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Chapter 9 - La caisse verte a disparu

J'ai quitté la maternité sans Alba. L'équipe m'avait expliqué pourquoi elle avait encore besoin d'être surveillée, quels progrès elle réalisait et comment continuer à la voir. Malgré ces explications, franchir seule la porte du service m'a donné l'impression d'abandonner une partie de mon corps derrière moi. Mireille conduisait. Noé avait préparé une chambre dans son appartement, et Lise devait nous rejoindre plus tard pour organiser mon retour éventuel à la villa. J'ai regardé Lyon défiler derrière la vitre, les feux rouges, les vélos, une boulangerie où des gens riaient devant un comptoir. Le monde poursuivait sa journée avec une indifférence que je lui enviais.

Chez Noé, rien n'était parfaitement rangé. Une paire de chaussures de randonnée traînait près du radiateur, des romans s'empilaient sur une chaise et son frigo contenait davantage de moutarde que de nourriture. Il avait néanmoins acheté une vraie soupe, un pain croustillant et des vêtements confortables. Sur la table, il avait déposé une photographie de Gabriel enfant, les deux frères assis sur un muret, les jambes couvertes de boue. « Tu n'es pas obligée de la regarder », a-t-il dit. Je l'ai prise. Gabriel y affichait le sourire insolent qu'il prenait quand il venait de gagner une dispute impossible.

« Tu étais son héros ? » ai-je demandé.

Noé a haussé les épaules. « Quand il avait huit ans. Après, il a compris que je trichais aux cartes. »

Nous avons ri, puis le silence s'est installé. Je lui ai raconté ce que Chloé avait dit sur leur dernière dispute. Il n'a pas esquivé. Sur le chantier de l'ancienne école, l'entreprise de Victor devait remplacer des garde-corps. Gabriel avait constaté que certaines interventions promises n'étaient pas faites, alors que le planning annonçait la fin des travaux. Noé avait conseillé de tout arrêter et de signaler le problème au donneur d'ordre. Gabriel voulait d'abord rencontrer Victor pour ne pas me bouleverser pendant la grossesse. Ils s'étaient opposés sur la manière, non sur le fond.

« Je lui ai dit qu'il mettait ton père au-dessus de la sécurité », a expliqué Noé. « Il m'a répondu que je confondais protection et décisions prises à la place des autres. Il avait raison sur ce point. »

« Et le soir de l'accident ? »

« Il rentrait d'un rendez-vous professionnel. Je n'étais pas avec lui. Je ne sais pas si Victor y avait un rôle. Je ne te dirai pas le contraire pour te rassurer ni pour nourrir une histoire. »

Cette honnêteté me convenait mieux qu'une nouvelle certitude héroïque. Nous avons appelé Lise. Elle savait qu'un organisme compétent examinait déjà les circonstances de la collision et nous conseillait de laisser les faits parler avant d'imaginer un lien. En revanche, les défaillances du chantier méritaient d'être examinées séparément. Si Gabriel avait conservé des observations techniques, elles pourraient servir à protéger les personnes qui fréquenteraient un jour l'ancienne école. Il fallait chercher des faits, pas un coupable disponible pour notre colère.

Je voulais revoir ma maison avant d'y emmener Alba. Lise a organisé une visite avec l'accord des personnes concernées et en présence de monsieur Ferrand. Victor et Chloé avaient quitté les lieux la veille, après avoir récupéré leurs effets, mais nous ne savions pas ce qu'ils avaient emporté. J'ai ouvert la porte moi-même avec une clé restée dans mon sac. Le salon sentait la cire, le café froid et un parfum étranger. Les coussins avaient été déplacés ; le grand vase de ma grand-mère se trouvait sur la table basse, comme un objet choisi pour une mise en scène. Le piano, lui, était toujours là.

Je me suis assise devant l'instrument. Une note sonnait faux, celle que Gabriel remettait toujours au lendemain de son propre accordeur improvisé. J'ai joué les trois notes qu'il répétait en plaisantant pour Alba. Noé est resté debout dans le couloir, me laissant ce moment. J'aurais voulu que le piano réponde avec sa voix. À la place, j'ai entendu le bruit du volet mal fixé, que Gabriel promettait de réparer chaque samedi. J'ai noté mentalement de demander à un professionnel de le faire. C'était une tâche ordinaire et cela m'a soulagée.

La chambre du bébé ressemblait à une pièce ouverte après un cambriolage discret. Le berceau était là, mais le mobile aux trois oiseaux pendait de travers. Les petites couvertures avaient été poussées dans une armoire. La caisse verte avait disparu de l'étagère où Gabriel l'avait installée. J'ai vérifié sous le lit, derrière les livres, dans le tiroir du bas, tout en sachant qu'aucun objet ne réapparaît parce qu'on le cherche avec assez de douleur. Sur le mur, une trace plus claire dessinait l'emplacement de la caisse. J'ai posé ma paume dessus.

« Tu avais dit que c'était pour elle », ai-je murmuré, comme si Gabriel pouvait m'entendre.

Monsieur Ferrand nous a rejoints avec prudence. Il avait une information. La veille, Victor avait transporté une petite caisse peinte en vert dans le coffre de sa voiture. Chloé marchait derrière lui avec deux valises. « J'ai noté l'heure parce que le portail était resté ouvert », a-t-il dit. « Je n'ai pas regardé à l'intérieur, et je ne peux pas certifier ce qu'il y avait dans cette caisse. » Lise l'a remercié pour cette précision. J'ai compris que la certitude serait construite ainsi, morceau par morceau, sans que notre désir de justice invente les pièces manquantes.

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Sur la table de la cuisine, Gabriel avait laissé un carnet de courses ouvert avant l'accident. On y lisait : couches, café, ampoule entrée, appeler Mireille. Sous la dernière ligne, il avait écrit : « Demander à Anaïs si elle veut qu'on ouvre l'atelier ici, un jour. » Je me suis assise, le carnet sur les genoux. J'avais perdu mon mari, retrouvé ma mère et donné naissance à notre fille en moins d'un mois. Je n'étais pas prête à ouvrir un atelier, encore moins notre porte à des inconnus. Mais j'ai souri en reconnaissant le « si elle veut ». Il avait pensé à un avenir et avait laissé ma décision au centre.

En quittant la maison, j'ai découvert une enveloppe coincée dans la boîte aux lettres. Elle venait d'Armand Sorel, l'associé de Victor : « Suite à l'engagement irrévocable pris par votre père, notre rendez-vous avec les acquéreurs est maintenu vendredi. » J'ai regardé la date. Vendredi, c'était le jour où l'équipe espérait pouvoir me donner des nouvelles plus précises du retour d'Alba. Une nouvelle fois, mon père avait choisi son calendrier à ma place. Cette fois, je n'allais pas le laisser faire.

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