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Chapter 1 - Les boutons que je n'arrivais plus à défaire

Le premier bouton céda sans bruit. Au deuxième, je demandai à Mathis d'arrêter. Il retira aussitôt les mains de ma robe, comme si le simple fait de les laisser là pouvait me blesser. Dans la suite de l'hôtel, les roses blanches semblaient attendre une photographie que personne ne prendrait. Nous venions de nous marier. J'avais souri toute la journée, porté des toasts, dansé avec des chaussures qui m'avaient écorché les talons. Et, à vingt-trois heures quarante, je tremblais devant mon propre mari.

« On peut simplement dormir, Salomé », dit-il. « Je trouverai une manière de vaincre ces boutons demain. »

Je voulus rire. Un son minuscule me sortit de la gorge. Mathis, qui restaurait des portes anciennes et possédait des mains capables de soulever un vantail de chêne sans jamais écraser une moulure, attendit. Il avait cette patience que j'avais d'abord prise pour de la timidité. Moi, j'étais épuisée de jouer la femme qui allait bien.

« Je voudrais que tu m'aides », répondis-je. « Seulement… laisse-moi te dire quand. »

Il hocha la tête. Nous étions face à la grande glace près du lit. Je pouvais y voir son nœud papillon de travers, ses cheveux sombres, les cernes sous ses yeux et mon sourire qui n'en était plus un. Je lui indiquai les boutons un par un. Lorsque le tissu glissa de mes épaules, il leva les yeux vers le miroir. Puis il cessa de bouger.

Les cicatrices avaient blanchi avec les années, mais elles traversaient encore mon dos en lignes inégales. Une marque plus récente, violacée, dessinait un cercle près de mon omoplate. J'avais passé une heure chez la couturière à demander une doublure plus haute. Ce soir-là, malgré toutes mes précautions, ma robe ne pouvait plus faire le travail de dissimulation à ma place.

Je ramenai immédiatement la soie contre moi.

« Ne me regarde pas comme ça. »

Mathis baissa les yeux. « Comment veux-tu que je te regarde ? »

La question me désarma. Je m'attendais à de la pitié, peut-être à cette colère qui transforme la douleur de l'autre en occasion de jouer les héros. Il venait simplement de me rendre le choix.

« Je ne sais pas », avouai-je. « Je n'ai jamais montré mon dos à quelqu'un en restant dans la pièce. »

Il s'assit sur le bord du lit, à bonne distance. « Je suis là. Tu n'as pas besoin de tout raconter ce soir. »

Je connaissais pourtant le moment exact où tout avait commencé. Quinze ans plus tôt, j'avais refusé de dire à ma mère que j'avais cassé seule la vitrine de son atelier. C'était Armand qui l'avait fêlée, dans une colère déclenchée par une facture. À quatorze ans, j'avais cru qu'un mensonge refusé suffisait à protéger la vérité. Mon beau-père m'avait enseigné autre chose : dans une maison, celui qui contrôle l'histoire peut faire passer la victime pour la coupable.

« Armand », dis-je enfin.

Mathis releva la tête. « Ton beau-père ? »

Je hochai la tête. Trois heures auparavant, Armand Ferrand avait levé son verre devant cent vingt invités. Il avait déclaré qu'il m'avait élevée « comme sa propre fille », puis demandé à Mathis de se montrer patient avec mon caractère difficile. Les gens avaient applaudi. Ma mère, Jeanne, avait essuyé une larme. J'avais fixé le gâteau, incapable de distinguer l'amour du théâtre.

« Il faisait ça quand maman travaillait tard », continuai-je. « Il avait une façon de choisir les moments où personne ne pouvait entendre. Puis il disait que j'exagérais. Une fois, je l'ai raconté à l'infirmière du collège. Il est venu avec ma mère. Il a parlé de mon imagination, des tensions de l'adolescence. Elle m'a regardée comme si j'avais commis une faute. »

Mathis serra les mains l'une contre l'autre, puis les desserra. « Et cette marque plus récente ? »

« Mardi. »

Il regarda brièvement la porte de la suite. « Mardi dernier ? »

« Je suis allée chercher les bobines de fil que maman avait promises pour ma robe. Armand m'a barré le passage. Il voulait que je convainque maman de signer la vente de l'atelier. J'ai dit non. » Je sentis la honte revenir, absurde et familière. « Il m'a empoignée. J'ai cogné l'étagère en reculant. Je suis sortie avant qu'il recommence. »

L'atelier Les Ourlets du Passage appartenait à ma mère depuis trente-six ans. On y réparait des vêtements, mais on y apprenait surtout à ne pas jeter les choses auxquelles on tenait. J'y avais grandi entre les craies de tailleur et les clientes qui apportaient des manteaux troués avec l'air de s'excuser. Depuis six mois, Armand répétait qu'il fallait vendre. Une société immobilière voulait réunir plusieurs boutiques pour créer un ensemble de commerces haut de gamme. Lui appelait cela le progrès. Ma mère parlait de fatigue. Moi, je voyais vingt-huit femmes perdre le seul lieu où elles avaient appris à coudre, à travailler et parfois à demander de l'aide.

« Tu m'avais dit que tu t'étais cognée », murmura Mathis.

« Je sais. Je suis désolée. »

« Tu n'as pas à t'excuser d'avoir eu peur. » Il prit une respiration. « Je suis en colère, oui. Mais ma colère ne décidera pas pour toi. Qu'est-ce que tu veux faire maintenant ? »

J'avais préparé mille réponses pour le cas où il découvrirait tout. Aucune ne ressemblait à celle qui sortit.

« Je veux que ma mère puisse dire non sans avoir peur de perdre sa maison. Et je veux qu'il ne s'approche plus de moi. »

Mathis posa son téléphone face cachée sur la table de nuit. Il ne passa aucun appel spectaculaire. « Demain, on cherchera une personne compétente et on prendra le temps de noter ce qui s'est passé, si tu le souhaites. Ce soir, je peux juste rester. »

Je m'approchai. Il me demanda silencieusement la permission d'ouvrir les bras. Je m'y glissai en retenant le haut de ma robe. Sa chemise sentait le savon et le champagne renversé par son frère pendant le dîner. Pendant quelques secondes, nous fûmes simplement deux personnes qui s'aimaient, dans une chambre trop grande.

Trois coups frappèrent alors la porte.

« Salomé ? » La voix d'Armand traversa le bois. « Je sais que tu es là. Ouvre. »

Mathis se leva, mais je le retins par la manche. « Ne lui ouvre pas. »

Dans le couloir, Armand rit doucement. « Tu as oublié de me rendre les clés de l'atelier. Et ta mère doit signer demain matin. »

Je pris mon téléphone. Un message de maman, envoyé dix minutes plus tôt, attendait sur l'écran : NE LE LAISSE PAS ENTRER. IL A DIT QUE TU LUI AVAIS TOUT RACONTÉ.

Puis sa voix reprit, juste de l'autre côté de la porte : « Demande à ton mari ce qu'il sait de la cave, Salomé. Je crois que vous allez avoir une longue nuit. »

Mathis me regarda. Pour la première fois, je vis dans ses yeux une question que je n'avais pas anticipée.

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« Quelle cave ? »

Je ne pouvais pas lui répondre. Parce que, pendant quinze ans, je m'étais interdit d'y descendre, et que quelqu'un venait manifestement d'en rouvrir la porte.

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