Chapter 25 - Le témoignage de Diane

Le matin de son témoignage écrit et de son entretien officiel, Diane m'a envoyé une photographie de la porte d'entrée du cabinet de son avocate. Elle n'avait ajouté aucun commentaire. Je lui ai répondu : Tu as les documents. Dis la vérité. Puis j'ai posé mon téléphone sur la table. Je ne voulais pas devenir la personne qu'elle appelait pour vérifier, seconde après seconde, si elle avait le droit de faire ce qu'elle devait faire.
Diane a reconnu avoir transmis à la société Delmas des éléments de mon travail et avoir signé plusieurs courriels présentant Le Passage comme sa composition. Elle a expliqué les pressions alléguées d'Étienne et ses propres motivations : la peur de perdre un contrat, la jalousie, le désir d'être reconnue. Elle n'a pas prétendu que les menaces rendaient ses gestes involontaires. Sur le violon, elle a décrit la scène de la loge avec la même précision que moi : la robe, mon refus, son geste, le bruit du bois. Elle avait demandé pardon dans un message, mais elle savait qu'un message n'était pas une réparation.
Son conseil a transmis les relevés montrant les versements promis et non effectués, les messages conservés et les documents relatifs aux dettes. L'avocate de Diane lui avait expliqué que dire la vérité pouvait avoir des conséquences financières et juridiques. Ma sœur les avait entendues. Elle n'était pas devenue courageuse parce qu'elle n'avait plus peur ; elle avançait alors qu'elle en avait encore.
Je travaillais avec les élèves pendant ce temps. Zoé insistait pour que le petit duo écrit à partir de son motif soit joué à la fête de l'école. Nous avons demandé à l'association de vérifier les autorisations nécessaires. Je lui ai expliqué pourquoi son nom serait sur la partition. « Parce que j'ai ajouté la note en trop ? » a-t-elle demandé. « Parce que cette idée venait de toi », ai-je répondu. Elle a semblé réfléchir. « Alors je peux en inventer d'autres ? » J'ai senti une joie si nette qu'aucune procédure ne pouvait la réduire.
Ma sœur m'a demandé si elle pouvait utiliser, dans son témoignage, une ancienne photographie de nous deux devant le piano. Je lui ai répondu que je préférais qu'elle se limite aux documents utiles et à ses propres souvenirs. Une image d'enfance n'expliquait ni le contrat ni la casse. Elle a accepté. Quelques mois auparavant, elle aurait publié la photo avec un long texte sur nos liens indestructibles, puis m'aurait reproché de ne pas y répondre.
Elle a ensuite parlé de la librairie où elle travaillait. Une cliente avait cherché une partition trop chère pour sa fille. Diane avait proposé une édition d'occasion et indiqué un service de prêt. « J'ai senti l'envie de lui offrir le livre pour qu'elle me trouve généreuse », a-t-elle avoué. « Puis j'ai compris qu'elle demandait seulement une solution. » Je l'ai écoutée sans lui décerner un diplôme de bonne personne. Elle essayait de penser aux besoins réels d'autrui au lieu de chercher son propre reflet dans chaque service rendu.
Dans l'après-midi, j'ai reçu le brouillon de la rectification publique. Une première version parlait d'une « confusion entre deux talents complémentaires ». J'ai demandé qu'on retire cette formule. Elle effaçait l'appropriation volontaire derrière un joli désordre familial. Sarah a proposé un texte factuel indiquant l'attribution erronée et les corrections adoptées, sans transformer le communiqué en condamnation de presse. Le directeur de l'orchestre a accepté cette rédaction après consultation des parties.
En relisant le texte, j'ai pensé au programme du grand concert. Mon nom était devenu une petite ligne d'arrangement, alors que je pouvais décrire l'origine de chaque mesure. Je ne cherchais plus à faire afficher mon prénom plus gros que celui de tout le monde ; je voulais seulement que les mots désignent le bon travail. Cette exigence aurait dû paraître si simple qu'elle n'aurait jamais dû demander une année entière de bataille.
À midi, Sarah m'a appelée. Les déclarations de Diane concordaient avec plusieurs courriels déjà produits. Cela aidait à établir la chronologie, mais l'examen de certaines signatures et des comptes se poursuivait. Une rectification publique pouvait désormais être discutée avec l'orchestre et le diffuseur. J'ai demandé qu'elle ne soit pas présentée comme un pardon entre sœurs. « Tu as raison », a dit Sarah. « Ce sont deux questions différentes. »
Le soir, Diane est passée devant mon immeuble et m'a demandé si nous pouvions parler cinq minutes dans le hall. J'ai accepté. Elle avait l'air vidée. « J'ai dit que j'avais voulu te priver de ton concert », a-t-elle murmuré. « Je pensais que si tu n'étais pas sur scène, Delmas pourrait raconter son histoire sans contradiction. J'ai honte de le dire à voix haute. »
« Tu aurais dû avoir honte avant de le faire. »
« Oui. »
Je lui ai parlé des réparations de l'instrument, du montant encore à déterminer et de la nécessité de respecter un échéancier réaliste. Elle avait trouvé un travail à temps partiel dans une librairie musicale et suivait un accompagnement pour organiser ses finances. Elle ne gagnait pas assez pour payer immédiatement, mais elle pouvait commencer. Nous avons convenu de laisser les avocates formaliser les choses.
Quand elle s'est retournée pour partir, j'ai remarqué une housse fine dans son sac. « Qu'est-ce que c'est ? »
« Mon cahier de chansons. Je vais le montrer à une professeure. Je n'utiliserai plus ton travail. »
« Bonne chance », ai-je dit. Rien de plus. Elle a souri, puis est sortie. Je n'ai pas ressenti un grand soulagement, plutôt un espace nouveau entre ce qu'elle faisait et ce que je devais faire pour l'empêcher de nuire.
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Le lendemain, l'orchestre a publié une rectification précisant que les éléments disponibles établissaient mon rôle de compositrice de Le Passage et que l'attribution antérieure à Diane avait été erronée. Le comité de résidence annoncerait sa décision après réexamen. Je tenais mon téléphone dans la main quand Mireille m'a appelée. « J'ai vu le communiqué », a-t-elle dit. « J'aurais dû te croire quand tu me l'as dit dans la loge. Je te le dis maintenant sans te demander que tu me rassures. »
J'ai regardé par la fenêtre les gens descendre du bus. « Merci, maman. » Ce n'était pas la fin de notre histoire. C'était la première fois que sa phrase n'effaçait pas la mienne.