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Chapter 25 - Le oui qui appartenait à Jeanne

L'hiver commença sans cérémonie. La pluie rendait les trottoirs glissants et les clientes entraient avec des parapluies dégoulinants. Nous avions fini par disposer un bac près de la porte pour éviter que les flaques atteignent les machines. Jeanne avait décidé de revoir entièrement la gestion de l'atelier. Pendant trop longtemps, les décisions s'étaient accumulées dans sa tête, où Armand pouvait venir les déplacer à sa guise. Avec Fatou, elle consulta une spécialiste de la gestion des petites entreprises et demanda des conseils sur un fonctionnement plus transparent.

Il ne s'agissait pas de transformer notre boutique en grande société philanthropique. Nous voulions simplement que les salaires, les charges, les commandes et les décisions importantes soient visibles par les personnes qui en avaient la responsabilité. Fatou souhaitait devenir associée si les conditions lui convenaient. Nora voulait poursuivre sa formation. Moi, je désirais conserver une activité de restauration textile sans dépendre entièrement de l'atelier de maman. Nous prîmes le temps d'en parler chacun séparément, puis ensemble. La liberté était moins spectaculaire qu'une déclaration de guerre ; elle exigeait davantage de calculs et de compromis.

Jeanne avait aussi entrepris les démarches nécessaires pour retirer à Armand les autorisations qu'elle lui avait confiées lorsqu'elles n'étaient plus justifiées. Les personnes qui la conseillaient vérifièrent les documents un par un. Certaines formalités demandaient du temps et des notifications précises. Elle ne prétendit pas qu'une seule signature suffirait à effacer tous les effets de quinze années de gestion déléguée. Elle demanda seulement qu'on cesse de considérer l'accord ancien comme une permission illimitée.

Pour préparer leur nouvelle organisation, Fatou proposa de tenir une réunion d'équipe où chacune pourrait dire ce qui fonctionnait mal. Nora demanda un planning fixé plus tôt, afin de pouvoir suivre ses cours sans devoir supplier pour un changement d'horaire. Je souhaitais connaître à l'avance les jours où l'on me confierait des restaurations longues. Jeanne reconnut qu'elle avait parfois distribué le travail selon son inquiétude du moment, en appelant toujours la personne qu'elle savait incapable de refuser. Nous fixâmes une date pour réexaminer les décisions. Ce n'était pas parfait. C'était une façon de ne pas remplacer l'autorité d'Armand par une autorité plus gentille mais tout aussi opaque.

Un mercredi, elle se rendit à l'étude avec Sarah. À leur retour, elles nous annoncèrent que les démarches essentielles avaient été engagées et que les parties concernées recevraient les informations appropriées. Maman paraissait plus fatiguée que joyeuse. « Il va être furieux », dit-elle. Fatou répondit : « Il peut l'être ailleurs. Nous avons des commandes. » Elle plaça devant Jeanne une veste qu'il fallait vérifier. Nous reprîmes le travail. Je me demandai si la révolution avait parfois la forme d'une manche à raccourcir.

Armand reçut les notifications en fin de semaine. Il se présenta chez Inès en prétextant vouloir récupérer des documents personnels. Ma belle-sœur n'ouvrit pas ; elle lui répondit à travers l'interphone qu'il devait passer par les moyens convenus avec les conseils concernés. Il insista en disant que Jeanne était malade, manipulée et incapable de comprendre ce qu'elle faisait. Inès répéta sa phrase une seconde fois et mit fin à la conversation. Elle m'appela ensuite, non pour m'alarmer, mais pour m'informer précisément. Nous conservâmes la date et l'heure.

Le soir, maman vint dîner chez nous. Elle portait un pull vert qu'elle avait acheté elle-même. « J'ai fait une folie », annonça-t-elle. Mathis regarda l'étiquette qui dépassait du col. « Une folie en laine ? » Elle rit. Elle n'avait pas acheté de vêtement pour elle depuis des mois, persuadée que toute dépense inutile donnerait à Armand l'occasion de la traiter d'irresponsable. Je lui demandai si le pull lui plaisait. « Beaucoup », répondit-elle. Ce fut la fin de notre conversation sur son prix.

Après le dessert, Jeanne nous parla de sa vie dans le studio. Elle aimait la lumière du matin, mais avait du mal à s'endormir sans le bruit familier de la maison. Certaines nuits, elle avait envie de rentrer pour retrouver ses livres et ses objets. Elle savait qu'un retour immédiat auprès d'Armand risquait de la replacer dans une situation qu'elle tentait de quitter. Elle cherchait donc, avec des conseils adaptés, à comprendre les possibilités concernant son logement et la récupération de ses affaires. Je ne lui conseillai ni divorce spectaculaire ni réconciliation précipitée. Elle avait droit à un chemin qui ne tienne pas dans la phrase d'une autre personne.

Léo arriva plus tard avec des nouvelles de son travail. Il avait dû renoncer à la voiture fournie par l'entreprise de son père et avait acheté un vélo d'occasion. Il plaisanta sur ses cuisses douloureuses, puis demanda à Jeanne si elle avait besoin qu'il l'aide à transporter des cartons. Elle accepta pour le samedi suivant. Ils établirent une liste sur la nappe en papier. Je les regardais, troublée de les voir organiser quelque chose de banal sans demander l'autorisation d'Armand.

À la fin du dîner, ma mère se tourna vers moi. « Je veux que tu saches une chose. Je suis fière que tu aies parlé. Mais je ne vais pas me servir de ton courage pour me faire pardonner. Je dois prendre mes décisions moi-même. » Je lui répondis qu'il me faudrait du temps pour lui faire pleinement confiance. Elle hocha la tête. « Je l'accepte. » Je ne savais pas encore si nous pourrions retrouver notre ancienne proximité. Peut-être fallait-il construire une relation nouvelle plutôt que chercher à faire revivre celle qui m'avait laissée seule.

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En partant, Jeanne trouva une enveloppe coincée dans sa boîte aux lettres. Elle contenait une invitation à une « rencontre de conciliation familiale » organisée par Armand dans les locaux de sa société, sans l'intermédiaire des professionnels que nous avions consultés. Une phrase proposait de régler la question de l'atelier en échange de notre silence public. Elle la lut puis me la tendit. « Je ne prendrai pas cette décision ce soir », dit-elle. Elle repartit avec le document, déterminée à l'examiner avec son conseil.

Je restai devant la porte après son départ. Mathis me rejoignit et me demanda à quoi je pensais. « Qu'Armand ne comprend toujours pas », répondis-je. « Il offre la paix comme s'il en était propriétaire. » Je refermai la porte. Derrière elle, notre appartement n'était pas un refuge parfait. C'était simplement l'endroit où nous pouvions nous dire la vérité sans la mettre aux enchères.

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