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Chapter 3 - Ce qui reste après les applaudissements

La police est arrivée avant les journalistes. Gabriel avait signalé l'altercation de la loge, et l'agent chargé du théâtre préférait établir les faits pendant que les témoins étaient encore présents. Je lui ai montré les marques sur mon bras. Il a proposé qu'un médecin les constate et m'a expliqué comment déposer plainte pour les violences et la destruction du violon. Gabriel a reconnu avoir porté un coup après qu'Étienne avait tenté de le frapper. Rien n'a été maquillé en scène héroïque. Nous avions tous besoin d'un récit précis.

« Vous voulez dire que vous avez frappé un homme pour une musicienne que vous connaissez à peine ? » lui a demandé l'agent.

« Je connais Clara depuis quatre saisons. Mais même si je ne l'avais jamais vue, elle venait de lui dire de la lâcher. »

J'ai posé une main sur la manche de Gabriel. « Je parlerai pour moi. »

Il a incliné la tête. « Bien sûr. » C'était peut-être la première fois de la soirée qu'un homme puissant acceptait aussi facilement qu'on lui indique une limite.

Diane attendait derrière une porte vitrée avec notre mère. Elle tenait la robe contre son corps comme un trophée devenu embarrassant. Quand elle m'a aperçue, elle s'est avancée. « Tu as gagné. Tout le monde t'a applaudie. Tu peux arrêter de me punir. »

« J'ai joué. Ce n'est pas une punition. »

« Tu sais ce que je veux dire. Étienne risque de perdre son travail. »

« Il m'a fait mal. Il a essayé de frapper Gabriel. »

« Il voulait seulement éviter un scandale. »

« Alors pourquoi voulait-il repartir avec les morceaux du violon ? »

Elle a blêmi. Ma mère lui a demandé d'aller chercher son manteau. Diane a hésité, puis est partie. Je suis restée seule avec Mireille devant une affiche du concert où mon nom figurait enfin en grandes lettres, sans l'autorisation du bureau de production.

« Explique-moi la phrase sur papa », ai-je demandé.

« Je t'en prie. Il est tard. »

« Il était tard quand il travaillait jusqu'à trois heures du matin pour que nous puissions manger. Je suis capable d'écouter cinq minutes de vérité. »

Elle s'est assise sur un banc. « Quelques semaines avant sa mort, il a été approché par Delmas. Ton père avait composé de petits morceaux pour les enfants de l'atelier. Delmas voulait les utiliser pour lancer un programme. Paul a accepté une aide, puis il s'est aperçu que le contrat donnait le contrôle des partitions à une société qui ne finançait presque rien. Il a voulu se retirer. »

« Et ? »

« Il est mort avant de régler cette histoire. »

Je connaissais la suite : un accident de voiture sur une nationale, un retour de livraison trop tardif, la pluie, l'appel de la gendarmerie. Mais je ne comprenais pas ce que cette vieille querelle avait à voir avec mes droits. « Le Passage n'a été écrit que des années après. »

Ma mère a trituré la fermeture de son sac. « Diane a signé quelque chose avec Delmas l'an dernier. Je pensais que c'était pour ses études de chant. Elle m'a dit que tu accepterais de collaborer. Je n'ai pas demandé à voir le contrat. »

« Tu l'as crue parce que cela t'arrangeait. »

Elle n'a pas nié. Je suis sortie avant qu'elle cherche une excuse plus supportable pour elle-même.

Dans un petit cabinet médical ouvert la nuit, on a examiné mon bras. Je pouvais jouer, mais je devais le ménager. Une infirmière a photographié les ecchymoses avec mon accord et m'a remis un certificat. Gabriel m'attendait à l'extérieur, sous un auvent où la pluie battait contre les affiches de spectacles.

« Tu as quelque part où aller sans qu'ils puissent débarquer ? »

« Chez Inès. »

« Je te conduis si tu veux. »

J'ai accepté. Dans sa vieille voiture, il n'a pas demandé si je regrettais de porter plainte. Il m'a seulement dit que le service technique avait sauvegardé les images du couloir, pas celles de la loge : la caméra intérieure avait été débranchée pour une répétition filmée. L'audio de la console, en revanche, captait parfois les voix lorsqu'une porte restait ouverte.

« Tu crois qu'on y entendra quelque chose ? »

« Je ne te le promets pas. On conservera les fichiers originaux. »

Inès nous a ouvert en chaussettes, un torchon sur l'épaule. Elle avait préparé du thé et laissé sa petite table débarrassée pour l'étui. Nous avons aligné les pièces du violon sur un tissu propre. Elle a photographié chaque fissure sans les rapprocher ni les forcer. Je reconnaissais les veines du bois comme on reconnaît les rides d'une main aimée.

« Il peut être réparé ? » a-t-elle demandé.

« Camille dira. »

« Et ta sœur ? »

« Je ne sais pas si notre famille peut l'être. »

Nous avons dressé une liste sur la nappe en papier de la cuisine d'Inès : personnes présentes, heure de la casse, endroit où se trouvait l'étui, trajet de la clé de l'armoire sécurisée. J'étais tentée de remplir les blancs avec mes certitudes. Inès a barré une phrase : « Tu ne l'as pas vu entrer dans le bureau, tu l'as vu près de la porte. » J'ai protesté, puis reconnu qu'elle avait raison. Si je voulais qu'on écoute mon récit, je devais distinguer ce que j'avais vu de ce que j'avais déduit. Nous avons laissé des cases vides plutôt que d'inventer un souvenir plus commode.

Au moment de me coucher, j'ai posé le violon prêté par Camille sur une chaise loin du radiateur. J'ai appelé mon ancienne professeure pour annuler le cours du matin ; je ne pouvais pas enseigner correctement avec le bras douloureux. Elle m'a proposé de remplacer mon heure sans retirer mon nom du planning. Cette aide modeste m'a presque fait pleurer. Depuis la loge, j'avais cru que tout se négociait contre une dette. Quelqu'un pouvait aussi dire simplement : repose-toi.

À deux heures du matin, j'ai reçu un courrier électronique du comité de résidence. On me félicitait pour « l'interprétation de l'œuvre de Diane Varenne » et l'on m'invitait à une réunion d'urgence. Le message avait été envoyé à toute la liste des mécènes. Mon nom disparaissait déjà des phrases, après avoir résonné une heure sur scène.

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Inès m'a regardée lire. « On se bat demain. Ce soir, on dort. »

J'allais fermer l'ordinateur quand un deuxième message est arrivé. L'expéditeur était une adresse inconnue. Il contenait la photographie d'un contrat signé par Diane et Victor Delmas. Sous la ligne concernant mes droits, une annotation manuscrite disait : « Clara ne doit surtout pas voir la page quatre. »

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