Chapter 16 - Le banc de la salle d'attente

La première audience ne se déroula pas comme dans les séries que Diane regardait en soupirant devant les robes des avocates. Nous attendîmes une heure dans un couloir clair, sur des bancs qui grinçaient. Simon vint avec son conseil. Sa mère l'accompagnait, parfumée avec une fragrance si proche de L'Été retrouvé que j'en eus la nausée. Elle avait voulu entrer dans cette salle entourée de la mémoire de Jeanne, transformée en accessoire. Je respirai lentement et regardai mes chaussures.
Avant l'entrée, Simon s'approcha d'Amira. « On peut régler ça sans étaler nos vies. Élise garde l'atelier et je reste dans la maison. » Il prononça cette offre comme s'il distribuait des parts d'un héritage dont il était le propriétaire naturel. Amira lui indiqua que toute proposition devait passer par son conseil. Je demandai à Simon de ne pas m'adresser directement la parole. Cette limite le surprit davantage que mon refus de l'offre.
Les débats portèrent sur des documents précis : la création de la SCI, les fonds utilisés pour acquérir le domaine, les actes, l'occupation des lieux et la position des parties. L'avocat de Simon soutint qu'il avait participé de manière importante à l'amélioration de la maison. C'était vrai pour certains travaux ; nous disposions des factures. Mais contribuer à des dépenses n'autorisait pas à déclarer Diane propriétaire, ni à fabriquer une autorisation de garantie. Je fis l'effort de ne pas confondre tous ces points, car je voulais que le dossier tienne lorsqu'on cesserait de me croire sur parole.
Diane regardait souvent le public. Son visage exprimait cette douleur digne qu'elle savait composer pour les dîners. À la sortie, elle tenta de m'arrêter près des marches. « Je t'ai accueillie comme ma fille », déclara-t-elle. Les mots frappèrent un endroit ancien : pendant des années, j'avais voulu une seconde mère. Je répondis enfin sans monter le ton. « Vous m'avez accueillie tant que je payais sans demander de comptes. Ce n'est pas la même chose. » Je passai à côté d'elle.
Nous n'obtînmes pas de décision définitive ce jour-là. Plusieurs points devaient être examinés, d'autres traités dans des procédures distinctes. Amira m'expliqua le calendrier probable, les documents à compléter et les conditions dans lesquelles nous pourrions organiser les accès au bien. Je fus déçue, puis honteuse d'être déçue ; j'avais imaginé un juge prononçant une phrase simple qui me rendrait immédiatement ma vie. La vérité ne fonctionnait pas à la vitesse d'un montage vidéo.
Je retrouvai Gabriel sur une petite place où il m'attendait avec deux sandwiches. Il ne demanda pas si nous avions gagné. Je lui racontai ce que j'étais autorisée à comprendre et ce que nous ignorions encore. « Tu sais ce que j'ai aimé ? dis-je. L'avocate de Simon n'a pas eu besoin de parler de mes fausses couches. » Gabriel déplia la serviette sous son sandwich. « Tu ne lui devais déjà aucune explication. »
Au même moment, Olivier m'appela. Les comptes professionnels de Simon révélaient une dette plus ancienne, contractée avant notre mariage. Une partie des virements de neuf mille six cents euros servait à rembourser des prêts personnels dont je n'avais jamais entendu parler. Cette information ne prouvait pas à elle seule une fraude dans chaque transfert, mais elle détruisait l'histoire du fils prospère qui entretenait toute sa famille. Simon avait bâti notre quotidien sur une fiction coûteuse : je fournissais l'argent, lui fournissait le récit.
Pendant le déjeuner, Gabriel me demanda si j'avais remarqué l'homme au fond de la salle d'attente. Je n'en avais aucun souvenir. Il m'expliqua qu'un ancien employé des Delcourt s'était présenté discrètement, puis était reparti avant l'audience. Gabriel le connaissait de vue : il avait participé à la rénovation de la terrasse. Je résistai à l'envie de bâtir une théorie. Peut-être attendait-il pour un dossier sans rapport avec nous. Peut-être souhaitait-il parler à Simon. J'inscrivis seulement le fait dans mon carnet, puis demandai à Amira s'il fallait agir. Elle répondit qu'en l'absence de renseignement pertinent nous n'avions aucune raison de poursuivre un inconnu.
Cette réponse me contrariait. Une partie de moi voulait trouver des alliés partout, comme dans les romans où chaque témoin mystérieux cache la pièce manquante du puzzle. Je demandai à Gabriel comment il faisait autrefois lorsque quelqu'un arrivait sur une intervention et prétendait connaître la cause de l'incendie. « On écoutait, dit-il. Ensuite on vérifiait. Et on laissait les spécialistes faire leur travail. » Je repensai à la main de Simon, à la douleur immédiate, à toutes les questions qu'elle avait laissées derrière elle. J'avais appris à tolérer l'incertitude sans lui donner la direction de ma journée.
Une apprentie de l'atelier m'envoya ensuite une question sur l'exposition des flacons à la lumière. Je lui répondis depuis le café en dessinant une petite courbe sur ma serviette. Gabriel regarda mon croquis. « Tu fais toujours ça ? » Je lui montrai les notes accumulées au dos de tickets de caisse, les essais de noms écrits sur mon téléphone et les phrases de Jeanne recopiées dans un carnet. « Je crois que je travaille pour ne pas oublier qui je suis quand les autres parlent de moi. » Gabriel me répondit que je pouvais aussi ne pas travailler un après-midi. Il avait probablement raison. Je commandai un dessert et le mangeai entièrement.
Avant notre départ, un message d'Amira confirma que la prochaine étape nécessiterait des pièces sur les travaux du domaine. J'appelai le peintre que nous avions rencontré au début des vérifications. Il accepta de fournir ses factures et ses dates de chantier, en précisant qu'il ne voulait pas devenir le témoin d'une dispute familiale. Je lui répondis que nous avions précisément besoin de dates et de factures, pas d'une opinion sur mon caractère. Sa voix se détendit. Il avait peut-être attendu cette phrase depuis des semaines.
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Je passai l'après-midi à l'atelier et demandai à Salomé de me montrer un essai sur lequel elle travaillait depuis deux semaines. Un parfum de terre sèche et de citron y laissait une sensation de fenêtre ouverte après l'orage. « Il n'est pas fini, dit-elle. » Je répondis : « Tant mieux. » Pour la première fois, quelque chose d'inachevé ne me semblait pas une menace. Nous décidâmes de lui trouver un nom plus tard.
En fin de journée, Amira reçut une demande de la partie adverse : Simon souhaitait récupérer immédiatement le coffret de noyer, qu'il présentait comme un cadeau de mariage appartenant au mobilier commun. Je posai ma main dessus. Ce coffret portait la brûlure d'une bougie tombée lorsqu'il était chez ma mère. J'avais des photographies datant de mon adolescence. La demande ne visait pas une valeur matérielle. Elle visait l'objet que Simon savait capable de me faire revenir dans la maison. Cette fois, il se trompait sur le sens du souvenir.