Chapter 7 - Un grand-père n'entre pas sur commande

Victor s'est présenté à la maternité le lendemain, avec un bouquet immense et un journaliste local qu'il appelait « un ami de la famille ». Je l'ai appris parce qu'une secrétaire m'a demandé si je souhaitais recevoir monsieur Bernard. Elle n'a pas ajouté qu'il insistait, qu'il avait des droits ou que je devrais penser à pardonner. Elle a seulement attendu ma réponse. J'ai dit non. Le journaliste a été prié de quitter l'accueil, où il n'avait rien à faire, et mon père s'est retrouvé avec ses fleurs dans les mains. Je l'ai imaginé découvrant une porte qu'il ne pouvait pas ouvrir à coups d'autorité.
Il m'a envoyé un message : « Je suis le grand-père. Tu vas me punir pour un malentendu ? » J'ai voulu le jeter contre le mur. Mireille a vu ma main se crisper autour de l'appareil. « Tu peux attendre avant de répondre », a-t-elle dit. Je lui ai demandé pourquoi cette phrase si simple ne lui était jamais venue à l'esprit lorsqu'elle avait besoin de moi autrefois. Elle a accepté la question sans se défendre. « Parce que moi aussi, j'avais appris à répondre tout de suite à Victor. Il m'a fallu longtemps pour cesser de penser qu'un silence était une faute. »
J'ai finalement écrit une seule réponse, après en avoir parlé à Lise : je ne souhaitais pas sa visite, mes informations médicales étaient privées et toute question concernant la maison devait passer par mon conseil. Ce n'était pas une déclaration de guerre. C'était une phrase qu'il lui serait plus difficile de découper pour faire croire que je le suppliais. Quelques minutes plus tard, il m'a envoyé une photo de nous deux à mon premier jour d'école. J'avais une robe jaune et une dent manquante. Il avait la main posée sur mon épaule. « Voilà ce que tu détruis », disait le message. J'ai rangé la photographie dans un dossier séparé. Un souvenir tendre ne rendait pas acceptable ce qu'il avait fait hier.
Alba gagnait des forces. L'équipe expliquait ses progrès sans s'engager sur une date de sortie. J'apprenais à la nourrir avec accompagnement, je dormais par fragments et je marchais lentement dans le couloir. Une infirmière, Claire, m'a demandé comment je trouvais l'idée de rentrer chez moi. J'ai répondu que le mot « chez moi » m'effrayait soudain. Elle m'a proposé de discuter avec la psychologue de la maternité et l'assistante sociale pour préparer un retour qui ne soit pas seulement une adresse sur un formulaire. J'ai accepté. Je ne voulais pas que la première maison d'Alba ressemble à un endroit où sa mère devait toujours tendre l'oreille avant d'ouvrir une porte.
Noé est arrivé avec une boîte de macarons écrasés, achetés dans une boutique qui avait fermé juste derrière lui. « C'est ma spécialité », a-t-il dit. « Transporter des desserts comme un camion de chantier. » Il avait rencontré son avocat au sujet de la plainte de Victor et devait rester disponible pour la suite. La violence sur la terrasse avait laissé des traces des deux côtés, mais il avait appris que monsieur Ferrand et Malik acceptaient d'être contactés. Son visage s'est adouci quand j'ai évoqué la naissance. « Gabriel m'aurait reproché de ne pas avoir mis de cravate », a-t-il murmuré. J'ai imaginé mon mari lui demander pourquoi il s'habillait pour rencontrer un bébé qui ne distinguait pas encore correctement les visages.
« Tu lui manques aussi », ai-je dit.
Il a fermé les yeux. « Il me manque surtout quand il faudrait qu'il m'engueule. »
Dans l'après-midi, Lise m'a communiqué la réaction de l'agence immobilière. Elle avait reçu un dossier de Victor, mais n'avait obtenu aucune confirmation de vente de ma part. Elle avait interrompu ses démarches. Ce n'était ni une bataille gagnée devant un tribunal ni la preuve que Victor n'avait rien préparé ailleurs. Nous avons passé en revue les clés, les accès numériques et l'assurance de la maison. Je lui ai demandé de ne pas m'épargner les questions au prétexte que j'étais en suites de couches. Elle a proposé de les répartir en plusieurs rendez-vous plutôt que de tout décider en une heure. Cela me convenait.
En fin de journée, une inconnue a déposé à l'accueil une petite enveloppe au nom d'Anaïs Delmas. À l'intérieur se trouvait une photographie de moi à treize ans, devant le studio de danse, avec mes chaussures rouges. Au dos, une date et une phrase : « Je t'ai attendue de l'autre côté de la rue. » Ma mère l'avait-elle laissée ? Non. Son écriture, je commençais à la reconnaître : large, régulière, presque architecturale. Celle-ci était étroite et penchait vers le bas. J'ai appelé Mireille. Elle a regardé le cliché si longtemps que j'ai cru qu'elle allait tomber.
« C'est moi qui l'ai prise », a-t-elle dit. « Ce jour-là, je t'ai vue sortir. J'étais de l'autre côté de la rue. Victor t'a prise par le bras avant que j'ose traverser. »
« Tu m'as dit que tu étais arrivée trop tard. »
« Je t'ai dit que la directrice m'avait indiqué que tu étais partie. Je n'ai pas osé te raconter que je t'avais vue de loin. J'avais honte de n'avoir rien fait de plus. »
Elle a baissé la tête. Je me suis rendu compte que retrouver ma mère ne signifierait pas recevoir un récit où chacun aurait été impeccable. Elle avait aussi fait des choix qui m'avaient blessée. Mais il restait une question plus inquiétante : qui avait retrouvé cette photographie, et pourquoi venait-on de me l'envoyer aujourd'hui ?
J'ai demandé à l'accueil qui avait apporté l'enveloppe. La personne avait donné son prénom : Chloé. Elle n'avait pas essayé de monter. Elle avait laissé le papier et était repartie. Pour la première fois, j'ai commencé à me demander ce que la femme qui riait sur ma terrasse cherchait à me dire lorsque Victor n'était pas à côté d'elle.
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Le soir, j'ai demandé à Lise de conserver aussi le message accompagnant la photographie du studio. Je ne voulais pas lancer une chasse contre Chloé pour savoir si elle avait voulu m'aider ou me troubler. Cette hésitation me fatiguait déjà assez. J'ai pris mon carnet et noté trois choses dont j'étais certaine : ma mère avait conservé cette image, Victor possédait une copie et la femme qui avait filmé mon humiliation avait choisi de me l'envoyer. Les intentions viendraient peut-être plus tard. Je n'allais pas offrir mes nuits aux hypothèses en attendant.
Quand Élodie m'a demandé ce que je souhaitais pour le lendemain, j'ai répondu : voir Alba, dormir, puis apprendre comment la tenir contre moi sans avoir peur de la casser. Cela faisait un programme assez grand pour une journée. Elle m'a souri et a écrit ces priorités dans nos échanges. Je n'ai pas parlé de la photographie avant le matin suivant.
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