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Chapter 11 - Le fauteuil vide de ma mère

À la réunion du centre, il n'y avait pas assez de chaises. Les parents s'étaient serrés contre les murs, les anciens élèves avaient apporté des tabourets, et le garçon à l'étui vide avait trouvé une place sur le rebord d'une fenêtre. Agnès avait imprimé le courrier du propriétaire en gros caractères pour que chacun puisse le lire. J'ai aimé cette attention plus que toutes les formules de solidarité prononcées devant les caméras. Ici, personne n'avait à croire sur parole une personne qui prétendait parler pour les autres.

Une mère a demandé : « Si on accepte le nouveau loyer, combien de places devront être supprimées ? » Le trésorier a répondu : « Entre douze et dix-huit, selon les aides. » Une autre a proposé un concert de soutien. Un ancien élève, devenu comptable, a demandé à examiner les comptes pour vérifier les possibilités de négociation. Agnès a noté les propositions, refusant de désigner une solution gagnante avant d'avoir fait les calculs.

Je me suis levée seulement lorsque quelqu'un m'a demandé de raconter ma rencontre avec Delmas. J'ai expliqué les faits que je connaissais et la procédure en cours, sans transformer le centre en décor de mon histoire personnelle. « Je ne suis pas ici pour vous promettre de payer le loyer avec un concert », ai-je dit. « Je veux jouer si vous le souhaitez, et je veux aussi que les élèves décident de ce qu'on fait de leur image. » Plusieurs parents ont approuvé. Le garçon à l'étui vide a levé la main : « Moi, je veux qu'on nous laisse répéter. Même si on n'a pas encore trouvé une salle. »

Après la réunion, j'ai découvert un message de ma mère. Elle était aux urgences pour une douleur thoracique. J'ai traversé Paris en métro, avec cette peur contradictoire : je lui en voulais, et je ne supportais pas l'idée de la perdre. À l'hôpital, un médecin m'a expliqué qu'elle allait être surveillée et que des examens étaient en cours. Rien ne permettait encore de conclure à une maladie grave. Mireille m'a accueillie par un sourire fragile.

« Tu n'étais pas obligée de venir. »

« Je voulais être là. C'est différent. »

Diane était assise près du lit. Elle avait apporté le chargeur du téléphone et une chemise de nuit. Pour une fois, elle n'a pas revendiqué le mérite de sa présence. Elle m'a simplement laissé la chaise la plus proche. Je me suis assise, ai demandé à maman ce que le médecin avait dit, puis j'ai noté les informations pour qu'aucune de nous ne les déforme dans la panique.

À l'hôpital, une aide-soignante a demandé à ma mère si elle souhaitait que nous restions toutes les deux pendant les explications médicales. Mireille nous a regardées, puis a répondu qu'elle voulait d'abord entendre seule les résultats. Diane a ouvert la bouche, prête à protester ; je lui ai touché légèrement le bras pour lui rappeler que maman venait de formuler un choix. Nous sommes sorties chercher du café. Dans le couloir, ma sœur m'a demandé si j'avais peur. J'ai répondu que oui, mais que la peur ne nous autorisait pas à retirer à maman le droit de parler pour elle-même.

Diane a contemplé le distributeur de boissons. « Quand papa est mort, j'ai commencé à décider pour elle parce que je ne supportais pas de la voir pleurer. »

« Et moi, j'ai payé les factures qu'on me tendait parce que je ne supportais pas qu'on se dispute. »

Nous avons reçu deux gobelets d'un café affreux. Diane a souri. « On n'a vraiment pas pris le bon chemin. » Nous n'avons pas transformé cette remarque en pardon. Lorsque Mireille nous a rappelées, elle avait écrit ses questions au médecin sur un bout de papier. J'ai demandé si elle voulait que nous l'aidions à noter les réponses ; elle a accepté. Pour la première fois, nous avons fait quelque chose ensemble sans décider à sa place.

Quand Diane est partie acheter de l'eau, Mireille m'a confié qu'elle avait reçu une offre de rachat pour la maison et l'atelier. Une filiale de Delmas proposait de solder les dettes en échange des murs, avec une clause lui permettant de rester deux ans comme locataire. « J'ai failli signer », a-t-elle avoué.

« Pourquoi tu ne l'as pas fait ? »

« Parce que je t'ai entendue dire que tu voulais voir les chiffres. J'ai pensé que j'avais encore le droit de demander conseil avant de me précipiter. »

C'était peu, mais c'était un début. Je lui ai demandé de ne rien accepter sans un avis indépendant. Elle a promis. Puis elle a eu l'air gêné. « Je n'ai pas d'argent pour payer un avocat. »

« Nous chercherons une permanence gratuite pour tes questions de dette. Sarah travaille déjà pour moi ; elle ne peut pas tout faire. »

Ma mère m'a regardée longuement. « Avant, tu aurais proposé de prendre un cours de plus et de payer à ma place. »

« Avant, j'avais peur que vous cessiez de m'aimer si je ne le faisais pas. »

Elle a tourné la tête vers la fenêtre. « Je t'ai donné des raisons d'avoir cette peur. » Je n'ai pas dit que ce n'était rien. Nous sommes restées dans le silence que cette phrase méritait.

Diane est revenue avec l'eau. En voyant nos visages, elle a deviné qu'une conversation importante avait eu lieu sans elle. « Vous parlez de la maison ? » a-t-elle demandé. Mireille a répondu oui. Diane a posé les bouteilles et, pour la première fois, a demandé : « Vous voulez que je vous montre mon contrat de prêt ? Le vrai, avec toutes les annexes ? »

Nous avons convenu de le confier à un conseiller compétent. À la sortie, Diane m'a suivie jusqu'aux ascenseurs. « Je pensais toujours que tu étais la préférée de papa », a-t-elle dit. « Parce qu'il t'avait construit un violon. »

« Il t'avait offert un piano d'occasion et il passait ses dimanches à le réparer. »

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« Je le sais maintenant. À l'époque, je ne voyais que ce qui manquait. »

Un message de Sarah a interrompu la conversation. Delmas avait déposé une demande d'interdiction provisoire visant certaines représentations de Le Passage jusqu'à décision sur l'attribution. Le concert de soutien que nous envisagions ne pourrait peut-être pas utiliser ma propre musique. Diane a lu par-dessus mon épaule, puis m'a rendu le téléphone sans demander à être rassurée.

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