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Chapter 7 - Ma sœur n'était pas une victime parfaite

J'ai trouvé Diane devant le centre de Saint-Denis, assise sur un muret avec deux cafés refroidis. Elle portait le même manteau que la veille et n'avait plus ses lunettes noires. Un homme passait le balai dans la cour ; elle attendait qu'il s'éloigne avant de parler. « Agnès m'a appelée. Tu as découvert le bail. »

« Tu le savais ? »

« Depuis six semaines. Delmas a dit qu'il chercherait un repreneur si je remplissais mes obligations. »

« Tes obligations comprennent mon concerto ? »

Elle a fermé les yeux. « Oui. »

Je voulais lui demander comment elle pouvait dormir. Mais la vérité, c'est que j'avais vu son appartement, ses factures ouvertes, la manière dont Étienne répondait à sa place. Je ne confondais pas ses difficultés avec une excuse. Je voulais comprendre comment elle avait choisi, plusieurs fois, de me faire payer sa peur.

Nous sommes entrées dans un café où les tables étaient si proches qu'il fallait parler bas. Diane a raconté la première réunion avec Delmas. On lui avait promis une formation, un salaire pendant un an et le rôle de « jeune ambassadrice » de la fondation. Lorsqu'elle avait posé des questions sur la musique, Étienne lui avait dit de ne pas se perdre dans les détails. Elle avait signé parce qu'on lui proposait enfin autre chose que d'être « la sœur de Clara ».

« Tu aurais pu écrire tes propres morceaux », ai-je dit.

« Je sais. J'en ai commencé des dizaines. J'avais peur qu'ils soient mauvais. »

« Le mien était plus facile à prendre. »

« Oui. »

La franchise m'a mise en colère. « Et mon violon ? Tu l'as cassé pour que je renonce, ou pour me faire mal ? »

Diane a regardé sa tasse. « Pour te faire mal. Quand tu m'as refusé la robe, j'ai entendu tous les non que je n'ai jamais osé dire à ces gens. J'ai décidé de te faire payer à leur place. Ce n'est pas admirable. C'est ce que j'ai fait. »

Je n'ai pas pris sa main. « Ça ne suffit pas de le reconnaître à moi. »

« Je peux témoigner. Mais Étienne a accès au compte de maman. Il dit qu'il la fera saisir. »

« Sarah peut examiner la dette. On ne négocie pas mon silence contre une menace qu'on n'a pas vérifiée. »

Elle m'a montré des échanges qu'elle n'avait pas encore osé sauvegarder. Dans l'un d'eux, Étienne suggérait de me présenter comme instable afin de justifier un retrait de la résidence. Dans un autre, il réclamait la liste des élèves du centre pour une opération de communication. Les enfants devenaient des accessoires, tout comme ma musique. J'ai conseillé à Diane de transmettre les messages à une avocate de son choix ; Sarah ne pouvait pas défendre toutes les positions si nos intérêts entraient en conflit.

« Tu me détestes ? » a demandé ma sœur.

« Aujourd'hui, je ne veux pas te voir. Je ne sais pas encore ce que je ressentirai demain. »

Elle a accepté cette réponse sans essayer de me faire culpabiliser. C'était nouveau, si discret que j'ai failli ne pas le remarquer.

En quittant le café, nous avons croisé une mère et sa fille. La fillette transportait un alto dans une housse trop grande. Sa mère m'a arrêtée : « Excusez-moi. On a vu votre concert à la télévision locale. Ma fille a dit qu'elle voulait apprendre à tenir son archet comme vous. » Je l'ai remerciée. Diane a souri, puis son sourire s'est éteint. Ce jour-là, aucun de nous n'était capable de faire de cette rencontre une scène de réconciliation.

Avant de quitter le café, Diane m'a raconté une audition ratée à dix-sept ans. Elle avait oublié les paroles du deuxième couplet, puis entendu maman dire dans la voiture que Clara, elle, n'aurait jamais eu ce problème. Je ne me souvenais pas de cette phrase. Je me souvenais seulement que, ce soir-là, j'avais obtenu une bonne note en solfège et que personne n'avait voulu en parler au dîner. Nous avions chacune grandi avec des scènes incomplètes, persuadées que l'autre connaissait toute l'histoire.

« J'aurais aimé que tu me le dises », ai-je murmuré.

« Je voulais que tu te sentes aussi nulle que moi. »

J'ai posé ma cuillère. Elle venait de nommer une intention qui me concernait directement, sans la déguiser en malentendu. Je pouvais comprendre la blessure de l'adolescente sans excuser l'adulte qui avait cassé mon instrument. Je lui ai demandé de parler de cette vieille humiliation avec sa thérapeute, pas de l'utiliser comme argument contre moi. Diane a acquiescé. Nous nous sommes levées sans nous embrasser, mais sans nous interrompre non plus.

Le soir, Sarah m'a reçue pour préparer une demande de communication de pièces. Elle avait contacté la direction de l'orchestre et obtenu la confirmation que la première version des fichiers avait été envoyée par moi, depuis mon adresse, quatre mois auparavant. Le programme attribuant l'œuvre à Diane avait été validé beaucoup plus tard, après une intervention de la société Delmas.

« C'est une chronologie favorable à ta position », a-t-elle dit. « Pas un jugement. Il faudra établir qui a autorisé quoi. »

Je lui ai raconté le café. Elle a noté les menaces rapportées par Diane, puis m'a demandé si je souhaitais déposer une plainte distincte pour les atteintes à mes droits. « Oui. Mais je ne veux pas que le centre ferme à cause de moi. »

Sarah a relevé la tête. « Il risque de fermer à cause de décisions immobilières que d'autres prennent. Ne te laisse pas attribuer leur responsabilité. Nous pouvons agir sur plusieurs fronts, sans promettre de miracle. »

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En rentrant, j'ai trouvé sur mon répondeur un message de l'école où j'enseignais. La directrice voulait discuter des articles en ligne et de ma capacité à assurer les cours. Avant de rappeler, j'ai écouté une vidéo d'une élève de neuf ans qui travaillait une gamme avec application. Elle s'arrêtait toutes les quatre notes pour sourire à la caméra. Je lui avais promis de l'accompagner au concert de fin d'année. Je ne voulais pas que mes propres problèmes lui coûtent sa place.

À vingt-trois heures, Diane m'a envoyé un seul message : J'ai donné une copie des échanges à mon avocate. Je ne te demande pas de me pardonner. Une minute plus tard, la directrice de l'école m'a écrit que Victor Delmas venait de proposer un don exceptionnel, à condition que mon nom ne figure plus sur les affiches de l'établissement.

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