Chapter 27 - Mon nom à la bonne place

Le projet d'accord faisait vingt-sept pages. J'en ai lu trois, puis j'ai appelé Sarah pour demander une explication sur une phrase. Elle m'a répondu que c'était précisément pour cela que nous avions pris le temps de le préparer. La société Delmas renonçait à revendiquer mes compositions futures sur le fondement des conventions présentées, reconnaissait la nécessité de corriger les crédits de Le Passage et acceptait certaines modalités de compensation liées aux exploitations passées. Les questions distinctes concernant les archives collectives étaient traitées avec les ayants droit et participants concernés, sans me faire signer à leur place.
« Je veux vérifier la clause sur les enregistrements », ai-je dit.
« Nous le ferons. Et tu peux refuser si une formulation te paraît trop large. »
J'ai relu le texte pendant une semaine. Adrien m'a confirmé que l'orchestre était prêt à reprendre l'œuvre avec un programme corrigé. Le comité de résidence avait décidé de me proposer une place après son réexamen indépendant, mais je devais connaître les conditions avant d'accepter. J'ai demandé le volume de travail, la rémunération, la liberté de création et les droits de diffusion. Personne ne s'est offusqué de ces questions. J'ai mesuré combien il était étrange d'avoir passé des années à travailler pour un moment où l'on pouvait enfin me dire oui, sans apprendre à demander ce que ce oui signifiait.
Diane a signé de son côté une rectification et accepté les engagements correspondant à ses actes, conseillée par sa propre avocate. Nous n'avons pas posé ensemble devant les photographes. Sophie Lenoir m'a demandé si cela marquait « une réconciliation éclatante ». J'ai répondu : « Cela marque des responsabilités reconnues. La relation entre deux sœurs ne se règle pas dans un communiqué. » Son article a repris la phrase sans la transformer en slogan.
Le centre a obtenu un accès organisé aux copies des archives anciennes, et plusieurs crédits ont commencé à être rectifiés avec la participation des anciens élèves. Yacine m'a envoyé la photographie d'un livret où son prénom figurait enfin à côté du motif qu'il avait composé enfant. Il avait ajouté : J'ai montré ça à ma fille. Elle a demandé si grand-père Paul était un magicien. J'ai répondu qu'il savait surtout écouter. J'ai gardé le message, parce que certaines réparations se mesurent en générations, pas en factures.
Avant de signer, j'ai demandé à Sarah s'il était possible d'écrire un résumé compréhensible des engagements pour moi et les autres personnes concernées. Elle a préparé une page séparée indiquant qui devait corriger quel crédit, à quelle date, par quel moyen et comment vérifier l'exécution. Les documents juridiques restaient les références, mais ce calendrier m'a aidée à reprendre ma place dans mon propre dossier.
J'ai ensuite rencontré Adrien pour parler de la reprise de Le Passage. Il avait demandé aux musiciens de relire les parties, afin que personne ne découvre une correction tardive au pupitre. Inès a proposé de conserver aussi l'historique des versions dans les archives de l'orchestre. « Sans histoire de versions », a-t-elle dit, « quelqu'un trouvera un jour les deux partitions et croira que l'une est une erreur de photocopie. » Nous avons convenu d'accompagner le dépôt des sources et des explications nécessaires, dans les limites fixées par les droits de chacun.
En sortant, j'ai traversé le foyer du théâtre où le violon avait été brisé. L'affiche du concert avait été retirée depuis longtemps. Un agent d'entretien passait la serpillière à l'endroit où Étienne m'avait attrapée dans le couloir. Il ne savait probablement rien de mon histoire. Je lui ai souri en passant. Les lieux continuent à vivre après nos drames ; c'est parfois une douleur, parfois une liberté.
Je me suis autorisée une journée sans consulter mes messages après avoir reçu le projet d'accord. J'ai visité une exposition de photographies avec Inès et mangé un sandwich sur un banc. Les images représentaient des artisans au travail. L'une montrait une femme qui réparait une chaise avec une application farouche. Je me suis dit qu'une histoire pouvait être immense sans passer par une scène de tribunal.
Le jour de la signature, j'ai porté un tailleur simple. La robe bleu nuit était restée chez Diane. Je ne l'avais pas réclamée. Ce vêtement n'était pas une preuve que je méritais la scène ; j'avais déjà joué sans lui. J'ai toutefois demandé à ma sœur de ne plus conserver mes affaires sans mon accord. Elle l'a restituée, nettoyée et pliée. Je l'ai donnée à une association de costumes pour jeunes musiciens, après leur avoir demandé si elle pouvait réellement servir. Elle a retrouvé une utilité sans devenir un trophée.
Sarah m'a regardée signer le dernier feuillet, puis a rangé les documents. « Je préfère te prévenir : les engagements se vérifient dans le temps. Si un crédit reste faux ou un paiement tarde, tu me le signales. »
« Je croyais qu'aujourd'hui on m'autorisait à jouer de la musique toute la nuit. »
« Rien ne t'en empêche, sauf ton bras et tes voisins. »
J'ai éclaté de rire. Dans le couloir, j'ai appelé Camille avant ma mère. Je lui ai demandé si le violon était prêt pour une répétition entière. « Oui, avec une pause et un contrôle demain », a-t-elle répondu. Puis j'ai appelé Mireille. Elle m'a félicitée et m'a demandé ce que je souhaitais manger dimanche. Pas ce que je comptais donner à Diane, pas combien j'avais obtenu. Le déjeuner avait enfin le droit d'être un déjeuner.
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En rentrant, j'ai trouvé une carte de Gabriel dans ma boîte aux lettres. Il avait dessiné un violon très maladroit et écrit : Pour le prochain accord, quelle que soit la salle. Je l'ai appelée pour lui dire que son dessin ressemblait à une poire blessée. Il a répondu : « C'est exactement le style que je visais. » Nous sommes allés marcher le long de la Seine. Je lui ai parlé de la résidence. Il m'a demandé ce que je voulais écrire. J'ai répondu que je commencerais par un morceau où l'on entendrait plusieurs voix sans qu'aucune soit obligée de disparaître.
Le lendemain, une lettre du comité m'a confirmé la date de mon premier concert de résidence. Dans la case « compositrice », mon nom figurait seul. Je l'ai regardé longtemps. Il n'y avait plus rien à ajouter sous la ligne pour expliquer que j'avais le droit d'y être.