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Chapter 2 - Le violon de secours

Je me suis retournée si brusquement que le programme m'a glissé des mains. « Qu'est-ce que tu viens de dire ? » Ma mère regardait le couloir, pas moi. Un groupe de choristes passait près de nous avec des housses noires. Lorsque leur bruit s'est éloigné, elle a répété : « Pas ce soir. » Elle avait soudain l'air de quelqu'un qui portait un sac beaucoup trop lourd et refusait de le poser.

« Qu'est-ce que papa a à voir avec le nom de Diane sur ma partition ? »

« Tu sais comment elle est. Elle voulait sa chance. »

« Ce n'est pas une chance, c'est mon travail. »

Elle a ouvert la bouche, puis l'a refermée. Diane est sortie de la loge avec la robe bleu nuit contre elle. Étienne la suivait, une serviette de glace sur la joue. Gabriel avait déjà fait venir deux agents de sécurité, qui leur demandaient de patienter séparément. Je me suis éloignée avant de dire quelque chose dont ils pourraient détourner le sens.

À l'accueil des artistes, j'ai récupéré la clé laissée par Camille. Le violon de secours reposait dans une armoire métallique, entre deux housses de contrebasses. C'était un instrument contemporain, brun clair, un peu plus lourd que celui de papa. Je l'avais essayé pendant mes répétitions. Camille m'avait prévenue : « Il ne remplacera jamais le tien. Mais il te rappellera que tes mains savent encore raconter une histoire. » Je l'ai posé sous mon menton. Une note presque parfaite est sortie, puis une autre. Mes doigts tremblaient ; ils n'avaient pas oublié.

Le chef, Adrien Valette, m'attendait derrière le rideau. Il avait reçu une nouvelle partition vingt minutes plus tôt et faisait tourner les pages sans les lire vraiment. « Clara, on m'explique que Diane est la compositrice. Pourquoi est-ce que je découvre cela ce soir ? »

Je lui ai montré le programme. « Parce que je le découvre aussi. Vous avez dirigé mes répétitions pendant quatre mois. Vous avez vu mes brouillons. »

Il a retiré ses lunettes. « Je sais que tu as travaillé dessus. Mais le contrat arrivé ce matin… »

« Quel contrat ? »

« Celui qui autorise l'orchestre à créer la partition. Il porte ton nom dans une case, celui de Diane dans une autre. La production affirme que vous avez tout décidé ensemble. »

La violoncelliste Inès nous a rejoints, mon étui brisé sous le bras. « Je peux témoigner de ce que j'ai vu dans la loge. Et les répétitions ont été enregistrées. »

Adrien a serré la mâchoire. « Il n'y aura pas de règlement de comptes sur scène. On joue le programme musical, et on se parle ensuite. »

« Vous allez présenter Diane comme compositrice ? »

« Je vais présenter Le Passage. Rien d'autre. »

C'était moins que ce que j'espérais, mais plus que le silence qu'on essayait de m'imposer. Gabriel est apparu avec une infirmière. Elle a constaté une contusion au bras et m'a recommandé une consultation après le concert. Elle a vérifié que je pouvais lever le coude sans douleur aiguë. Je lui ai promis de m'arrêter si cela empirait. J'avais besoin de son avis, pas d'un compliment sur mon courage.

Dans la salle, les lumières baissaient. Ma mère était au premier rang, entre Diane et un homme que je ne connaissais pas. Costume beige, cheveux argentés, bague trop voyante. Il se penchait vers ma sœur comme un propriétaire examine un appartement. Diane souriait, mais sa main était crispée sur son sac.

« Victor Delmas », a chuchoté Adrien. « C'est lui qui finance la résidence. »

J'ai reconnu le nom. Delmas avait fait fermer deux écoles de musique municipales après avoir promis de les soutenir. Il parlait beaucoup d'accès à la culture et très peu du prix d'une heure de cours. Je ne l'avais rencontré qu'une fois, lorsqu'il m'avait demandé de lui envoyer mes esquisses. J'avais refusé : elles n'étaient pas terminées.

Dans la coulisse, un jeune percussionniste m'a tendu une bouteille d'eau sans poser de question. Il avait vu passer Diane, puis les agents de sécurité. Il a simplement dit : « On t'attend au signal. Si tu as besoin d'une minute, préviens Adrien. » Cette phrase m'a rappelé que l'orchestre n'était pas un décor placé autour de ma querelle familiale. Trente-sept personnes avaient appris leurs parties, déplacé leurs horaires et accepté mes reprises hésitantes. Je voulais leur rendre cette confiance, mais pas en sacrifiant ma santé ou mon droit de dire ce que j'avais écrit.

L'orchestre a attaqué les premières mesures. Pendant un instant, toute ma colère s'est éloignée derrière le son. Puis j'ai regardé la partie de violon posée sur mon pupitre. Dans la deuxième page, quelqu'un avait remplacé six mesures. Une phrase brillante mais creuse, sans rapport avec le thème que j'avais écrit à partir du rythme d'un marteau dans l'atelier de papa. Si je jouais cette version, mon propre concerto semblerait incohérent.

J'ai levé les yeux vers Adrien. Il a vu mon hésitation. Le temps d'un souffle, il m'a laissé de l'espace. J'ai joué la phrase originale de mémoire. Inès m'a rejointe ; elle savait cette ligne, puisqu'elle l'avait travaillée avec moi. Les autres ont suivi le geste du chef. Dans le public, personne ne pouvait deviner ce qui venait d'être sauvé au bord d'un gouffre.

Au troisième mouvement, la douleur a traversé mon bras. Je l'ai laissée modifier mon archet plutôt que d'y résister. Le son est devenu plus fragile, plus humain. J'ai pensé à papa, assis derrière son établi, me disant que les notes les plus importantes ne sont pas toujours les plus fortes. La dernière résonance a disparu. Le silence qui a suivi m'a semblé durer une vie. Puis les applaudissements ont commencé.

Je n'ai pas salué Diane. Je me suis inclinée devant les musiciens, puis j'ai quitté la scène. Derrière le rideau, Adrien m'a rattrapée. « Quelqu'un a changé la partition. Je l'ai entendu. »

« Je veux savoir qui. »

Il a regardé son téléphone. « Le bureau de production exige que tu signes une déclaration confirmant la collaboration avec Diane avant l'entretien des journalistes. »

« Et si je refuse ? »

« Ils menacent d'annuler ta candidature à la résidence. »

Je n'avais pas encore répondu quand Camille est arrivée, essoufflée, tenant un reçu d'atelier. « Clara, on vient de m'appeler. Quelqu'un a essayé de récupérer ton violon cassé en se présentant comme son propriétaire. »

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« Qui ? »

Elle a levé les yeux vers le bout du couloir. Étienne nous observait, sa serviette de glace toujours pressée contre la joue. « Il a donné le nom de ton père. »

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