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Chapter 26 - L'hiver ne dure pas toute une vie

Trois mois ont passé sans qu'aucun événement spectaculaire ne règle nos problèmes. J'ai continué à donner mes cours, à travailler la nouvelle sonorité de mon violon et à écrire le quatuor destiné aux élèves du centre. Certaines semaines, une lettre d'avocat arrivait le lundi, un devis de réparation le mardi, un appel de ma mère le jeudi. D'autres semaines ne contenaient qu'une répétition réussie et du pain à acheter. J'ai découvert que l'on reconstruisait surtout sa vie pendant les journées que personne ne raconte.

Le centre de Saint-Denis a obtenu un accord transitoire de maintien dans les lieux pendant les négociations, puis une proposition de bail à un montant révisé après examen des charges. Le conseil de l'association a voté pour, avec un budget tenant compte des risques. La petite fondation locale a confirmé une aide sur deux ans après audit des comptes, sans réclamer l'exclusivité des images ou des œuvres des enfants. Cela ne faisait pas disparaître les difficultés, mais donnait enfin une perspective au-delà de la prochaine échéance.

Agnès m'a invitée à un goûter improvisé pour les bénévoles. Sami m'a montré le certificat de prêt de son alto, renouvelé pour un an. Zoé avait composé huit mesures supplémentaires et insistait pour que la dernière se termine sur un accord qui ressemblait, selon elle, « à une porte qui ne claque pas ». Nous l'avons essayé ensemble. J'ai pensé à la phrase de Gabriel sur les portes de scène. Les images circulaient entre les personnes sans que personne ait besoin de les posséder.

Un matin, je suis arrivée en retard à mon propre cours parce que mon vélo avait crevé. Madame Perrin m'a demandé de prévenir plus tôt la prochaine fois. Je lui ai présenté mes excuses et proposé de récupérer les minutes perdues selon ce qui convenait aux familles. Elle a accepté, puis nous sommes passées à autre chose. J'ai été surprise de constater que je n'avais ni menti pour protéger mon image ni raconté toute ma vie pour prouver ma bonne foi. J'avais simplement commis une petite erreur et cherché à la réparer.

À la sortie, Zoé m'a demandé si les grands musiciens avaient encore le droit de rater leur bus. « Absolument », ai-je répondu. Elle a semblé rassurée. Puis elle m'a annoncé qu'elle avait changé le titre de son morceau : Le moustique qui rate son bus. J'ai promis de regarder la nouvelle partition la semaine suivante.

Cette soirée-là, j'ai essayé de reprendre le vieux violon de papa sans partition. Je me suis arrêtée sur un accord qui ne sonnait pas comme autrefois. J'ai noté sa couleur dans mon cahier plutôt que de demander immédiatement à Camille de le corriger. Il me plaisait peut-être tel qu'il était. Les réparations n'avaient pas pour vocation de rendre tout identique. Elles devaient permettre de continuer.

La procédure relative à mon concerto avait progressé. Une expertise avait relevé des incohérences dans les documents produits contre moi, et les parties examinaient les conséquences juridiques. Je ne pouvais pas annoncer une décision définitive tant qu'elle n'existait pas. Sarah m'avait appris à distinguer une audience, une proposition d'accord et un jugement, trois choses que les titres sensationnels confondaient volontiers. J'avais cessé de lire les commentaires qui me donnaient déjà gagnante un jour, coupable le suivant.

À l'école, Madame Perrin m'a proposé de coordonner un atelier de composition. « Je ne veux pas seulement que tu serves d'exemple de résistance », a-t-elle dit. « Je veux que tu enseignes ce que tu sais faire. » J'ai accepté à condition de garder mes heures de violon et de partager la responsabilité avec un collègue. J'avais longtemps confondu être indispensable et être utile. Le travail en équipe m'a aidée à ne plus faire cette erreur.

Gabriel et moi avons commencé à nous voir en dehors des urgences. Une promenade sur les quais, un film dont il avait détesté la musique, une soirée où j'avais cuisiné des pâtes trop salées. Il ne me demandait pas d'être reconnaissante de son intervention dans la loge. Je ne l'aimais pas parce qu'il avait frappé un homme. Je l'aimais peut-être, lentement, parce qu'il savait m'écouter lorsque je lui disais que j'avais besoin de silence. Nous n'avons pas pressé les mots.

Diane travaillait toujours à la librairie musicale. Elle suivait des cours de composition avec une professeure indépendante et avait accepté un calendrier de remboursement pour une partie des dommages établis. Je l'ai croisée un samedi parmi les partitions. Elle m'a conseillé un recueil de chansons sans tenter de m'en offrir un exemplaire pour solder nos comptes. Nous avons parlé dix minutes de musique et de notre mère. C'était la première conversation légère depuis des années ; sa légèreté ne venait pas de l'oubli, mais de limites enfin respectées.

Mireille avait conservé la maison grâce à un plan de remboursement réaménagé après vérification des dettes et à la vente volontaire d'un terrain attenant qu'elle n'utilisait plus. Elle avait trouvé cette solution avec un conseiller, sans me demander de garantir l'emprunt. L'atelier restait fermé au public pour les travaux et l'inventaire, mais les outils qui lui appartenaient avaient été replacés. Je lui ai proposé de l'aider à nettoyer les fenêtres un dimanche. Elle a répondu qu'elle m'offrirait le déjeuner, sans évoquer d'autre service.

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La décision concernant la plainte d'Étienne contre Gabriel avait également évolué. Après examen des témoignages et de l'enregistrement, les autorités n'avaient pas retenu sa version d'une agression gratuite ; les suites exactes des deux procédures étaient notifiées aux intéressés. Gabriel a préféré ne pas en faire un communiqué. « C'est une affaire sérieuse, pas une histoire à raconter pour avoir des applaudissements », a-t-il dit. J'ai éprouvé du soulagement, puis nous avons parlé du prochain concert.

Un soir, Sarah m'a appelée au milieu d'une répétition. Les échanges sur l'attribution de Le Passage venaient d'aboutir à un projet d'accord écrit reconnaissant mon rôle d'auteure et organisant la rectification des usages passés. Elle voulait que je lise chaque page avant de décider. J'ai demandé à Inès de jouer seule pendant dix minutes. En sortant dans le couloir, j'ai senti la même peur qu'au soir du violon cassé. Cette fois, personne ne tenait mon bras. J'avais le temps de réfléchir avant de signer.

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