai demandé à Noé s'il accepterait de jouer les trois notes du piano avant le gâteau. Il a protesté qu'il était incapable de jouer correctement. « Justement », ai-je répondu. « Gabriel aurait adoré te voir essayer. » Nous avons ri. Puis j'ai fermé le couvercle de l'instrument et regardé la table que nous avions dressée. Chaque chaise serait occupée par quelqu'un qui avait choisi d'être là. Personne n'avait reçu une place en échange de son silence. Pour la première fois, l'idée d'une fête familiale ne me donnait plus envie de vérifier où se trouvait la sortie.

Related Stories

Other posts