Chapter 15 - La première fois qu'elle a dit non

Diane devait témoigner devant les personnes chargées d'examiner le dossier de l'orchestre, mais elle a d'abord dû refuser une autre demande. Étienne l'attendait dans le hall de son immeuble, avec un dossier sous le bras. Elle m'a raconté plus tard la scène, non pour que je la pardonne, mais parce que la décision avait des conséquences sur nos preuves.
« Tu vas signer une rectification », lui avait-il dit. « Tu diras que Clara était d'accord pour l'attribution. »
« Non. »
« Ta mère perdra sa maison. »
« Si des échéances sont dues, mon avocate les examinera. Je ne vais plus inventer des faits pour toi. »
Il avait tenté de lui prendre son téléphone. Elle s'était éloignée vers la loge du gardien et avait appelé les services compétents pour signaler les menaces. Étienne était parti avant leur arrivée. Diane avait conservé les images du hall et transmis son récit. Elle avait eu peur pendant des heures ensuite. Cela n'annulait pas ce qu'elle m'avait fait subir ; cela signifiait qu'elle essayait enfin de ne plus fabriquer une nouvelle victime pour éviter sa propre peur.
Je l'ai retrouvée à l'entrée du conservatoire, où nous avions étudié toutes les deux. Elle tenait un dossier transparent. « Je ne te demande pas de venir avec moi », a-t-elle dit. « Je voulais te donner les copies de ce que j'ai remis à mon conseil. Il y a les courriels où je prétends être l'auteure du concerto. »
« Tu as écrit ça de ta main ? »
« Oui. Delmas a suggéré le texte. J'ai appuyé sur envoyer. »
Je l'ai regardée. « C'est peut-être la première réponse entière que tu me donnes. »
Elle a serré les lèvres. « J'ai aussi signé une déclaration disant que tu avais approuvé le programme. C'était faux. Je vais le corriger formellement. »
Je l'ai remerciée pour l'information, pas pour sa vertu. Nous avons marché jusqu'à une boulangerie. Diane m'a parlé d'une mélodie qu'elle composait depuis plusieurs mois, cachée dans un dossier intitulé Impôts pour qu'Étienne ne la lise pas. Elle craignait de me la montrer. « Je ne te demanderai pas de l'écouter aujourd'hui », ai-je dit. « Si un jour je le fais, ce sera parce que je le veux. » Elle a hoché la tête sans discuter.
À Saint-Denis, le centre préparait son concert des élèves. La question du bail restait urgente. Agnès et le trésorier avaient contesté les charges supplémentaires, demandé les justificatifs et commencé à chercher des locaux alternatifs au cas où la négociation échouerait. J'ai proposé de diriger une répétition, à condition que les enfants choisissent leurs morceaux. Le garçon à l'étui vide, Sami, avait enfin emprunté un alto. Il jouait trois notes avec une concentration qui me rappelait la toute première fois où j'avais compris que le silence pouvait changer après mon passage.
« Vous avez peur sur scène ? » m'a-t-il demandé pendant la pause.
« Souvent. »
« Même quand vous savez jouer ? »
« Surtout quand je tiens beaucoup à ce que je joue. Mais la peur ne décide pas à ma place. »
Il a réfléchi. « Moi, j'ai peur que l'alto soit repris avant mon concert. »
Je lui ai expliqué que le centre travaillait à sécuriser les prêts et que je ne pouvais pas promettre ce qui dépendait d'autres personnes. Nous avons trouvé un moyen de marquer son instrument dans le registre et de garder une copie du prêt pour sa mère. Ce petit papier lui a procuré plus de soulagement que n'importe quel discours sur son talent.
Lors de la pause du comité, j'ai croisé une jeune altiste qui avait assisté à notre première répétition. Elle m'a confié que plusieurs membres de l'orchestre craignaient de perdre des engagements si la fondation retirait son soutien. « Je crois que tu as écrit la musique », a-t-elle dit, « mais mon cachet paie mon loyer. Je ne veux pas qu'on me demande de choisir en public. » Je l'ai remerciée de me l'expliquer. Jusqu'ici, je n'avais imaginé que deux catégories : ceux qui osaient parler et ceux qui détournaient le regard. Elle me rappelait que les rapports de pouvoir traversaient aussi les personnes de bonne foi.
Je lui ai promis de ne pas citer son nom sans accord et de faire transmettre au comité les éléments documentaires disponibles. Nous avons ensuite parlé de son prochain examen. Elle avait peur de rater une lecture à vue. Je lui ai conseillé de travailler les silences comme les notes. Elle a ri : « Vous autres violonistes, vous donnez toujours des conseils même quand on ne vous en demande pas. » J'ai admis ma faute. La conversation m'a ramenée au plaisir de discuter avec une musicienne qui n'avait aucune fonction dramatique dans ma vie.
Le soir, j'ai écrit à Inès que je voulais organiser les prochaines répétitions autour du quatuor, pas des questions sur Diane. Elle a répondu qu'elle avait déjà préparé les chaises. En arrivant, j'ai trouvé les pupitres alignés, des crayons taillés et quatre verres d'eau. Ce petit ordre silencieux m'a paru plus encourageant que toutes les prédictions de victoire.
Le comité de l'orchestre a entendu séparément plusieurs personnes. Adrien a présenté les fichiers de répétition. Inès a parlé de mon travail de composition et de ce qu'elle avait vu dans la loge. Gabriel a décrit son intervention sans omettre le coup porté. Diane a reconnu qu'elle avait accepté d'être annoncée comme auteure alors qu'elle savait ne pas avoir écrit la partition. L'entretien n'était pas un tribunal, mais il pouvait corriger le programme artistique et déterminer les règles de la résidence.
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En fin de journée, le comité m'a envoyé une décision provisoire : toute communication présentant Diane comme unique compositrice de Le Passage devait être rectifiée par l'orchestre, et la résidence serait réexaminée selon une procédure indépendante. Je me suis assise sur les marches du conservatoire pour lire le courriel une seconde fois. Je n'avais pas encore gagné la totalité de mes droits, mais le mensonge cessait de porter le sceau de l'orchestre.
Quand j'ai relevé les yeux, Diane se tenait à quelques mètres. « C'est juste », a-t-elle dit. Elle n'a pas ajouté qu'elle méritait quelque chose en retour. Elle est partie vers le métro avec son dossier serré contre elle. Sur mon téléphone, un nouveau message de Delmas proposait une transaction : il abandonnait la contestation du concerto si je renonçais publiquement à toute revendication concernant les archives musicales de mon père. La musique qu'il disait ne pas posséder semblait soudain lui coûter très cher.